Histoire du pays Venezuela, des premières sociétés indigènes à la crise contemporaine

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

Le Venezuela que l’on connaît aujourd’hui – pays pétrolier, traversé par une crise économique et politique sans précédent – est l’aboutissement d’une histoire bien plus longue et complexe. Avant de devenir la République bolivarienne, le territoire a vu naître des cultures indigènes sophistiquées, a été disputé par des puissances européennes, a servi de laboratoire à l’indépendance latino‑américaine, puis de vitrine démocratique en pleine guerre froide, avant de se transformer en archétype du « petro‑État » en déroute.

Bon à savoir :

L’histoire du Venezuela est marquée par une tension permanente entre une grande abondance (ressources, cultures, projets politiques) et une vulnérabilité face aux chocs externes, aux figures autoritaires (caudillos), à la dépendance aux rentes du sous-sol et aux dérives autoritaires.

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Des premiers habitants aux sociétés indigènes complexes

Bien avant les Espagnols, le territoire du Venezuela est habité depuis au moins 13 000 ans. Des outils en éclats de pierre, des pointes de lance et des grattoirs retrouvés sur les terrasses du río Pedregal ou sur le site d’El Jobo, dans l’ouest du pays, témoignent d’occupations humaines datées du Pléistocène final. Ces groupes de chasseurs cohabitent alors avec une mégafaune aujourd’hui disparue, comme les paresseux géants (megatherium), les glyptodontes ou les toxodontes.

Exemple :

Peu à peu, les communautés se sédentarisent, adoptent l’agriculture et forment des tribus. Les archéologues identifient une longue période « Mésindien » marquée par la transition de la chasse aux grands mammifères vers une exploitation diversifiée des ressources, puis par l’apparition de la poterie. Cette innovation est notamment associée aux Saladoïdes, un peuple de langue arawak établi le long du bas Orénoque entre le dernier millénaire avant notre ère et le VIᵉ siècle de notre ère.

Au fil des siècles, plusieurs vagues culturelles se succèdent le long du fleuve : les Barrancoïdes, puis les Arauquinoïdes après l’effondrement des premiers. Dans les Andes vénézuéliennes, une société particulièrement complexe se développe : les Timoto‑Cuicas. Ces derniers planifient des villages permanents dotés de terrasses agricoles irriguées, construisent des maisons en pierre et bois aux toits de chaume, cultivent la pomme de terre et l’ulluco, tissent des textiles végétaux et produisent de la céramique anthropomorphe. Ils ne laissent pas de grands monuments, mais marquent profondément la culture alimentaire en étant considérés comme les inventeurs de l’arepa, galette de maïs devenue emblème culinaire national.

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Nombre d’indigènes estimé occupant le territoire vénézuélien à la veille de l’arrivée des Européens.

Ces sociétés utilisent déjà le pétrole qui affleure naturellement, alors appelé mene, comme remède, combustible ou matériau d’étanchéité pour les pirogues. Une manière de rappeler que l’or noir est ancré dans l’histoire locale bien avant l’économie mondiale du XXᵉ siècle.

Explorations européennes, colonisation et premières résistances

La rencontre avec l’Europe commence en 1498, lorsque Christophe Colomb longe la façade orientale du pays lors de son troisième voyage. Il baptise le delta de l’Orénoque « Terre de grâce » et repère les îles riches en perles de Cubagua et Margarita, bientôt exploitées jusqu’à épuisement entre 1508 et 1531 au prix d’un effondrement démographique des populations locales.

L’année suivante, une expédition commandée par Alonso de Ojeda, accompagnée notamment d’Amerigo Vespucci, parcourt la côte nord. En découvrant des maisons sur pilotis autour du lac de Maracaibo, Vespucci évoque une « petite Venise ». De là viendrait le nom « Venezuela », même si certains chercheurs rappellent aussi un possible emprunt à un terme indigène.

Attention :

La colonisation permanente débute au XVIᵉ siècle avec Cumaná, premier établissement espagnol en Amérique du Sud. Elle évolue des missions et de l’exploitation des perles vers un contrôle territorial, avec des capitales successives : Santa Ana de Coro (1527), El Tocuyo, puis Caracas fondée en 1567 par Diego de Losada.

L’intermède allemand : le projet avorté de « Klein‑Venedig »

Un épisode peu connu de l’histoire du pays Venezuela est la tentative de colonisation allemande entre 1528 et 1546. Accablé de dettes, Charles Quint concède à la puissante famille de banquiers Welser le droit d’exploiter la Province de Venezuela. Les Allemands baptisent ce territoire « Klein‑Venedig » et espèrent y découvrir l’insaisissable Eldorado.

Ambrosius Ehinger fonde Maracaibo en 1529, son adjoint Nikolaus Federmann explore l’intérieur, puis Philipp von Hutten poursuit l’aventure. Mais la colonie accumule les échecs, se heurte aux populations locales et aux ambitions espagnoles. À son retour à Coro en 1546, Hutten est exécuté sur ordre du gouverneur espagnol Juan de Carvajal, tout comme Bartholomé Welser. Le roi révoque ensuite la concession : la tentative allemande est close, et le territoire revient dans le giron direct de la couronne.

