Comment protéger efficacement votre propriété intellectuelle en Serbie

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

Protéger ses créations en Serbie n’est pas qu’une affaire de formulaires à déposer à Belgrade. C’est un véritable travail de stratégie, qui mêle droit local, conventions internationales, procédures administratives et réflexes contractuels. Dans un pays fondé sur le principe du « premier déposant » et engagé dans un rapprochement accéléré avec le droit de l’Union européenne, une erreur de timing ou de méthode peut coûter cher.

Bon à savoir :

Cet article fournit un guide opérationnel complet sur le système serbe de PI. Il détaille les droits existants, les procédures d’enregistrement, les autorités compétentes, les moyens de faire respecter ses titres et les écueils à éviter pour sécuriser efficacement ses actifs immatériels.

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Comprendre le cadre serbe de la propriété intellectuelle

En Serbie, les droits de propriété intellectuelle sont des droits privés. Cela veut dire que l’État fixe les règles, mais ne défendra pas spontanément vos intérêts : à vous, ou à votre conseil, d’agir, de surveiller le marché, de déposer vos titres et de lancer les procédures.

Le système repose largement sur un principe clé : celui du « first-to-file ». Pour les brevets, les marques et les dessins ou modèles, c’est le premier qui dépose qui obtient le droit, et non le premier qui a créé ou utilisé un signe ou une invention. Pour un acteur étranger qui arrive avec un portefeuille de droits déjà enregistré ailleurs, ce point est crucial : ni une marque américaine, ni un brevet américain, ni un dessin américain n’ont d’effet en Serbie s’ils ne sont pas enregistrés via une voie régionale ou nationale adaptée.

Un droit largement aligné sur les standards européens

Le socle législatif serbe s’est largement modernisé à partir de 2009. La Serbie, candidate à l’adhésion à l’UE, a ouvert le chapitre 7 « Propriété intellectuelle » des négociations en 2017. En vertu de l’Accord de stabilisation et d’association, elle est tenue de garantir un niveau de protection et d’application des droits comparable à celui de l’Union.

En pratique, cela se traduit par :

une transposition progressive des directives européennes, notamment en matière de droit d’auteur, de secrets d’affaires et d’application des droits ;

une interprétation des règles inspirée de la jurisprudence de la Cour de justice de l’UE et des pratiques de l’EUIPO, même si les autorités locales restent parfois réticentes à aller aussi loin que leurs homologues de l’UE.

Bon à savoir :

La Serbie est membre de l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI) et partie aux principaux traités internationaux, dont la Convention de Paris, la Convention de Berne, le PCT, le Protocole de Madrid, l’Accord de La Haye, le Traité de l’OMPI sur le droit d’auteur, le Traité sur les interprétations et exécutions et les phonogrammes, et la Convention de Rome. Ces adhésions permettent d’accéder au système serbe de propriété intellectuelle via les voies internationales standard.

L’Office serbe de la propriété intellectuelle, pivot du système

Le point d’entrée administratif, c’est le Zavod za intelektualnu svojinu – l’Office de la propriété intellectuelle de la République de Serbie, situé au 5, Knjeginje Ljubice à Belgrade. L’Office :

reçoit et examine les demandes de brevets, marques, dessins et modèles, topographies de produits semi-conducteurs, indications géographiques ;

– tient les registres (brevets, marques, dessins, licences, cessions, nantissements) ;

– supervise les sociétés de gestion collective en matière de droit d’auteur et droits voisins ;

– représente la Serbie auprès de l’OMPI, de l’OEB et des autres organisations.

Certaines procédures (notamment les dépôts de droits d’auteur) servent principalement de preuve : le droit d’auteur naît automatiquement, mais le registre tenu par l’Office fournit une date certaine et un contenu déterminé, très utile en cas de litige.

