Investir dans la pierre au Venezuela quand on est expatrié

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

Parler d’immobilier au Venezuela, c’est forcément parler de crise, de risques… mais aussi d’opportunités spectaculaires. Le pays a connu l’un des plus grands krachs immobiliers de la planète en termes de prix en dollars, avec des baisses de 70 à 90 % dans les grandes villes. Résultat : des appartements qui valaient 500 000 dollars se négocient parfois aujourd’hui autour de 50 000 à 100 000 dollars. Pour un expatrié prêt à accepter une forte dose de risque, le marché ressemble à un gigantesque “contrarian play”.

Bon à savoir :

Ce guide détaille les aspects pratiques et les risques de l’investissement immobilier pour les expatriés au Venezuela, en abordant les lieux d’achat, les méthodes, les conditions légales, les coûts et les risques réels.

Sommaire de l'article masquer

Un marché immobilier à prix cassés, dans une économie hors normes

Difficile de comprendre l’immobilier sans revenir au contexte économique. Le Venezuela a vu son PIB chuter d’environ 75 % depuis 2013. La monnaie locale, le bolívar, a été dévaluée à répétition, au point de perdre quatorze zéros entre 2007 et 2021. L’hyperinflation a atteint des niveaux qui se mesurent en millions de pourcents. L’économie, ultra-dépendante du pétrole (environ 95 % des recettes d’exportation) et frappée par les sanctions internationales, s’est contractée à une vitesse rarement observée ailleurs.

7000000

Nombre de Vénézuéliens ayant quitté le pays entre 2014 et 2023, provoquant un exode massif.

Aujourd’hui, certains signaux suggèrent une amorce de stabilisation. Le PIB est estimé autour de 72 milliards de dollars, avec des prévisions de croissance entre 2 et 4 % par an, et une inflation qui, tout en restant très élevée, a considérablement ralenti par rapport aux pires années. Surtout, le pays s’est de facto dollarisé : le billet vert sert massivement de monnaie de transaction, y compris dans l’immobilier.

Attention :

Pour un investisseur étranger, le marché immobilier argentin présente un contexte macroéconomique extrêmement risqué, mais des prix parmi les plus bas d’Amérique latine lorsqu’ils sont mesurés en dollars.

Des prix au plancher, loin des sommets d’avant-crise

Le décalage entre les valeurs d’avant-crise et les prix actuels est spectaculaire. Caracas, autrefois capitale très chère, affiche désormais certains des mètres carrés les moins coûteux de la région pour une capitale.

Voici quelques ordres de grandeur tirés des données récentes, tous exprimés en dollars américains.

IndicateurAvant crise (ordre de grandeur)Aujourd’hui (ordre de grandeur)
Baisse moyenne des prix en grandes villes-70 % à -90 % par rapport au pic
Appartement haut de gamme Caracas (ex-500k)500 000 $50 000 – 100 000 $
3 pièces classe moyenne supérieure Caracas200 000 $~60 000 $
Prix au m² Caracas> 1 500 $ (ancien pic)< 500 $ en moyenne
Terrain en zone prime (m²)~500 $ (il y a 5 ans)~130 $

Dans d’autres villes, le contraste est tout aussi marqué : à Maracaibo, un appartement de standing moyen peut se trouver à 15 000 dollars, quand une unité similaire sur un marché latino‑américain plus stable coûterait plusieurs fois plus.

Pour un expatrié, cela signifie un point d’entrée exceptionnellement bas pour qui raisonne en dollars et à long terme.

Où investir au Venezuela quand on est expatrié

Tous les marchés locaux ne se valent pas. Certains combinent meilleures infrastructures, demande locative plus solide et potentiels de valorisation plus crédibles. D’autres sont plus spéculatifs, voire franchement aventureux.

Caracas : le centre névralgique, à prix d’aubaine

Caracas reste le cœur politique, économique et administratif du pays. Même affaiblie, la capitale concentre administrations, entreprises, ONG, diplomates, organisations internationales et une bonne partie de la classe aisée restante.

Les quartiers de l’est de Caracas sont traditionnellement les plus recherchés :

Altamira, Chacao, La Castellana, Los Palos Grandes : immeubles résidentiels de standing, bonne offre de services, considérés comme les secteurs les plus “premium”.