Un régime colonial périphérique, entre esclavage et cacao

Comparé au Mexico ou au Pérou, le Venezuela colonial reste longtemps une périphérie de l’empire espagnol. Les mines d’or – notamment à Yaracuy à partir de 1632 – et le cheptel bovin des Llanos forment l’ossature d’une économie dominée par un système quasi‑féodal, où de grands propriétaires espagnols encadrent des métis et indigènes à cheval. L’exploitation esclavagiste touche d’abord les populations autochtones, puis s’étend largement aux Africains déportés pour travailler dans les mines et les plantations.

Astuce :

Au XVIIIᵉ siècle, le cacao devient la principale richesse de la région, cultivé le long de la côte grâce à un afflux massif d’esclaves africains. La Real Compañía Guipuzcoana de Caracas obtient le monopole du commerce avec l’Europe et stimule la production, mais ce privilège accordé à cette compagnie basque avive le ressentiment local.

Sur le plan administratif, le territoire passe d’abord par l’Audience de Saint‑Domingue, puis intègre le vice‑royaume de Nouvelle‑Grenade en 1717, avant d’acquérir une plus grande autonomie avec la création de la capitainerie générale du Venezuela en 1777. Cette réforme renforce Caracas comme centre politique et ouvre davantage les ports au commerce avec les îles britanniques, néerlandaises et françaises des Caraïbes, ce qui expose la société créole aux Lumières, à la Révolution française… et aux idées d’indépendance.

Sociétés indigènes en repli et missions au sud

Au fur et à mesure de l’avancée coloniale, nombre de peuples indigènes migrent vers le sud, au‑delà du fleuve Orénoque, où des missionnaires franciscains, capucins ou jésuites tentent de structurer des réductions. Dans la région de Guyane, la mission de San Tomé devient un centre majeur. Les religieux compilent grammaires et lexiques des langues locales, mais les épidémies, la guerre et l’asservissement entraînent un déclin démographique massif.

2

Pourcentage de la population vénézuélienne représenté par les peuples autochtones, selon la Constitution de 1999 qui leur reconnaît des droits spécifiques.

Du ferment révolutionnaire à l’indépendance

À la fin du XVIIIᵉ siècle, l’élite créole – les mantuanos – se sent de plus en plus à l’étroit dans un système qui réserve les hautes charges aux péninsulaires nés en Espagne. Inspirés par la Révolution française et américaine, certains franchissent le pas de la conspiration.

En 1797, Manuel Gual et José María España organisent la première tentative sérieuse de renversement de l’ordre colonial. Ils diffusent largement les textes des droits de l’homme et des projets républicains radicaux. Mais ce programme, jugé trop subversif, effraie même une partie des élites créoles, qui collaborent à la répression. Gual s’exile et meurt traqué par les Espagnols, España est capturé, torturé, exécuté et démembré, ses restes exposés dans Caracas pour l’exemple.

Bon à savoir :

L’invasion de l’Espagne par Napoléon en 1808 et la déposition des rois Charles IV et Ferdinand VII, suivies de l’installation de Joseph Bonaparte sur le trône, déclenchent la guerre d’indépendance espagnole. Cette crise crée un vide de légitimité politique dans les colonies américaines, accentué par la formation d’une Junte centrale suprême en Espagne qui gouverne au nom du roi captif, divisant profondément les allégeances.

La nouvelle parvient à La Guaira en juillet 1808 à bord du brick français Serpent. À Caracas, une partie des mantuanos tente alors d’imiter les provinces espagnoles insoumises en constituant une junte propre, mais le capitaine général Juan de Casas réprime ce mouvement.

Le 19 avril 1810, un nouveau basculement se produit : le cabildo de Caracas destitue le capitaine général Vicente Emparán et met en place une Junte suprême conservant formellement la fidélité à Ferdinand VII, mais coupant le lien avec le gouvernement régent de Cadix. D’autres villes – Barcelone, Cumaná, Mérida, Trujillo – suivent. À ce stade, l’objectif officiel n’est pas encore l’indépendance, mais l’autonomie. Pourtant, pour de jeunes créoles comme le 27‑lettre Simón Bolívar, c’est le prélude à la rupture définitive.

La Déclaration d’indépendance et les premières Républiques

Un Congrès se réunit à Caracas début 1811. Sous la pression de la Société patriotique fondée notamment par Bolívar et Francisco de Miranda, le débat glisse progressivement vers la séparation complète. Le 5 juillet 1811, sept des dix provinces de la capitainerie générale proclament l’indépendance. L’« Acte de Déclaration d’indépendance », rédigé par Juan Germán Roscio et Francisco Isnardi, est approuvé à 40 voix. Le jeune État se baptise d’abord « Confédération américaine du Venezuela » : c’est la Première République.