Panorama des principaux droits disponibles en Serbie

Pour bâtir une stratégie de protection cohérente, il faut connaître les briques disponibles. En Serbie, le dispositif couvre l’ensemble du spectre classique : brevets, modèles d’utilité, marques, dessins et modèles industriels, droit d’auteur et droits voisins, topographies de semi-conducteurs, indications géographiques, obtentions végétales, secrets d’affaires.

Brevets et modèles d’utilité : protéger l’innovation technique

Le droit serbe des brevets repose sur des standards internationaux : pour être brevetable, une invention doit être nouvelle, impliquer une activité inventive et être susceptible d’application industrielle. La durée de protection est de 20 ans à compter du dépôt, sous réserve du paiement de taxes annuelles.

Il existe également un régime spécifique, le « petit brevet » ou modèle d’utilité, valable 10 ans, non soumis à un examen approfondi de la nouveauté et de l’activité inventive, limité à une revendication indépendante et quatre revendications dépendantes. C’est un outil rapide et moins coûteux pour des améliorations techniques de portée plus modeste.

Le tableau ci-dessous résume les principaux paramètres :

TitreConditions principalesDuréeExamen de fondParticularités clés
BrevetNouveauté, activité inventive, application ind.20 ansObligatoireRecherche officielle + examen substantiel
Petit brevetConfiguration/structure de produit, crit. atténués10 ansNon (sur le fond)1 revendication indép. + 4 dépendantes max.

La Serbie est membre de l’Organisation européenne des brevets (OEB) et du PCT. Un brevet européen peut être étendu/validé en Serbie, et une demande internationale PCT peut y entrer en phase nationale dans un délai de 30 mois à compter de la date de priorité.

Pour les acteurs étrangers, quelques points de vigilance :

le dépôt national peut se faire initialement dans une langue étrangère, mais une traduction serbe est exigée dans un délai relativement court après invitation ;

la recherche officielle est obligatoire et doit être demandée dans le mois de la notification correspondante ;

– la demande d’examen doit être formulée dans les six mois suivant la publication du rapport de recherche ;

– les annuités sont dues à partir de la troisième année, avec une période de grâce de six mois moyennant surtaxe ;

– les déposants étrangers doivent être représentés par un mandataire serbe (conseil en brevets ou avocat).

Marques : sécuriser votre identité commerciale

La marque reste l’outil central pour verrouiller un signe distinctif (nom, logo, slogan, forme tridimensionnelle, combinaison de couleurs, voire notes musicales représentables graphiquement). En Serbie, la protection est accordée pour 10 ans à compter de la date de dépôt, renouvelable indéfiniment par périodes de 10 ans.

Attention :

Le système autorise les dépôts multi-classes (classification de Nice). L’Office examine d’office les motifs absolus et relatifs de refus. Il n’existe pas de procédure d’opposition formelle, mais des observations de tiers peuvent être présentées dans les trois mois suivant la publication de la demande.

Points clés du régime des marques :

ÉlémentRègle serbe
Durée initiale10 ans à compter du dépôt
RenouvellementPar périodes de 10 ans, dans les 6 derniers mois ou 6 mois après l’échéance (avec pénalité)
Non‑usageDéchéance possible après 5 ans d’inexploitation continue, sur demande d’un tiers
Signes protégeablesMots, lettres, chiffres, images, couleurs, formes 3D, combinaisons, notes musicales graph.
Procédure typeDépôt → examen → publication → enregistrement (pour un dossier simple : env. 6–12 mois)
Enregistrement internationalVia le Protocole de Madrid, si base serbe (dépôt ou enregistrement)

La loi serbe de 2020 sur les marques a introduit un système d’opposition pendant l’examen, ainsi qu’un principe d’épuisement international des droits sur les marques, qui autorise en principe les importations parallèles une fois le produit mis sur le marché mondial par le titulaire ou avec son consentement. Ce point s’écarte du modèle européen (épuisement régional) et devra être revu avant l’adhésion, mais il a déjà des conséquences très concrètes sur la maîtrise des flux de marchandises.