Las Mercedes, Chuao : zones très commerciales et de bureaux, avec une montée en puissance de projets mixtes.

– El Hatillo, La Lagunita : secteurs plus résidentiels, souvent en lotissements fermés, prisés des familles.

400000

Le prix maximum pour un bien de luxe dans les quartiers haut de gamme de la capitale, un montant considéré comme faible pour ce type de secteur.

Margarita Island : tourisme, villégiature et location saisonnière

Isla Margarita est l’une des cartes maîtresses touristiques du pays. L’île est zone franche (free port) depuis des décennies, bénéficie d’un climat sec, d’une situation hors couloir cyclonique et attire à la fois touristes nationaux et internationaux.

Pour un expatrié investisseur, Margarita rime avec :

Appartements en résidence balnéaire.

Villas avec vue mer.

Petites structures hôtelières ou projets de location courte durée.

Les exemples du marché montrent des condominiums en front de mer autour de 70 000 dollars et des villas de trois chambres parfois sous la barre des 100 000 dollars. Surtout, les rendements bruts sur la location touristique sont évalués dans une fourchette de 6 à 9 % selon les saisons.

Mérida : montagne, université et écotourisme

Nichée dans les Andes, Mérida séduit par son climat tempéré, ses paysages et son ambiance de ville universitaire. La demande y est portée par les étudiants, les classes moyennes locales, les retraités et une clientèle attirée par l’écotourisme.

Astuce :

Les prix au mètre carré à Mérida sont généralement inférieurs à ceux de Caracas, avec une fourchette approximative de 400 à 800 dollars pour des biens de bonne qualité. Pour un expatrié souhaitant combiner résidence principale et petite location (pour étudiants ou touristes), la ville offre un cadre de vie plus agréable et moins stressant que la capitale.

Valencia, Maracaibo et les autres grandes villes

Valencia, capitale industrielle, et Maracaibo, cœur historique de la zone pétrolière, restent des pôles démographiques et économiques. On y trouve :

Une base industrielle et logistique (particulièrement à Valencia).

Des loyers plus abordables que Caracas, avec une demande locative orientée entreprises et classes moyennes.

Les prix au mètre carré peuvent descendre autour de 150 dollars dans certaines zones de Maracaibo, ce qui donne une idée de la profondeur de la correction.

À côté de ces grandes villes, d’autres régions offrent un angle plus touristique ou écologique :

Los Roques : archipel protégé, haut potentiel pour l’écotourisme haut de gamme.

Gran Sabana et Angel Falls : terres d’aventure, où l’investissement prend surtout la forme de projets de lodges et de foncier touristique.

Quels types de biens pour quel profil d’expatrié

L’offre immobilière vénézuélienne est assez classique en termes de typologie, mais chaque segment réagit différemment aux chocs économiques.

Résidentiel urbain : appartements et maisons

Les appartements restent le produit phare, notamment dans les grandes villes. On trouve :

Studios et 1 chambre : très demandés en location à Caracas (fort besoin en deux-pièces).

2 à 3 chambres : cœur de marché pour familles et expatriés.

– Grandes “quintas” (maisons individuelles) : souvent transformées en immeubles de rapports, colivings ou bureaux, ce qui peut générer des rendements plus élevés.

Les rendements bruts annoncés pour le résidentiel à Caracas varient généralement entre 4 et 6 %, avec des estimations allant jusqu’à 8 % dans certains rapports. Tout dépend du quartier, de la qualité des locataires (paiement en dollars ou non), et de la gestion.

Immobilier commercial : bureaux, commerces et entrepôts

La crise a laissé une quantité considérable de surfaces vacantes, notamment des bureaux. Pourtant, dans les meilleurs emplacements (centre d’affaires, Las Mercedes, zones industrielles actives), les rendements peuvent grimper entre 5 et 8 %, voire davantage pour certains entrepôts ou actifs industriels valorisés à des prix de détresse.

Opportunités pour l’investisseur expatrié

Un investisseur expatrié avec une vision entrepreneuriale peut aussi s’intéresser à plusieurs secteurs porteurs.

Immobilier locatif international

Investir dans des biens immobiliers à revenus locatifs dans des marchés dynamiques à l’étranger pour diversifier son patrimoine.

