Portée par une croissance régulière, une fiscalité attractive et une vague de réformes pro‑business, la Serbie se trouve aujourd’hui à un moment charnière. Le pays bascule progressivement d’un modèle centré sur les grands chantiers, les investissements étrangers massifs et le faible coût du travail vers une économie qui mise davantage sur l’innovation, l’exportation à haute valeur ajoutée et l’entrepreneuriat local. Pour un créateur d’entreprise – qu’il soit serbe ou étranger – les opportunités sont multiples, mais elles s’accompagnent de risques bien réels et de conditions d’accès parfois exigeantes.
Cet article offre une analyse complète des perspectives pour les entrepreneurs en Serbie, intégrant les données macroéconomiques, les dispositifs d’aide disponibles, l’environnement réglementaire en vigueur et les dynamiques spécifiques à chaque secteur, pour les années à venir.
Un contexte macroéconomique globalement porteur, mais sous tension
La Serbie se classe parmi les économies les plus dynamiques d’Europe du Sud‑Est. Le pays a enregistré plusieurs années consécutives de croissance, avec un PIB qui a atteint près de 69 milliards d’euros en 2023 et une trajectoire projetée vers 100 milliards d’euros à l’horizon 2027. Les projections du FMI tablent sur une progression du PIB réel autour de 3 à 4 % par an dans les prochaines années, avec une montée de 3 % en 2025 à 4 % en 2026, puis 4,5 % en 2027.
Le ratio d’endettement public de la Serbie, en baisse, qui contribue à l’obtention de la première note souveraine ‘investment grade’ en 2024.
Pour autant, la trajectoire n’est pas linéaire. Les années récentes montrent la vulnérabilité de l’économie serbe aux chocs externes – ralentissement de la zone euro, tensions géopolitiques, crise énergétique, guerre en Ukraine – et aux aléas politiques internes. Les flux d’investissements directs étrangers (IDE), qui avaient atteint des records (jusqu’à 6,6 milliards d’euros en 2024, soit environ 5,6 % du PIB), ont sensiblement ralenti au début de 2025, avec une chute des entrées nettes de près de 67,5 % sur les cinq premiers mois de l’année par rapport à la même période de 2024. Les entrepreneurs doivent donc composer avec un environnement où les fondamentaux restent solides, mais où la volatilité des capitaux et l’incertitude demeurent élevées.
Une économie structurée par les PME, les services et l’industrie
Le tissu productif serbe repose avant tout sur les micro, petites et moyennes entreprises (MPME), qui représentent 99,7 % des sociétés enregistrées et concentrent environ les deux tiers de l’emploi formel. Le secteur des services domine le PIB, avec plus de 50 % de la valeur ajoutée et près des deux tiers des emplois, tandis que l’industrie manufacturière pèse un peu moins d’un quart du PIB mais joue un rôle clé dans la croissance et les exportations. L’agriculture, très présente, génère de l’ordre de 6 à 7 % du PIB, mais emploie beaucoup plus si l’on intègre le travail informel.
La structure sectorielle peut être résumée ainsi :
| Secteur | Part estimée du PIB | Part de l’emploi (approx.) |
|---|---|---|
| Services | ≈ 51–52 % | ≈ 66–67 % |
| Industrie (manufacture, etc.) | ≈ 24–25 % | ≈ 27–30 % |
| Agriculture | ≈ 6–7 % | ≈ 15–16 % |
Pour un entrepreneur, cela signifie que les débouchés les plus naturels se situent dans les services aux entreprises, le commerce, l’IT, le tourisme et les activités manufacturières de niche intégrées aux chaînes de valeur européennes (automobile, composants, machines, électronique, agro‑alimentaire transformé).
En parallèle, les grandes entreprises – dont beaucoup sont encore publiques – ne comptent que pour 0,3 % du nombre total de sociétés, mais elles génèrent environ 45 % de la valeur ajoutée. Les monopoles d’État dans l’énergie, le transport ou les télécoms créent un environnement où les marges de manœuvre entrepreneuriales existent, mais doivent se frayer un chemin entre acteurs dominants, régulation lente et parfois sur‑administration.
L’IDE ne suffit plus : montée en puissance attendue du capital domestique
Pendant plus d’une décennie, la Serbie a bâti son modèle de croissance sur l’attraction massive d’IDE, appuyée par une main‑d’œuvre relativement bon marché, de généreuses subventions à l’emploi et des exonérations fiscales. Le pays a figuré à plusieurs reprises en tête des classements mondiaux de performance en IDE et a capté, entre 2020 et 2024, près de 15,9 milliards d’euros d’investissements étrangers.