Dessins et modèles industriels : protéger l’apparence des produits

Le droit serbe des dessins et modèles protège l’apparence d’un produit ou d’une partie de produit – lignes, contours, couleurs, forme, texture, matériaux, ornementation. Sont visés aussi bien des objets industriels que des produits artisanaux, des emballages, des symboles graphiques ou des polices de caractères. Les programmes d’ordinateur, eux, sont expressément exclus de ce régime mais protégés par le droit d’auteur.

Pour être protégeable, un dessin ou modèle doit être :

nouveau (aucun dessin identique ne doit avoir été rendu accessible au public avant la date de dépôt ou de priorité) ;

doté de caractère individuel (l’impression globale sur l’« utilisateur averti » doit différer de celle produite par tout dessin antérieur).

Bon à savoir :

Pour une pièce complexe d’un produit, celle-ci doit rester visible lors de l’utilisation normale du produit fini. De plus, ses caractéristiques visibles doivent satisfaire aux critères de nouveauté et de caractère individuel.

La durée de protection s’étend sur 5 ans à compter de la date de dépôt, renouvelables par tranches de 5 ans jusqu’à un maximum de 25 ans. L’Office examine la nouveauté de manière absolue, ce qui réduit le risque de titres faibles mais rend le dépôt plus technique.

ParamètreDessin ou modèle serbe
ObjetApparence d’un produit ou d’une partie de produit
ConditionsNouveauté + caractère individuel
Durée5 ans, renouvelable par périodes de 5 ans, max. 25 ans
Dépôt multiplePossible (jusqu’à 100 modèles) si tous dans la même classe de Locarno
Compatibilité internationaleMembre de l’Arrangement de La Haye (enregistr. international)

À noter : un dessin original peut cumuler la protection par le droit d’auteur et par le droit des dessins et modèles. Cette double couche peut se révéler précieuse en cas de contrefaçon.

Droit d’auteur : une protection automatique mais encadrée

La Serbie suit un modèle moniste du droit d’auteur : les droits moraux et patrimoniaux forment un tout indissociable, et seuls des licences peuvent être consenties, non des cessions complètes de l’ensemble des droits.

La protection naît automatiquement dès la création d’une œuvre originale exprimée dans une forme déterminée (texte, musique, logiciel, base de données, œuvre graphique, audiovisuelle, etc.). Elle n’est conditionnée par aucune formalité d’enregistrement, même si le dépôt auprès de l’Office peut constituer une preuve précieuse.

Les grandes lignes :

durée : vie de l’auteur + 70 ans ;

auteur : nécessairement une personne physique (pas de doctrine de « work for hire ») ;

– droits moraux : perpétuels et inaliénables (droit de paternité, d’intégrité, de divulgation, d’opposition à une utilisation préjudiciable) ;

– droits patrimoniaux : reproduction, distribution, location, représentation publique, diffusion, adaptation, mise à disposition, etc., exclusivement licenciables.

Certaines spécificités méritent une attention particulière pour les entreprises :

Astuce :

En l’absence de clause de « work for hire », il est impératif d’encadrer contractuellement les créations des salariés et prestataires. Par défaut, l’employeur obtient les droits économiques sur les œuvres des salariés nécessaires à l’activité, mais souvent pour une durée limitée (cinq ans). Une exception notable concerne les programmes d’ordinateur, pour lesquels les droits patrimoniaux appartiennent durablement à l’employeur, sauf accord contraire. Le droit français ne reconnaît pas de doctrine générale de « fair use » ou « fair dealing » ; les exceptions au droit d’auteur sont limitativement énumérées (comme la copie privée non commerciale ou les reproductions à des fins d’enseignement) et interprétées à l’aune du test en trois étapes de la Convention de Berne. Les logiciels sont protégés en tant qu’œuvres littéraires. Une combinaison de protection par le droit d’auteur et par le brevet est possible lorsqu’une invention mettant en œuvre un logiciel présente un caractère technique.