Start-ups et scale-ups innovantes

Participer au capital de jeunes entreprises à fort potentiel de croissance dans son pays de résidence ou à l’international.

Fonds d’investissement spécialisés

Accéder à des véhicules d’investissement ciblant des secteurs spécifiques ou des zones géographiques prometteuses.

Projets durables et à impact

Allier rendement et contribution positive via des investissements dans l’économie verte, sociale ou solidaire.

Des immeubles mixtes (commerces en pied d’immeuble, logements au-dessus).

Des bâtiments de bureaux ciblant des entreprises étrangères ou des ONG qui payent en dollars.

Hôtellerie, location saisonnière et tourisme

Sur Margarita, Los Roques ou certaines zones côtières, la carte touristique structure l’investissement. Boutiques-hôtels, petits resorts, villas divisées en unités locatives… La rentabilité potentielle est intéressante, avec des rendements bruts souvent cités dans la fourchette 6–9 % pour des biens bien positionnés.

Bon à savoir :

L’État propose des réductions d’impôts et des avantages sur certains prélèvements pour les investissements liés au tourisme. Ces mesures augmentent l’attractivité des projets hôteliers et para-hôteliers pour les investisseurs étrangers.

Foncier et projets de développement

Enfin, le foncier urbain et rural ouvre des perspectives plus spéculatives ou entrepreneuriales :

Terrains constructibles en ville à des prix divisés par plus de quatre en cinq ans.

Grandes parcelles agricoles dans les plaines ou les piémonts.

Terrains dans des zones andines ou amazoniennes pour projets d’écotourisme.

Le foncier en ville peut s’afficher autour de 130 dollars le m² dans les principaux centres, contre 500 dollars il y a cinq ans. Mais ce segment demande une maîtrise accrue des risques juridiques, environnementaux et politiques.

Un cadre légal globalement ouvert aux étrangers

Sur le papier, le Venezuela fait partie des pays permissifs en matière de propriété étrangère. Un expatrié, personne physique ou morale, peut détenir des biens résidentiels, commerciaux ou agricoles.

Droit de propriété et zones de sécurité

Le droit de propriété immobilière repose essentiellement sur le Code civil et le système de registres publics. Un point fondamental : seule l’inscription au registre immobilier (Registro Inmobiliario, sous l’autorité du SAREN) confère une opposabilité réelle aux tiers. Le notaire authentifie les actes, mais ne “crée” pas la propriété : c’est l’enregistrement qui compte.

Une restriction importante concerne les “zones de sécurité” définies par la Loi organique de sécurité nationale. Elles couvrent entre autres :

Les territoires dans un rayon de 50 km autour des frontières internationales.

Les bandes côtières, abords de grands fleuves et certains lacs.

Les abords d’installations militaires et d’infrastructures stratégiques (pipelines, lignes à haute tension, aqueducs…).

Bon à savoir :

Dans certaines zones du pays, un étranger doit obtenir une autorisation écrite du pouvoir exécutif pour acquérir un bien immobilier. Cependant, cette restriction ne s’applique généralement pas aux grandes villes (comme Caracas ou Valencia) et aux principales zones touristiques (comme Margarita), ce qui facilite les investissements dans ces secteurs.

Visas et statut migratoire : un point de friction

Un élément souvent sous-estimé par les candidats expatriés : un simple visa touristique ne suffit pas pour acheter un bien. Pour être en règle, il faut un visa de transeúnte (transient) ou un visa d’investisseur, obtenus via un consulat ou une ambassade.

Dans la pratique, le volet migratoire est réputé bureaucratique, long et, pour certaines nationalités (notamment nord‑américaines), difficile. D’où plusieurs stratégies courantes :

Exemple :

Pour contourner les difficultés administratives vénézuéliennes, trois approches sont envisageables. Premièrement, utiliser un second passeport d’un pays bénéficiant de relations consulaires plus fluides avec le Venezuela peut simplifier les démarches. Deuxièmement, initier le processus d’achat par un contrat de réservation avec une avance de 5 à 10 %, puis utiliser cet engagement pour étayer une demande de visa d’investisseur. Enfin, créer une société locale et opérer via cette structure peut offrir une plus grande flexibilité administrative.