Mais celle‑ci est fragile. Les provinces de Coro, Maracaibo et Guyane restent fidèles à la couronne et reçoivent le soutien militaire de Porto Rico et de Cuba. De nombreux Blancs conservateurs, des métis et une partie des populations de couleur se méfient des républicains qu’ils jugent dominés par les grands propriétaires mantuanos. L’Église et le tremblement de terre qui ravage Caracas le 26 mars 1812 – interprété par beaucoup comme un châtiment divin – entament encore davantage le crédit de la nouvelle République. Les troupes royalistes du capitaine Juan Domingo de Monteverde progressent rapidement. Miranda, nommé généralissime, finit par capituler et signer l’armistice de La Victoria en juillet 1812. Quelques jours plus tard, il est livré aux Espagnols par un groupe d’officiers, dont Bolívar, et meurt emprisonné en Espagne en 1816.

Bolívar, l’« Admirable campagne » et la guerre à outrance

Exilé à Carthagène, en Nouvelle‑Grenade, Simón Bolívar rédige fin 1812 le « Manifeste de Carthagène », analyse sévère des erreurs de la Première République – fédéralisme excessif, tolérance jugée coupable envers les ennemis, incapacité à mobiliser les classes populaires – et appel aux voisins néo‑grenadins pour lancer une contre‑attaque. Avec leur soutien, il mène la « Campagne admirable » à partir de mai 1813 : en quelques mois, il traverse les Andes, libère Mérida, Trujillo, puis Caracas, d’où il est acclamé « Libertador ».

Dans ce contexte de guerre totale, il prononce à Trujillo son fameux « Décret de guerre à mort », promettant l’exécution de tout Espagnol ne soutenant pas la cause patriote, tandis que les Américains – au sens de natifs du continent – sont amnistiés. Cette radicalisation vise aussi à rallier les masses populaires en jouant sur l’opposition entre Créoles nés sur le sol américain et péninsulaires.

Simón Bolívar, Libertador

La Deuxième République, proclamée en août 1813, se heurte pourtant à la montée d’un acteur décisif : les llaneros, cavaliers métis et noirs des plaines, mobilisés par le caudillo royaliste José Tomás Boves. Celui‑ci fédère une insurrection sociale de grande ampleur contre les élites blanches, qu’elles soient royalistes ou patriotes. Ses troupes, connues pour leur extrême brutalité, infligent défaite sur défaite aux républicains. En 1814, la Deuxième République s’effondre, Caracas est évacuée lors d’un exode dramatique vers l’est, et Bolívar se replie une nouvelle fois vers la Nouvelle‑Grenade, puis la Jamaïque et Haïti, où il trouve soutien et exigence : le président Alexandre Pétion lui fournit armes et navires à condition qu’il s’engage à abolir l’esclavage dans les territoires qu’il libèrera.

Naissance de la Grande Colombie et indépendance durable

À partir de 1816, après plusieurs débarquements depuis Haïti et de complexes alliances avec d’autres chefs patriotes de l’est vénézuélien, Bolívar parvient à établir une base solide à Angostura, sur l’Orénoque (l’actuelle Ciudad Bolívar). Les patriotes y contrôlent le fleuve à partir de 1817, ce qui ouvre un corridor stratégique vers l’intérieur du continent.

C’est de là que le Libertador conçoit un plan audacieux : libérer la Nouvelle‑Grenade en franchissant les Andes par une route réputée impraticable. En 1819, à la tête d’une armée mêlant Vénézuéliens, Néo‑Grenadins, llaneros et volontaires européens des Légions britanniques, il traverse les montagnes dans des conditions extrêmes, perdant une partie importante de ses hommes. Le 7 août 1819, la victoire de Boyacá consacre la déroute espagnole en Nouvelle‑Grenade et ouvre la voie à Bogota, que Bolívar occupe peu après.

Le même Congrès réuni à Angostura, informé de ces succès, décrète le 17 décembre 1819 la création de la République de Colombie – bientôt connue comme Grande Colombie – comprenant le Venezuela, la Nouvelle‑Grenade et, par projet, Quito (futur Équateur). Bogotá en devient la capitale, et Bolívar son président.

Carabobo, Maracaibo, Puerto Cabello : la fin du pouvoir espagnol

Reste à libérer définitivement le territoire vénézuélien. Profitant de l’affaiblissement de la métropole, en proie à une révolte libérale depuis 1820, Bolívar conclut avec le général royaliste Pablo Morillo un armistice et un traité de « régularisation de la guerre » négociés notamment par Antonio José de Sucre : pour la première fois, les deux camps s’engagent à respecter certains droits des prisonniers et de la population civile, mettant fin à la logique de guerre à mort.

Exemple :

L’affrontement décisif de la guerre d’indépendance du Venezuela a eu lieu sur la savane de Carabobo. L’armée colombienne, renforcée par la cavalerie des *llaneros* de José Antonio Páez et des bataillons étrangers, y a vaincu les forces espagnoles du général Miguel de la Torre. Cette victoire a ouvert la route de Caracas, occupée peu après, bien que des résistances royalistes aient persisté à Maracaibo, Coro et dans la forteresse de Puerto Cabello.

Le dernier acte se joue sur mer avec la bataille du lac de Maracaibo, le 24 juillet 1823, remportée par l’escadre républicaine de José Prudencio Padilla. En novembre, Páez s’empare enfin de Puerto Cabello : la domination espagnole sur le Venezuela est terminée.