Indications géographiques et obtentions végétales

Les indications géographiques, régies par une loi spécifique, protègent les dénominations désignant des produits dont la qualité ou la réputation est liée à une région déterminée. L’enregistrement confère aux producteurs de la zone un droit exclusif sur la dénomination.

Les obtentions végétales relèvent d’un registre distinct géré par le ministère de l’Agriculture. La protection dure 25 ans à compter de la reconnaissance (30 ans pour certaines espèces comme la pomme de terre, la vigne ou les arbres). La Serbie est membre de l’UPOV, et coopère avec l’Office communautaire des variétés végétales (OCVV / CPVO), notamment en prenant en compte les résultats de tests DUS, mais l’enregistrement auprès du CPVO ne vaut pas protection en Serbie.

Topographies de semi‑conducteurs et secrets d’affaires

La topographie d’un produit semi-conducteur (architecture des couches d’un circuit intégré) bénéficie d’une protection de 10 ans à compter du dépôt ou de la première exploitation commerciale.

Les secrets d’affaires sont protégés par une loi de 2021, alignée sur la directive (UE) 2016/943. Une information est couverte si elle :

n’est pas généralement connue ni aisément accessible ;

a une valeur commerciale du fait de son caractère secret ;

a fait l’objet de mesures raisonnables de protection (clauses de confidentialité, contrôle d’accès, marquage des documents, politiques internes, etc.).

La protection dure aussi longtemps que ces conditions sont réunies. Le titulaire peut agir contre l’obtention, l’utilisation ou la divulgation illicite, obtenir des mesures d’interdiction, de retrait du marché, de destruction de documents, ainsi que des dommages et intérêts.

S’enregistrer en Serbie : voies nationales, régionales et internationales

Un même actif peut entrer dans le système serbe de plusieurs manières : voies nationales directes, validations de titres régionaux, ou mécanismes internationaux gérés par l’OMPI.

Brevets : national, PCT et brevet européen

Trois grands scénarios sont possibles :

1. Dépôt national direct auprès de l’Office serbe (en serbe, avec possibilité de dépôt initial en langue étrangère) ; 2. Entrée en phase nationale d’une demande PCT, dans les 30 mois suivant la priorité ; 3. Validation en Serbie d’un brevet européen délivré par l’OEB, sur la base de l’accord de coopération avec l’OEB.

Bon à savoir :

Les non-résidents doivent obligatoirement désigner un représentant local. Le système prévoit certaines flexibilités, comme la restauration du délai de priorité dans les deux mois suivant son expiration, la prorogation de certains délais et des périodes de grâce en cas de divulgation abusive. Cependant, ces marges de manœuvre impliquent des coûts administratifs et financiers.

Marques : national et Protocole de Madrid

Pour les marques, on distingue :

des dépôts purement nationaux, gérés intégralement par l’Office de Belgrade ;

des désignations de la Serbie dans une marque internationale sous Protocole de Madrid. La Serbie est État membre ; une marque de base (serbe ou étrangère) permet de l’y désigner.

Bon à savoir :

Un titulaire de marque basé en Serbie peut utiliser sa marque serbe comme base pour étendre sa protection à plus de 130 pays en déposant une demande d’enregistrement international via l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI).

Dessins et modèles : national et système de La Haye

La Serbie est partie à l’Arrangement de La Haye. Il est donc possible :

de déposer un dessin ou modèle directement auprès de l’Office serbe ;

– ou de désigner la Serbie via un enregistrement international de dessin ou modèle industriel géré par l’OMPI.

Les demandes nationales peuvent inclure jusqu’à 100 dessins ou modèles, pour autant qu’ils appartiennent à la même classe de Locarno. L’Office examine la nouveauté de manière absolue, ce qui distingue la Serbie de certains systèmes plus « déclaratifs ».