La loi prévoit aussi un Investor Visa ou un Rentista Visa (rentier) lorsque l’on peut démontrer un niveau d’investissement ou de revenus passifs suffisant. Ces titres de séjour sont renouvelables et peuvent, avec le temps, conduire à la résidence permanente puis à la citoyenneté.

Numéro fiscal et enregistrement comme investisseur étranger

Toute opération immobilière exige l’obtention d’un numéro d’identification fiscale, le RIF (Registro de Información Fiscal), délivré par le SENIAT. Sans RIF, impossible de signer un acte de vente, ouvrir un compte bancaire local ou s’acquitter des taxes.

Les investisseurs étrangers sont également encouragés à s’enregistrer auprès du SIEX (Superintendencia de Inversiones Extranjeras). Cette inscription n’est pas qu’une formalité : elle permet de faire reconnaître officiellement l’investissement par les autorités et facilite, en théorie, la future rapatriation de fonds.

Comment se déroule concrètement un achat immobilier

Investir au Venezuela n’est pas un sprint, mais un parcours d’obstacles administratifs. Tout est faisable, mais la clé est de s’entourer de professionnels locaux fiables.

Étapes principales d’une acquisition

En pratique, un processus complet d’achat s’étale habituellement sur 6 à 10 semaines, hors délais de visa. Le schéma classique ressemble à ceci :

1. Préparation et définition du projet Clarifier budget, objectifs (capitalisation, rentabilité locative, usage personnel), horizon de détention et tolérance au risque. C’est aussi le moment de consulter un avocat local pour cadrer la stratégie (achat en direct ou via société, zones à éviter, contraintes spécifiques liées à votre nationalité, etc.).

2. Recherche de biens et premières visites Les plateformes locales (TuInmueble, ConLaLlave, etc.) et les agences affiliées à de grandes franchises internationales (RE/MAX, Century 21) servent de point de départ. Sur place, le réseau informel reste toutefois souvent la meilleure source d’opportunités.

3. Vérification initiale et offre Une fois un bien ciblé, un avocat procède à une première vérification des titres, taxes et éventuels litiges. Si la situation semble propre, on formule une offre écrite.

Bon à savoir :

Avant la vente définitive, il est d’usage de signer un contrat préliminaire (opción de compra ou promesa de compra‑venta) pour fixer le prix et les conditions. Cet engagement s’accompagne d’un dépôt, généralement de 10 à 30 % du prix. Ce document sert également de base pour une demande de visa d’investisseur pour les expatriés.

5. Due diligence approfondie L’avocat vérifie auprès du Registro Público la chaîne de titres, demande un certificat de gravámenes (charges et hypothèques), examine le certificat cadastral, les attestations de solvabilité fiscale et les factures de services (eau, électricité, charges de copropriété). Dans un pays où les registres ont parfois été mal tenus, il est recommandé de remonter sur 20 ans de chaines de propriété lorsque c’est possible.

Bon à savoir :

L’acte de vente définitif est signé devant notaire. Le paiement s’effectue généralement en dollars américains, souvent par virement vers un compte bancaire situé hors du Venezuela (par exemple aux États-Unis ou au Panama). Bien que le contrat mentionne officiellement un montant en bolívars, cette somme est en réalité indexée sur la valeur du dollar.

7. Enregistrement au registre immobilier Le notaire transmet l’acte au Registro Inmobiliario pour enregistrement. Ce processus dure en moyenne entre un et trois mois, mais peut parfois être bouclé en une quarantaine de jours. Ce n’est qu’une fois l’inscription effectuée que la propriété est pleinement opposable aux tiers.

8. Formalités post‑achat L’acheteur doit ensuite mettre à jour l’enregistrement municipal, transférer les abonnements d’eau et d’électricité, se déclarer auprès du fisc local pour le paiement de la taxe foncière et, le cas échéant, obtenir une licence municipale en cas de location commerciale.

Achat à distance et procuration

Un expatrié n’est pas obligé d’être physiquement présent à chaque étape. Il est courant de recourir à une procuration spéciale accordée à un avocat ou un représentant local, signée devant un consulat vénézuélien ou un notaire étranger avec apostille. Cette procuration permet au mandataire de signer au nom de l’acheteur les contrats et l’acte définitif, ce qui allège considérablement la logistique.