Le bilan humain est lourd : des dizaines de milliers de morts dans un pays d’un million d’habitants environ, des campagnes ravagées, une économie désorganisée. Mais le rêve de Bolívar ne se limite pas à l’indépendance vénézuélienne : il veut une grande confédération capable de peser face aux États‑Unis et aux vieilles puissances européennes.

De la Grande Colombie à l’État vénézuélien indépendant

La Grande Colombie se dote d’une Constitution à Cúcuta en 1821, confirmant la structure centralisée du nouvel État. Bolívar en est président, Francisco de Paula Santander vice‑président. Très vite pourtant, les tensions montent entre les régions, notamment au Venezuela, où Páez et d’autres notables supportent mal les décisions prises à Bogotá.

Bon à savoir :

En 1826, le mouvement séparatiste ‘La Cosiata’ au Venezuela affaiblit le consensus pour un État unitaire. Après l’échec de la Convention d’Ocaña en 1828, une tentative d’assassinat contre Bolívar et la sécession progressive des départements, la Grande Colombie se dissout entre 1830 et 1831.

Le Venezuela se proclame alors État indépendant, avec José Antonio Páez comme figure dominante. Simón Bolívar, lui, se retire vers la côte caraïbe colombienne, malade et désillusionné. Il meurt près de Santa Marta en décembre 1830, convaincu d’avoir « labouré la mer ».

XIXᵉ siècle : caudillos, guerres civiles et construction de l’État

Le jeune État vénézuélien hérite d’un territoire dévasté, d’une économie agricole affaiblie, d’une société profondément divisée par la guerre et la question raciale. La Constitution de 1830 proclame un régime représentatif mais maintient un suffrage censitaire, la peine de mort pour certains délits politiques et l’esclavage, qui ne sera aboli qu’en 1854. L’Église perd certains privilèges fiscaux et éducatifs, sans pour autant être marginalisée.

Durant la majeure partie du XIXᵉ siècle, le pays est dominé par des caudillos régionaux – chefs de guerre devenus potentats locaux – qui se disputent le pouvoir central. José Antonio Páez incarne cette première période : il occupe la présidence à plusieurs reprises, influence les choix politiques et n’hésite pas à recourir aux armes pour conserver son influence. Si les années 1830‑1840 voient une relative stabilité et quelques progrès économiques, la scène politique reste marquée par la personnalisation du pouvoir et par l’exclusion de larges pans de la population.

Bon à savoir :

Dans les années 1840, l’émergence du Parti libéral, qui réclamait l’élargissement du suffrage et l’abolition de l’esclavage, a provoqué de nouvelles polarités. Les frères Monagas, José Tadeo et José Gregorio, caudillos eux-mêmes, ont incarné une phase de transition : José Tadeo a rompu avec les conservateurs, tandis que José Gregorio a aboli l’esclavage et la peine capitale en 1854. Leurs tentatives de prolongation de mandat ont cependant déclenché des soulèvements.

La Guerre fédérale et la question du fédéralisme

Entre 1859 et 1863, le Venezuela est ravagé par la Guerre fédérale, l’un des conflits les plus sanglants de son histoire. Les libéraux fédéralistes – menés notamment par Ezequiel Zamora – affrontent les conservateurs centralistes. Au‑delà des discours idéologiques, cette guerre exprime aussi la lutte de différentes régions pour le contrôle de la rente et de l’appareil d’État, ainsi que les frustrations des populations rurales. À l’issue du conflit, la Constitution de 1864 renomme le pays « États‑Unis du Venezuela » et adopte formellement un modèle fédéral, chaque État disposant d’une plus grande autonomie.

Bon à savoir :

Après la guerre fédérale, le pouvoir reste aux mains des caudillos comme Falcón et Monagas, dans un pays ruiné. À partir de 1870, Antonio Guzmán Blanco restaure l’autorité centrale par un projet modernisateur autoritaire, incluant l’extension de l’instruction primaire, la limitation des privilèges de l’Église, des confiscations de biens religieux et de grands travaux d’infrastructure. Cependant, ces réformes restent très personnalisées et la succession à la fin du siècle est instable, marquée par des intrigues et des révoltes.

Crises internationales et affirmation diplomatique

La fin du XIXᵉ siècle est également marquée par un contentieux de frontières avec la Guyane britannique, portant sur un vaste territoire à l’ouest de l’Essequibo. En 1895, le gouvernement de Joaquín Crespo fait appel aux États‑Unis en invoquant la doctrine Monroe. Washington, par la voix de son secrétaire d’État Richard Olney, adresse à Londres une note très ferme. La crise manque de dégénérer en conflit armé avant que la Grande‑Bretagne n’accepte un arbitrage international. Le verdict de 1899 donne largement satisfaction à Londres, alimentant un ressentiment durable à Caracas. Mais, pour les États‑Unis, cette affaire marque la première application réussie de la doctrine Monroe face à une grande puissance européenne.

En interne, le pays ne parvient pas à stabiliser ses institutions. Les élections « libres » de 1894 sont suivies de coups de force. En 1899, un caudillo andin, Cipriano Castro, marche sur Caracas avec le soutien de son compagnon d’armes Juan Vicente Gómez. L’ère des « Andinos » commence.