Faire respecter ses droits : arsenal civil, pénal, douanier et administratif

En théorie, l’arsenal serbe d’application des droits est relativement complet : actions civiles, sanctions pénales, mesures douanières, contrôles de marché, droits spéciaux confiés à l’inspection du commerce et à l’administration des douanes. Dans la pratique, des lenteurs et des hésitations subsistent, mais les instruments existent.

Voie civile : interdiction, dommages et destruction

Le titulaire d’un droit (brevet, marque, dessin, droit d’auteur, secret d’affaires, etc.) peut saisir les juridictions civiles pour :

faire constater une atteinte ;

– obtenir une injonction (cessation de l’atteinte, interdiction d’usage, retrait du marché, destruction des produits contrefaisants ou du matériel ayant servi à la production) ;

– réclamer des dommages-intérêts calculés sur le préjudice subi (perte de profit, bénéfices indus de l’auteur de l’atteinte, éventuelle atteinte à la réputation) ou, à défaut, sur la base d’une redevance raisonnable correspondant à une utilisation licite.

Depuis 2015, des chambres spécialisées en propriété intellectuelle existent au sein des tribunaux de Belgrade, mais la pratique reste en construction. Les procédures durent fréquemment jusqu’à deux ans.

Voie pénale : les cas graves

Les atteintes graves, organisées ou de grande ampleur peuvent relever du Code pénal, avec à la clé :

des amendes significatives ;

voire des peines d’emprisonnement en cas de violations majeures (contrefaçon organisée, divulgation illégale de secrets d’affaires, etc.).

2000

Le nombre de poursuites pénales pour atteinte à la propriété intellectuelle a culminé au milieu des années 2000 avant de diminuer.

Douanes et inspection du marché : bloquer les contrefaçons

L’une des forces du système serbe réside dans l’articulation entre l’administration des douanes et l’inspection du marché, dotée de « pouvoirs spéciaux » depuis 2006 pour lutter contre les atteintes aux droits de propriété intellectuelle dans le commerce intérieur.

Schématiquement, le mécanisme fonctionne ainsi :

Astuce :

Pour lutter contre la contrefaçon, le titulaire d’un droit de propriété intellectuelle (marque, brevet, etc.) peut enregistrer son titre auprès des autorités douanières ou de l’inspection du marché via une demande d’intervention. Cette demande, valable un an et renouvelable indéfiniment, permet aux autorités de surveiller activement les importations et les points de vente (physiques ou en ligne). Lorsqu’elles détectent des marchandises suspectes, elles en informent le titulaire. Ce dernier dispose alors d’un délai, généralement de 15 jours, pour examiner les produits, demander leur destruction ou engager une action en justice.

Les titulaires sont encouragés à former les inspecteurs et agents des douanes pour les aider à reconnaître les contrefaçons – une pratique très efficace dans les secteurs sensibles (luxe, sport, électronique, logiciels, boissons alcoolisées).

Une particularité importante : les coûts de stockage et de destruction des marchandises contrefaisantes sont facturés au titulaire du droit. Mieux vaut donc calibrer sa stratégie – et sélectionner les cas à traiter – avec soin.

Secrets d’affaires : un régime désormais structuré

Avec la loi de 2021 sur la protection des secrets d’affaires, la Serbie dispose d’un cadre détaillé, inspiré du droit européen, pour sanctionner l’obtention, l’utilisation ou la divulgation illicites d’informations confidentielles à valeur économique. Le titulaire peut demander :

des mesures provisoires, parfois sur requête unilatérale (interdiction d’usage, saisie de produits suspects, mesures de préservation des preuves) ;

– des mesures définitives (interdiction d’utiliser le secret, retrait du marché, destruction de documents, condamnation au paiement de dommages et intérêts) ;

– la publication du jugement, aux frais du défendeur.