Financement, devise et flux de paiement

Le marché vénézuélien fonctionne aujourd’hui presque exclusivement au comptant. Les banques locales, affaiblies par l’hyperinflation, n’accordent pratiquement plus de crédits immobiliers de long terme, a fortiori à des non‑résidents.

Pas de crédit local, capitaux étrangers indispensables

En pratique, un expatrié doit : respecter les lois et règlements du pays d’accueil, s’intégrer dans la culture locale, gérer ses finances et ses impôts avec soin, et maintenir des liens avec son pays d’origine.

Apporter ses fonds depuis l’étranger.

– Ou, plus rarement, négocier un paiement échelonné directement avec le vendeur (forme de crédit vendeur).

Les prêts locaux, lorsqu’ils existent, couvrent rarement plus de 15 % de la valeur de l’investissement, ce qui reste marginal.

Dominance du dollar et subtilités des paiements

Même si le bolívar reste officiellement la monnaie légale, l’immense majorité des transactions immobilières se négocie en dollars. Concrètement :

Bon à savoir :

Les transactions sont généralement effectuées en dollars américains (USD). Bien que les contrats puissent mentionner un équivalent en bolívars basé sur un taux de change de référence, les prix sont affichés, discutés et réglés en USD. Il est fréquent que les vendeurs exigent un virement vers un compte bancaire à l’étranger, une pratique courante pour contourner les contraintes du système bancaire local.

Les paiements se font principalement par :

Virements internationaux (souvent via banques aux États‑Unis ou au Panama).

– Paiements en cash en dollars pour les petits montants (réservations, acomptes), avec obligation de déclarer à la douane les sommes supérieures à 10 000 dollars transportées physiquement.

– Dans certains cas, usage de cryptomonnaies (Bitcoin, stablecoins) comme intermédiaire, même si le risque réglementaire et opérationnel reste élevé.

Pour limiter les frais bancaires, certains conseillent de recourir à des services de transfert spécialisés, mais la priorité absolue reste la conformité (KYC, anti‑blanchiment, respect des sanctions internationales).

Coûts de transaction, fiscalité et charges courantes

Acheter à bas prix ne signifie pas que les frais périphériques sont négligeables. Ils restent toutefois modérés au regard de nombreux autres marchés.

Coûts d’acquisition

Globalement, les coûts de clôture pour l’acheteur se situent entre 3 et 6 % du prix, tandis que le coût aller‑retour (achat + revente) est estimé dans une fourchette de 13,5 à 16,3 %. Le tableau ci‑dessous résume les principaux postes.

Poste de coûtOrdre de grandeur (acheteur)Commentaire
Honoraires d’avocat1 % – 2,5 %Due diligence, rédaction, négociation
Droits d’enregistrement (Registro Público)0,5 % – 2 %+ éventuels droits de timbre
Frais de notaire0,25 % – 0,5 %Authentification des actes
Taxe de transfert (Imp. de Transmisión)~1 % – 2 %Taxe municipale sur la mutation
Frais SAREN~0,45 %Service d’enregistrement
Avance d’impôt sur le revenu (pour le vendeur)~0,5 %Techniquement à la charge du vendeur
Commission d’agent immobilier (vendeur)~5 %Généralement payée par le vendeur

Pour l’investisseur, il faut ajouter : l’évaluation des risques, la diversification des placements et la recherche de rendements durables.

Les éventuels frais de constitution de société, si l’achat se fait via une structure locale.

– Les frais de procuration consulaire et d’apostille pour les opérations à distance.

Les coûts de conversion de devises si des bolívars sont nécessaires pour certains paiements locaux.

Fiscalité sur les revenus locatifs et plus‑values

Le système fiscal vénézuélien frappe à la fois les revenus locatifs et les plus‑values, avec des particularités pour les non‑résidents.

Les grands principes sont les suivants :

– Les non‑résidents sont imposés à hauteur d’un taux fixe de 34 % sur leurs revenus de source vénézuélienne (dont loyers).

– Les dépenses réelles (charges de gestion, entretien, assurances, taxes foncières, taxes municipales) sont déductibles dans une certaine limite (les frais administratifs sont généralement plafonnés à 10 % des loyers bruts).