XXᵉ siècle : dictatures, pétrole et transition démocratique

Le XXᵉ siècle vénézuélien est indissociable du pétrole. Mais avant que l’or noir ne bouleverse tout, le pays traverse une nouvelle phase de gouvernement personnel. Cipriano Castro assume la présidence à partir de 1899, accumule les dettes, affronte une crise internationale majeure en 1902‑1903 lorsque la Grande‑Bretagne, l’Allemagne et l’Italie imposent un blocus naval pour obtenir le remboursement de créances. L’administration Roosevelt refuse d’intervenir militairement mais s’inquiète de la présence européenne, ce qui débouchera sur le « corollaire Roosevelt » à la doctrine Monroe, justifiant l’intervention américaine pour prévenir d’autres ingérences.

Affaibli par la maladie, Castro quitte le pays en 1908 pour se faire soigner en Allemagne. Son vice‑président, Juan Vicente Gómez, en profite pour prendre le pouvoir, lui interdit le retour et inaugure une dictature qui durera jusqu’en 1935. Il s’appuie notamment sur l’armée nationale qu’il renforce et sur la montée en puissance d’une ressource nouvelle : le pétrole.

L’irruption de l’or noir et le « mal hollandais »

Les premiers forages commerciaux remontent à 1917, mais c’est le spectaculaire « blowout » du puits Barroso n°2, à Cabimas, en 1922 – avec une fontaine de 100 000 barils par jour – qui propulse le Venezuela dans la modernité pétrolière. En quelques années, des dizaines de compagnies étrangères, dominées par Royal Dutch Shell, Gulf et Standard Oil, s’installent dans le bassin du lac de Maracaibo. À la fin des années 1920, le pays est déjà le deuxième producteur mondial de brut après les États‑Unis, et le premier exportateur.

Cette manne transforme profondément l’économie :

Indicateurs clés de l’essor pétrolierVers 1920Vers 1935
Part du pétrole dans les exportations1,9 %91,2 %
Rang mondial comme producteur3ᵉ
Part de l’agriculture dans le PIB~33 %< 10 %

En quelques décennies, l’agriculture autrefois dominante s’effondre, l’industrie hors pétrole peine à émerger et l’économie se restructure autour de la rente. C’est l’illustration classique du « mal hollandais » : l’afflux de devises renchérit la monnaie, rend les produits non pétroliers moins compétitifs, attire la main‑d’œuvre vers les villes et les services, tout en habituant l’État à vivre des ressources du sous‑sol plutôt que de l’impôt citoyen.

Sous Gómez, les concessions pétrolières sont généreusement distribuées, souvent à des proches qui les revendent ensuite aux majors internationales. Le dictateur permet toutefois à l’État d’éponger ses dettes, construit une armée moderne et développe certaines infrastructures. Il n’en laisse pas moins un pays fortement inégalitaire, peu alphabétisé, et un régime qui repose sur la répression. Lorsqu’il meurt en 1935, la population reste en grande partie rurale et pauvre, tandis que lui-même aurait accumulé une fortune colossale.

De l’État rentier au laboratoire démocratique

Les successeurs de Gómez – Eleazar López Contreras puis Isaías Medina Angarita – entament timidement une ouverture : lutte contre la malaria, légalisation des partis, création d’une première compagnie pétrolière publique (Corporación Venezolana del Petróleo) et surtout adoption de la loi sur les hydrocarbures de 1943. Ce texte, qui impose un partage 50/50 des profits à partir de l’exploitation du brut, multiplie par six les recettes de l’État en quelques années et devient un modèle repris ailleurs.

Après la Seconde Guerre mondiale, le pays s’impose comme un fournisseur majeur de pétrole pour les États‑Unis, tout en vivant une rapide urbanisation. Mais l’instauration d’une démocratie réelle va prendre du temps. Un premier essai, entre 1945 et 1948, sous l’égide du parti Acción Democrática et du romancier‑président Rómulo Gallegos, est brutalement interrompu par un coup d’État militaire. S’ensuit la dictature de Marcos Pérez Jiménez, autre général modernisateur qui investit massivement dans les infrastructures, mais gouverne par la peur, la censure et la torture. Il profite des revenus pétroliers, qui explosent encore lors du premier choc pétrolier de 1973.

Bon à savoir :

Après la chute de Pérez Jiménez en 1958, les principaux partis démocratiques vénézuéliens (Acción Democrática, COPEI et l’URD) ont conclu le Pacte de Punto Fijo. Cet accord inédit prévoyait le partage du pouvoir, le respect des résultats électoraux, l’exclusion des extrêmes politiques (notamment communistes) et l’utilisation de la rente pétrolière pour stabiliser la société.

Durant plusieurs décennies, le Venezuela devient ainsi l’une des rares démocraties stables d’Amérique latine, tandis que ses dirigeants participent à la fondation de l’OPEP (1960) et à la mise en place de politiques sociales ambitieuses.