Le tout accompagné de dispositifs pour protéger la confidentialité pendant la procédure (huis clos, limitation de l’accès aux pièces, expurgation d’informations sensibles dans les décisions publiées).

Articuler en pratique protection, contrats et procédures

Connaître la loi ne suffit pas. Protéger concrètement sa propriété intellectuelle en Serbie suppose d’orchestrer les enregistrements, les contrats et les outils d’application des droits autour de son modèle économique.

Construire une stratégie de dépôt adaptée

Le réflexe de base reste le même quelle que soit la taille de l’entreprise : cartographier ses actifs immatériels et décider ce qui doit être :

breveté ou protégé par modèle d’utilité ;

déposé à titre de marque ou de dessin/modèle ;

conservé sous forme de secret d’affaires ;

géré au titre du droit d’auteur (logiciels, contenus, bases de données).

Quelques principes pragmatiques :

Bon à savoir :

Pour protéger efficacement vos actifs en Serbie, des démarches nationales sont nécessaires. Les marques et logos doivent être déposés localement, les enregistrements de l’UE ou des États-Unis n’étant pas valables. Pour les brevets, le PCT ou la validation d’un brevet européen permettent d’inclure la Serbie dans une stratégie internationale. Pour les designs, le système de La Haye autorise la désignation de la Serbie dans un enregistrement international, en complément ou à la place d’un dépôt national.

Sécuriser les relations avec salariés, prestataires et partenaires

Le droit serbe laisse une large place à la liberté contractuelle. C’est un levier à utiliser à plein pour sécuriser la propriété et l’exploitation de vos droits :

Attention :

Pour sécuriser vos actifs intellectuels en Serbie, il est crucial d’intégrer des clauses spécifiques dans vos contrats. Dans les contrats de travail, prévoyez des clauses sur la cession/licence des droits d’auteur (dans le cadre moniste), sur les inventions des salariés, la confidentialité et la non-concurrence (dans les limites légales). Dans les contrats de prestation, précisez sans ambiguïté la propriété, le moment du transfert, les limitations territoriales et temporelles, et prévoyez le transfert des droits d’exploitation. Dans les accords de partenariat, distribution ou franchise, encadrez strictement l’usage des marques, secrets d’affaires, savoir-faire et technologies pour éviter que des partenaires locaux ne déposent à leur nom vos marques ou brevets, une source fréquente de litiges.

Enregistrer les cessions, licences et nantissements

En droit serbe, cessions, licences et nantissements de brevets et de marques produisent leurs effets entre les parties sans inscription au registre. En revanche, pour être opposables aux tiers (créanciers, acquéreurs, licenciés ultérieurs), ces opérations doivent être inscrites.

Les frais administratifs restent modérés : de l’ordre d’une cinquantaine d’euros pour l’inscription d’une licence ou d’une cession de brevet, autour de 40 euros pour une cession de marque, avec des tarifs dégressifs en cas d’opérations portant sur plusieurs titres dans une même demande. Les documents doivent être produits en original ou copie certifiée, avec légalisation (Apostille ou équivalent) si nécessaire et traduction officielle en serbe.

Ces formalités, encore trop souvent négligées, constituent pourtant un élément clé de la bancabilité de la propriété intellectuelle : nantissement de marques ou brevets, valorisation dans les comptes, due diligence en cas de levée de fonds ou de cession.

Le numérique, les logiciels et les secteurs porteurs

La Serbie connaît un fort développement de son secteur IT et des industries créatives. De nombreuses sociétés de jeux vidéo, de logiciels et de services numériques y sont implantées, avec un flux non négligeable de talents venus d’Ukraine et de Russie depuis le début de la guerre en Ukraine.

Dans ce contexte, la propriété intellectuelle est au cœur de la valeur de ces entreprises : la majorité des membres de la Serbian Games Association déclarent créer leurs propres IP, pour un chiffre d’affaires cumulé de 125 millions d’euros sur une seule année récente.