– Les plus‑values immobilières réalisées par un non‑résident sont également taxées à 34 %, sur la base de la différence entre prix de vente et montant investi (prix d’acquisition, travaux, droits d’enregistrement).

– Une exception importante : si le bien est officiellement enregistré comme résidence principale du vendeur, la plus‑value peut être exonérée d’impôt.

Astuce :

Le Venezuela a conclu des conventions de non‑double imposition avec plus de 20 pays. Ces accords peuvent permettre aux expatriés de créditer les impôts payés au Venezuela sur leur déclaration dans leur pays de résidence fiscale. Il est crucial de consulter un fiscaliste dans son pays d’origine pour vérifier l’application de ces conventions et gérer les obligations déclaratives spécifiques, notamment pour les citoyens américains (FBAR, FATCA) ou canadiens (formulaire T1135).

Taxes locales et charges récurrentes

Une fois propriétaire, un expatrié doit s’acquitter : des charges de copropriété, des impôts locaux, d’une assurance habitation, des frais de notaire et des éventuels travaux à réaliser.

– De la taxe foncière municipale (Impuesto sobre Inmuebles Urbanos), calculée en pourcentage de la valeur cadastrale. Les taux restent relativement bas (souvent entre 0,05 % et 0,5 % par an) et la taxe est généralement acquittée trimestriellement.

– Des éventuelles taxes d’activité municipale si le bien génère des revenus commerciaux (jusqu’à 3 % du chiffre d’affaires locatif brut).

– Des charges de copropriété pour les appartements (entretien des parties communes, sécurité, gardiennage).

– Des frais de gestion locative s’il fait appel à une société spécialisée, généralement entre 8 et 15 % des loyers encaissés.

Rentabilité et potentiel de revalorisation

Le pari vénézuélien ne repose pas uniquement sur le rendement locatif. La vraie “option” se situe dans le potentiel de revalorisation à moyen et long terme, si une normalisation économique et politique se confirme.

Rendements locatifs : un coussin de sécurité

Les sources disponibles convergent vers des rendements bruts souvent situés entre 5 et 8 % par an sur des biens bien positionnés, avec des pointes plus élevées dans certains segments (student housing, petites surfaces bien placées, immeubles subdivisés).

Un résumé des ordres de grandeur donne : données scientifiques.

SegmentRendement brut estimé
Résidentiel milieu de gamme à Caracas4 % – 6 %
Résidentiel haut de gamme à Caracas6 % – 9 % (locataires en USD)
Locatif touristique (Margarita, zones balnéaires)6 % – 9 % (saisonnier)
Bureaux et commerces bien situés5 % – 8 %
Locaux industriels / entrepôts6 % – 12 %

Ces chiffres doivent être pondérés par les risques d’impayés, les périodes de vacance, l’instabilité réglementaire des baux (cadre protecteur pour les locataires, expulsions difficiles) et les coûts de maintenance dans un environnement où les infrastructures souffrent.

Potentiel d’appréciation : entre 30 % et 600 % selon les scénarios

Ce qui attire les investisseurs les plus audacieux, ce sont les scénarios de revalorisation avancés par certains experts et analystes locaux. Les projections vont de :

400 à 600

Pourcentage de revalorisation potentielle à long terme pour certains segments immobiliers si le marché revenait à des niveaux régionaux comparables.

Dit autrement : acheter un bien à 60 000 dollars dans un quartier prime de Caracas revient, dans cette hypothèse optimiste, à acheter l’équivalent de l’ex‑bien à 200 000 dollars, voire plus, si la classe moyenne renaît, que le crédit immobilier revient et que les flux de capitaux étrangers s’ouvrent.

Attention :

Les chiffres du marché sont hautement spéculatifs et restent extrêmement sensibles aux événements politiques majeurs (comme l’arrestation d’un ex-président) ainsi qu’à l’évolution des sanctions.

Risques concrets pour un expatrié investisseur

Investir au Venezuela n’est pas une diversification tranquille : c’est une prise de risque assumée. Les principaux risques peuvent être regroupés en plusieurs catégories.

Risque politique et réglementaire

La gouvernance du pays est instable, les changements de cap économiques et juridiques sont fréquents, et le passé récent inclut des épisodes de nationalisations et d’expropriations, surtout dans les secteurs commercial et agricole. Même si l’immobilier résidentiel urbain a été relativement moins touché, le risque ne peut pas être ignoré.