Nationalisation et « Grande Venezuela »

En 1973, l’embargo arabe quadruple le prix du pétrole. Pour le Venezuela, les recettes publiques sont multipliées par quatre en deux ans. Le président Carlos Andrés Pérez lance alors le programme de « Grande Venezuela », combinant industrialisation par substitution aux importations, extension massive de l’État entrepreneur et ambitieuse politique sociale. En 1976, l’industrie pétrolière est nationalisée : PDVSA devient l’entreprise publique chargée de gérer le secteur, présentée comme techniquement performante et relativement autonome vis‑à‑vis du pouvoir politique.

Mais cette période d’abondance cache aussi une montagne de fragilités : inflation, endettement croissant, corruption endémique. Des estimations évoquent jusqu’à 100 milliards de dollars détournés entre 1972 et 1997. Lorsque les prix du pétrole s’effondrent en 1986, l’édifice se fissure.

Crise économique, Caracazo et montée de Chávez

Les années 1980 voient le pays s’enliser dans la dette, l’inflation et la stagnation. Malgré plusieurs plans d’ajustement, l’économie ne parvient pas à se diversifier. En 1989, le retour au pouvoir de Carlos Andrés Pérez se fait sous le signe de la rigueur : à la demande du FMI, il supprime les subventions à l’essence et augmente les tarifs de transport. La réaction populaire est immédiate : le « Caracazo » – émeutes massives à Guarenas puis Caracas – est réprimé dans le sang. Les estimations officielles parlent de moins de 300 morts, mais beaucoup de sources avancent le chiffre d’au moins 2 000 victimes.

Cette rupture brise le mythe d’une démocratie prospère et pacifiée. La confiance dans les partis traditionnels s’érode. En 1992, un lieutenant‑colonel, Hugo Chávez, tente un coup d’État militaire contre Pérez. L’opération échoue, mais la courte allocution télévisée qu’il obtient pour appeler ses troupes à cesser le combat – conclue par un « pour l’instant » devenu célèbre – le propulse sur le devant de la scène. Emprisonné, il sera amnistié en 1994 par le président Rafael Caldera.

Lieutenant-colonel Hugo Chávez

Durant la décennie 1990, l’économie continue de se détériorer, le système de partage du pouvoir du Pacte de Punto Fijo apparaît vidé de son sens, et la population aspire à une refondation. Dans ce contexte, le discours anti‑corruption, anti‑partis et nationaliste de Chávez trouve un écho grandissant.

La « Révolution bolivarienne » : refondation institutionnelle et dépendance accrue

En 1998, Hugo Chávez remporte la présidentielle avec plus de 56 % des voix. Il promet de balayer l’ancien système, de refonder l’État sur une base participative et de mettre la rente pétrolière au service des pauvres. Une Assemblée constituante est élue en 1999, dominée par ses partisans, qui rédigent une nouvelle Constitution adoptée par référendum. Le pays prend officiellement le nom de « République bolivarienne du Venezuela ». Le texte renforce le pouvoir présidentiel, instaure un mandat de six ans renouvelable deux fois consécutivement, crée une Assemblée nationale monocamérale et introduit un mécanisme inédit de référendum révocatoire.

Cette refondation s’accompagne d’une politisation croissante de PDVSA. Si la nationalisation date des années 1970, Chávez entend maintenant « reprendre le contrôle » d’une entreprise qu’il accuse d’être un État dans l’État, trop proche des majors et des élites. Une nouvelle loi sur les hydrocarbures en 2001 augmente la fiscalité sur les compagnies étrangères et affirme la majorité publique dans tous les projets.

Boom pétrolier et politiques sociales

La conjoncture des années 2000 est très favorable : les prix du brut s’envolent à nouveau, aidés par la stratégie de réduction de production d’OPEP, à laquelle Chávez participe activement, et par la demande chinoise. L’État voit ses ressources exploser, d’autant plus qu’il accroît la part de la rente captée au détriment de PDVSA, désormais fortement utilisée pour financer des programmes sociaux.

Exemple :

Les « missions bolivariennes », telles que les programmes d’alphabétisation, de santé de proximité (Barrio Adentro), de logement et de distribution d’aliments subventionnés, ont permis de réduire la pauvreté et l’extrême pauvreté durant leurs premières années. En parallèle, des médecins cubains ont été déployés dans les quartiers populaires vénézuéliens en échange de livraisons de pétrole à Cuba, et le gouvernement a lancé la diplomatie énergétique Petrocaribe pour apporter une aide aux pays caribéens.

Les indicateurs sociaux s’améliorent effectivement entre 2003 et 2007, avec une baisse notable de la pauvreté monétaire. Mais ces avancées reposent presque entièrement sur la rente pétrolière, sans réforme durable de la structure économique. Le secteur privé productif est fragilisé par les nationalisations, les contrôles de change et de prix, ainsi que par un climat d’incertitude juridique.

Polarisation, coups de force et contrôle institutionnel

Sur le plan politique, la « révolution bolivarienne » fracture profondément la société entre chavistes et opposition. En avril 2002, une immense manifestation contre la nomination de fidèles du pouvoir à la tête de PDVSA dégénère. Des tirs font 19 morts à Caracas, une partie de l’armée se retourne contre Chávez, qui est brièvement renversé. Un homme d’affaires, Pedro Carmona, dissout les institutions, mais ce gouvernement de facto ne tient que 48 heures : la Garde présidentielle et des secteurs populaires ramènent Chávez au palais présidentiel. L’épisode, auquel l’administration Bush est soupçonnée d’avoir été au moins informée à l’avance, renforce la rhétorique anti‑impérialiste de Caracas.