Pour les logiciels et les services numériques, la combinaison suivante est particulièrement pertinente :

Bon à savoir :

La protection d’un logiciel repose sur plusieurs piliers juridiques. Le droit d’auteur s’applique automatiquement, mais un dépôt auprès de l’Office peut sécuriser la preuve. Des contrats solides (licences, conditions d’utilisation, contrats de développement, clauses open source) sont essentiels. Le brevet peut protéger une invention logicielle ayant un caractère technique avéré, comme un procédé de traitement produisant un effet technique mesurable. Enfin, le secret d’affaires protège les éléments de savoir-faire non divulgués, tels que les algorithmes internes, les données d’entraînement ou les méthodes métier.

La lutte contre la piraterie logicielle reste un enjeu majeur : malgré une baisse progressive, le taux de logiciels non licenciés demeure élevé. Les contrôles effectués par l’administration fiscale lors des vérifications comptables intègrent la vérification de la légalité des logiciels installés, et les éditeurs utilisent de plus en plus les leviers de l’inspection du marché et des douanes.

Les limites et défis du système serbe

Même si la Serbie a largement aligné son droit formel sur les standards internationaux, plusieurs obstacles subsistent sur le terrain :

Attention :

La Serbie fait face à une justice lente, avec des procédures civiles pouvant durer plus de deux ans, et à un manque de spécialisation des juridictions hors de Belgrade. Les moyens des unités de police et parquets spécialisés en cybercriminalité restent limités. Enfin, la coordination entre les institutions (douanes, inspections, police, parquets) demeure perfectible, malgré la création d’un organe de coordination et d’une plateforme informatique dédiés en 2014.

Pour les titulaires de droits, ces limites n’interdisent pas la protection, mais imposent un surcroît de vigilance et de préparation :

accumuler les preuves dès les premiers signes d’atteinte ;

privilégier les actions rapides (mesures provisoires, procédures devant l’inspection du marché) lorsque c’est pertinent ;

– intégrer le coût et la durée probable des contentieux dans les décisions business (faut‑il attaquer, négocier, laisser filer ?).

Quelques bonnes pratiques pour protéger sa propriété intellectuelle en Serbie

En définitive, une stratégie efficace en Serbie repose sur un mélange de droit, d’organisation interne et de coopération avec des acteurs locaux. Quelques lignes directrices se dégagent :

Astuce :

Pour sécuriser vos actifs immatériels en Serbie, adoptez une approche proactive. Anticipez les dépôts en intégrant systématiquement la Serbie dans vos procédures internationales (PCT, Madrid, La Haye) ou via un dépôt direct à Belgrade pour ancrer vos marques et innovations. Soignez la rédaction des contrats (avec employés, prestataires, distributeurs), essentiels notamment en l’absence de doctrine du « work for hire » en droit d’auteur. Protégez vos secrets d’affaires par des mesures concrètes : NDA, chartes internes, contrôles d’accès et formation. Utilisez les leviers de l’inspection du marché et des douanes en enregistrant vos droits pour faire retirer les contrefaçons, tout en évaluant les coûts logistiques associés. Documentez et déposez systématiquement vos créations (logiciels, bases de données) pour constituer une preuve de date et de paternité, cruciale en contentieux. Enfin, collaborez avec un conseil local expérimenté pour naviguer efficacement dans les procédures techniques serbes et éviter les erreurs irréversibles.

La Serbie est en pleine évolution : modernisation de ses lois, renforcement de la coopération avec l’Union européenne, montée en puissance de secteurs très dépendants de la propriété intellectuelle comme l’IT et l’agriculture de haute valeur ajoutée. Dans ce paysage en mouvement, ceux qui prennent au sérieux la protection de leurs actifs immatériels – et l’adaptent au contexte local – transforment un risque juridique en véritable avantage concurrentiel.

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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