Les sanctions internationales compliquent aussi certains transferts financiers, en particulier pour les ressortissants ou entités soumis aux règles OFAC. Il faut s’assurer que les contreparties (vendeur, notaire, intermédiaires) ne figurent pas sur des listes de personnes sanctionnées.

Risque économique et monétaire

Même si l’économie semble avoir retrouvé un certain souffle, l’historique récent de contraction du PIB de 75 %, d’hyperinflation et de dévaluation brutale du bolívar rappelle à quel point le pays est vulnérable aux chocs. Les revenus locatifs perçus en monnaie locale perdent rapidement de la valeur si l’on ne parvient pas à indexer les loyers sur le dollar.

Bon à savoir :

La pratique de la dollarisation de fait (pour les contrats, loyers ou ventes) permet d’atténuer le risque de change pour un expatrié. Cependant, ce risque n’est jamais totalement éliminé, car la réglementation locale est susceptible d’évoluer.

Risque de sécurité et d’infrastructures

La criminalité, les coupures d’électricité, les pénuries d’eau ou de services publics constituent un facteur clé pour la valeur et la rentabilité d’un bien. Un appartement vide et mal sécurisé est plus exposé aux intrusions, aux occupations illégales et au vandalisme.

Beaucoup de propriétaires investissent dans :

Des systèmes de sécurité (grilles, alarmes, gardiennage).

Des générateurs, panneaux solaires, réservoirs d’eau et pressurisation autonome.

Des travaux réguliers pour limiter la dégradation des bâtiments.

Ces dépenses supplémentaires grignotent une partie de la rentabilité, mais sans elles, la conservation de la valeur du bien devient aléatoire.

Risques juridiques, titres et registres

L’un des pièges les plus sous‑estimés concerne la qualité des titres. Les registres publics ne sont pas toujours à jour, certains biens n’ont jamais été correctement immatriculés, d’autres peuvent être grevés de charges ou de contentieux non apparents.

Les principaux risques sont :

Achat d’un bien avec une chaîne de titres incomplète.

Présence de dettes fiscales occultes ou de litiges sur la propriété.

Ventes multiples du même bien à des acquéreurs différents via des contrats privés non enregistrés.

C’est pour cette raison qu’avoir un avocat local compétent et diligent n’est pas une option, mais une nécessité absolue.

Risque de liquidité

Enfin, malgré la faiblesse des prix, le marché reste peu profond. Revendre un bien peut prendre du temps, surtout si l’on vise un prix supérieur à celui payé. Les projections de revalorisation présupposent un retour de la demande, de la confiance et des financements… qui ne sont pas garantis.

L’investisseur doit donc partir avec l’idée que l’horizon de détention optimal se compte plutôt en 5 à 10 ans qu’en 2 ou 3.

Comment un expatrié peut se protéger et structurer son investissement

Face à ces risques, plusieurs leviers permettent de structurer un projet de manière plus prudente.

Choisir les bons emplacements et les bons profils d’actifs

Se concentrer sur :

– Les quartiers les plus stables et recherchés des grandes villes (est de Caracas, bons quartiers de Valencia, secteurs touristiques établis).

– Des biens avec une demande locative claire (petits et moyens appartements, unités touristiques bien situées, locaux commerciaux en zones dynamiques).

– Des immeubles où la copropriété est active et solvable (charges payées, entretien assuré).

Éviter, au moins dans un premier temps, les projets trop complexes (grandes exploitations agricoles, terrains difficiles d’accès, biens anciens avec statuts juridiques flous).

S’entourer de professionnels locaux éprouvés

L’élément le plus déterminant pour limiter les mauvaises surprises reste l’équipe locale :

Professionnels clés pour votre investissement au Venezuela

Pour un investissement immobilier réussi au Venezuela, s’entourer des bons experts est essentiel. Voici les quatre professionnels indispensables.

Avocat spécialisé

Un avocat expert en droit immobilier vénézuélien et en droit des investissements étrangers pour sécuriser vos transactions et vos droits.

Agent immobilier licencié

Un agent réputé, ayant l’expérience des clients internationaux, pour vous guider dans le marché local et trouver le bien adapté.