Attention :

En réaction à une grève en 2002, le gouvernement vénézuélien a licencié environ 18 000 employés, considérés comme l’ossature technique de PDVSA, pour les remplacer par des cadres politiquement loyaux. Si la production a rebondi à court terme, de nombreux analystes estiment qu’elle n’a jamais retrouvé son niveau d’avant 2002 et que ce déficit d’expertise aura des conséquences durables.

Chávez s’appuie aussi sur des lois d’habilitation qui lui permettent de légiférer par décret pendant des périodes prolongées, sur des réformes électorales et sur la cooptation de la Cour suprême et d’autres pouvoirs publics. Si ses victoires électorales sont nombreuses – il remporte 15 scrutins sur 16 entre 1999 et 2012 –, les observateurs soulignent une érosion progressive des contre‑pouvoirs. La fermeture en 2007 de la chaîne RCTV, critique du gouvernement, illustre le durcissement vis‑à‑vis des médias.

L’ère Maduro : effondrement économique et crise humanitaire

Lorsque Hugo Chávez meurt en 2013, le modèle repose sur des piliers déjà fragilisés : dépenses publiques démesurées, dépendance quasi totale aux exportations de brut (environ 96 % des recettes d’exportation), déficit de production agricole et industrielle, système de change multiple propice à la corruption. Son successeur désigné, Nicolás Maduro, remporte de justesse l’élection qui suit, avec environ 50,6 % des voix.

Peu après, les prix du pétrole chutent brutalement à partir de 2014, passant de plus de 100 dollars le baril à moins de 30 en 2016. Pour un État dont les revenus dépendent à plus de moitié de l’or noir, c’est un choc violent. Au lieu d’ajuster les dépenses, le gouvernement multiplie l’émission monétaire. L’inflation s’emballe, puis devient hyperinflation : plus de 130 000 % en 2018 selon le FMI. La monnaie, le bolívar, perd l’essentiel de sa valeur, obligeant à plusieurs reconversions (apparition du « bolívar souverain » en 2018, retranchant cinq zéros).

2017

Année du défaut de paiement du Venezuela, conséquence de son exclusion progressive des marchés internationaux et de son surendettement.

Années récentesIndicateur macroéconomiqueEstimation
2014‑2021Baisse cumulée du PIB~‑75 %
2012‑2020Chute du revenu par habitant‑72 %
2018Inflation annuelle>130 000 %
2023Inflation annuelle estimée~190 %

Des enquêtes nationales comme l’ENCOVI montrent qu’en 2021, 95 % des Vénézuéliens vivent sous le seuil de pauvreté monétaire, dont 77 % en pauvreté extrême. Les hôpitaux manquent de médicaments, d’électricité, de matériel de base. Les maladies auparavant contenues – malaria, diphtérie, rougeole – réapparaissent. Les ONG et les agences onusiennes décrivent une détérioration dramatique des indicateurs de mortalité infantile et maternelle, tandis que le gouvernement cesse de publier des statistiques de santé et sanctionne les responsables – comme la ministre Antonieta Caporale, limogée après avoir diffusé un rapport alarmant.

Attention :

Les programmes d’aide alimentaire (boîtes CLAP) et médicale (Barrio Adentro) sont dénoncés comme étant irréguliers, insuffisants et utilisés comme outils de pression politique, avec des distributions conditionnées au soutien électoral ou différées jusqu’aux scrutins.

Autoritarisme croissant et institutions paralysées

Sur le terrain politique, l’élection législative de 2015 marque un tournant : l’opposition regroupée au sein de la Table de l’unité démocratique (MUD) obtient une large majorité à l’Assemblée nationale. En réaction, le pouvoir exécutif et judiciaire cherche à neutraliser ce contre‑poids. La Cour suprême annule ou bloque la plupart des lois votées, de nouveaux magistrats sont élus à la hâte par l’Assemblée sortante, et en 2017, la même Cour annonce qu’elle assumera directement les fonctions législatives, avant de rétropédaler sous la pression internationale.

Plutôt que d’organiser un référendum révocatoire – pourtant prévu par la Constitution de 1999 et pour lequel l’opposition collecte 1,8 million de signatures validées – le Conseil national électoral suspend le processus en 2016. L’année suivante, Maduro convoque une Assemblé constituante, élue selon un mode de représentation favorable aux organisations proches du gouvernement. Cette instance s’arroge les pouvoirs législatifs, marginalisant de fait le Parlement choisi en 2015.

Les élections présidentielles de 2018, anticipées, sont boycottées par la majorité de l’opposition. Plusieurs de ses leaders sont inéligibles, emprisonnés ou exilés. La réélection de Maduro est largement considérée comme irrégulière par de nombreux pays et organisations internationales. En 2019, le président de l’Assemblée nationale, Juan Guaidó, se proclame président intérimaire en invoquant des articles constitutionnels. Une soixantaine de pays, dont la plupart des États américains et européens, le reconnaissent comme tel. Mais l’appareil militaire et les structures de l’État restent aux mains du camp chaviste, soutenu diplomatiquement et économiquement par des pays comme la Russie, la Chine, Cuba, l’Iran ou la Turquie.