Expert-comptable / Fiscaliste

Un professionnel capable de gérer la fiscalité vénézuélienne et de coordonner la déclaration avec votre pays de résidence.

Gestionnaire de biens

Un régisseur ou concierge indispensable si vous n’êtes pas résident, pour l’entretien et la gestion courante de votre propriété.

Plusieurs cabinets et services spécialisés se sont déjà positionnés sur ce créneau, notamment auprès des expatriés et des investisseurs nomades, ce qui facilite l’accès à ces compétences.

Penser en dollars, mais garder un œil sur la conformité

Travailler en dollars pour les grandes transactions est devenu la norme. Reste à :

Bon à savoir :

Pour une gestion financière internationale sécurisée, il est essentiel de disposer de comptes bancaires fiables. Il faut impérativement respecter les plafonds légaux et les obligations déclaratives lors des transferts ou du transport physique d’espèces. Enfin, une documentation rigoureuse de l’origine des fonds est obligatoire, incluant un affidavit de légitimité et les justificatifs bancaires correspondants.

Pour les ressortissants de pays très stricts sur la conformité (États‑Unis, Canada, États membres de l’UE), la consultation préalable d’avocats spécialisés dans les sanctions et la fiscalité internationale est indispensable.

Adopter un horizon de long terme et une allocation modérée

Investir au Venezuela revient à accepter un risque de perte partielle ou totale du capital. L’approche raisonnable consiste à :

Limiter la part de son patrimoine engagée dans ce pays.

Pré voir la possibilité de conserver un bien sur une longue période, sans avoir besoin de vendre dans l’urgence.

– Diversifier, si possible, entre plusieurs types de biens ou plusieurs zones, plutôt que de concentrer tout sur un seul actif très spéculatif.

En résumé : pour qui est vraiment fait l’immobilier vénézuélien ?

L’immobilier au Venezuela n’est pas un produit pour investisseurs prudents à la recherche d’un simple complément de retraite. C’est un marché de niche, à destination :

D’expatriés ayant déjà une solide diversification dans des pays stables.

De profils à fort appétit pour le risque, capables d’assumer la volatilité politique et économique.

– D’entrepreneurs qui voient dans le pays une plateforme future, notamment dans le tourisme, les services ou certains secteurs productifs.

Bon à savoir :

Le Venezuela propose actuellement des actifs immobiliers de prestige (capitale, littoral, grandes destinations touristiques) achetables en dollars à des valeurs historiquement basses. Cette opportunité, unique en Amérique latine à cette échelle, inclut un potentiel de forte plus-value si le pays sort durablement de la crise, bien que cela ne soit pas garanti.

Pour un expatrié bien conseillé, bien préparé et lucide sur les risques, l’immobilier vénézuélien peut ainsi constituer une petite brique très spéculative dans une stratégie globale. À condition de considérer chaque achat non comme une simple “bonne affaire”, mais comme un pari assumé sur l’avenir d’un pays encore loin d’avoir écrit le dernier chapitre de son histoire économique.

Pourquoi il est préférable de me contacter ? Voilà un exemple concret :

Un chef d’entreprise français d’environ 50 ans, avec un patrimoine financier déjà bien structuré en Europe, souhaitait diversifier une partie de son capital dans l’immobilier résidentiel au Venezuela pour chercher du rendement locatif élevé et une exposition au bolívar / dollar via un marché décoté. Budget alloué : 400 000 à 600 000 dollars, sans recours au crédit.

Après analyse de plusieurs marchés (Caracas, Valencia, Lechería), la stratégie retenue a consisté à cibler un appartement ou une maison dans un quartier sécurisé et recherché (par exemple Altamira ou La Castellana à Caracas), combinant un rendement locatif brut cible proche de 10 % – plus le rendement est grand, plus le risque est important – et un potentiel de revalorisation à moyen terme, avec un ticket global (acquisition + frais + éventuels travaux + sécurisation) d’environ 500 000 dollars. La mission a inclus : sélection du marché et du quartier, mise en relation avec un réseau local (agent immobilier, avocat, fiscaliste), choix de la structure la plus adaptée (propriété directe, société locale ou véhicule offshore) et définition d’un plan de diversification dans le temps, en maîtrisant les risques politiques, juridiques, fiscaux et locatifs.

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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