Au fil des années, les rapports de l’ONU, de Human Rights Watch ou d’autres ONG documentent un usage excessif de la force lors des manifestations (plus de 150 morts en 2017), des exécutions extrajudiciaires attribuées aux Forces d’action spéciale de la police, des arrestations arbitraires et un climat d’impunité. Les indices internationaux – Democracy Index de The Economist, rapport de Freedom House – classent le Venezuela parmi les régimes autoritaires à partir des années 2010.

L’exil massif et les recompositions récentes

L’un des marqueurs les plus visibles de la crise est l’exode massif de la population. Selon les estimations des agences onusiennes, plus de 7 millions de Vénézuéliens ont quitté le pays depuis le milieu des années 2010, soit autour d’un quart de la population. La plupart se dirigent vers les pays voisins – Colombie, Brésil, Pérou – ou d’autres destinations d’Amérique latine et du Nord. Il s’agit de l’un des plus grands mouvements de réfugiés de l’histoire récente hors contexte de guerre déclarée.

Bon à savoir :

Après avoir touché le fond, l’économie commence à se stabiliser timidement vers 2021‑2022. Le gouvernement assouplit certains contrôles des prix et des changes, tolère une dollarisation de fait et tente de relancer l’industrie pétrolière en déclin. Cependant, les sanctions internationales, notamment américaines, ciblant les responsables, PDVSA et le secteur financier, compliquent gravement l’accès aux marchés.

Des assouplissements temporaires de sanctions sont négociés à partir de 2022‑2023, notamment avec la possibilité pour Chevron de reprendre certaines activités, en échange d’engagements du gouvernement à organiser des élections plus ouvertes. Mais les étapes de cette « feuille de route » sont l’objet de controverses constantes, et les scrutins restent contestés.

Attention :

L’élection présidentielle de 2024 est contestée : l’opposition revendique la victoire d’Edmundo González Urrutia, tandis que le Conseil national électoral proclame la réélection de Maduro. L’absence de publication des résultats détaillés suscite des accusations de fraude. Malgré les critiques internationales, la Cour suprême valide la proclamation du président sortant.

Une longue trajectoire, des constantes structurantes

En filigrane de cette histoire, plusieurs constantes traversent les siècles.

90

En 2012, 90 % des recettes d’exportation du Venezuela provenaient du pétrole, illustrant la dépendance extrême de l’économie à cette rente.

Ensuite, le poids des chefs personnels – caudillos militaires du XIXᵉ siècle, dictateurs andins du début du XXᵉ, ou leaders charismatiques comme Chávez au tournant du XXIᵉ – dans la construction des institutions. Ces figures ont parfois servi de vecteurs de modernisation ou de cohésion, mais au prix d’une fragilisation des mécanismes impersonnels de l’État de droit.

Enfin, la tension entre ouverture et autonomie. De l’appel aux États‑Unis lors du différend frontalier avec la Grande‑Bretagne à la création de l’OPEP, des alignements durant la guerre froide à la diplomatie « bolivarienne » hostile à Washington, le Venezuela oscille entre intégration aux circuits mondiaux et volonté de s’affirmer comme acteur souverain, parfois en s’adossant à de nouveaux partenaires extra‑continentaux.

Bon à savoir :

L’histoire factuelle du Venezuela montre que ni d’abondantes ressources naturelles ni une longue période de stabilité démocratique ne suffisent à garantir un développement durable si les institutions restent vulnérables aux cycles économiques de rente, aux conflits de pouvoir et à l’exclusion sociale. Elle révèle également la résilience d’une société qui, en dépit des crises, a été le théâtre d’expériences politiques majeures en Amérique latine, depuis l’indépendance de la Grande-Colombie jusqu’à la « révolution bolivarienne ».

Comprendre cette trajectoire, des sociétés timoto‑cuicas aux mégacités pétrolières, des batailles de Carabobo aux manifestations de Caracas, c’est éclairer l’un des exemples les plus frappants au monde des promesses et des pièges d’un État construit sur l’abondance d’un seul produit : le pétrole.

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Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale pour optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements, tout en gardant un lien avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour l’accompagnement complet (conseil fiscal international, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.

Après analyse de plusieurs destinations attractives (Venezuela, Panama, Uruguay, République dominicaine), la stratégie retenue a consisté à cibler le Venezuela pour son coût de vie très bas, la possibilité de structurer des revenus en devises via des comptes à l’étranger, et une fiscalité intéressante pour les non‑résidents bien planifiée (absence d’ISF, optimisation des revenus de source étrangère). La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax ou non, report d’imposition), obtention de la résidence locale, sécurisation des flux en euros/USD, transfert de résidence bancaire, plan de rupture des liens fiscaux français, mise en relation avec un réseau local (avocat, spécialiste immigration, partenaires bilingues) et structuration patrimoniale internationale pour limiter les risques politiques et monétaires.

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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