Panorama des origines géographiques des investisseurs et des secteurs économiques les plus attractifs pour les Investissements Directs Étrangers (IDE) en Serbie.
L’Allemagne, l’Italie, la France, l’Autriche et la Slovénie sont des sources majeures d’investissements.
La Chine (acteur majeur dans les mines et infrastructures), les États‑Unis, la Russie et le Japon sont également des investisseurs importants.
Représente près d’un tiers des IDE entre 2012 et 2022, dominant les investissements.
Capte environ 18 % des investissements directs étrangers.
Un secteur dynamique, représentant jusqu’à 25 % des flux d’IDE en 2024.
Une industrie attractive et significative pour les investisseurs étrangers.
Cependant, ce modèle montre ses limites. La hausse progressive des salaires, les incertitudes énergétiques, la concurrence régionale et des épisodes politiques jugés déstabilisants par certains investisseurs ont fait reculer les flux nets d’IDE. Plusieurs dirigeants économiques locaux soulignent que la Serbie « ne peut plus compter uniquement sur l’IDE » et doit encourager beaucoup plus fortement l’investissement domestique, y compris via une éventuelle banque de développement et un renforcement de l’Agence de développement.
Pour les entrepreneurs locaux, ce tournant est ambivalent : d’un côté, un retrait partiel des acteurs étrangers peut fragiliser des écosystèmes entiers (automobile, construction), de l’autre, il ouvre des espaces que des entreprises serbes innovantes peuvent occuper, à condition d’accéder à des financements et à des compétences adéquats.
Un environnement fiscal parmi les plus attractifs d’Europe
Sur le plan fiscal, la Serbie se positionne clairement comme une juridiction pro‑entreprise. Le taux d’impôt sur les sociétés standard est de 15 %, l’un des plus bas de la région, avec, pour certains projets et secteurs, des dispositifs permettant de descendre à un taux effectif inférieur (par exemple via le régime IP Box ou les sur‑déductions R&D). L’impôt sur le revenu des personnes physiques est, lui, généralement de 10 % sur les salaires, avec des surtaxes progressives au‑delà de certains seuils annuels.
Pourcentage des revenus issus de la propriété intellectuelle créée en Serbie qui est exonéré de la base taxable.
Les fondateurs de startups innovantes peuvent être exemptés, pendant trois ans, de charges sociales et d’impôt sur leurs propres rémunérations, jusqu’à 150 000 dinars par mois. Pour les chercheurs et profils hautement qualifiés, un abattement de 70 % sur l’assiette de l’impôt et des contributions est prévu sur une période de cinq ans. À cela s’ajoutent des dispositifs généreux pour l’emploi de personnes handicapées, le recrutement de chômeurs de longue durée ou les investissements de grande ampleur (exonération d’IS jusqu’à dix ans au-delà d’un certain seuil d’investissement et de créations d’emplois).
La Serbie a renforcé son attractivité pour les entreprises exportatrices en signant plus de 60 conventions de non-double imposition et de nombreux accords de libre-échange. Ce cadre offre un accès sans droits de douane à un marché de plus de 1,3 milliard de consommateurs, incluant l’UE, la CEFTA, la Russie, la Turquie, l’EFTA et, plus récemment, la Chine. Pour une jeune entreprise exportatrice, cette combinaison d’une faible fiscalité et d’un large marché accessible constitue un avantage concurrentiel majeur.
Un cadre réglementaire en modernisation, mais encore complexe
Au‑delà de la fiscalité, la Serbie a multiplié les réformes pour simplifier la création et la gestion d’entreprise. L’enregistrement d’une société à responsabilité limitée (DOO) se fait désormais en ligne auprès de l’Agence serbe des registres des entreprises, avec un capital minimum purement symbolique (100 dinars, soit moins d’un euro) et un délai moyen de traitement de 5 à 7 jours ouvrables. L’émission des factures est totalement numérisée, les obligations fiscales se déclarent via des portails électroniques, et la généralisation des factures électroniques a été actée en 2022.
Pour favoriser l’innovation et se conformer aux standards européens, la Géorgie a révisé ou adopté des lois clés (innovation, actifs numériques, fonds d’investissement alternatifs, e-commerce, emploi des étrangers, propriété intellectuelle). De plus, des « bacs à sable réglementaires » sont disponibles dans les secteurs FinTech et MedTech. Ces dispositifs permettent de tester de nouveaux produits, comme l’importation de dispositifs médicaux non encore enregistrés, dans un environnement contrôlé et supervisé par les autorités.
Pour autant, les études et enquêtes auprès des entrepreneurs pointent des faiblesses persistantes : lourdeur des procédures pour certains permis, charges parafiscales multiples, instabilité perçue de la politique fiscale, lenteurs judiciaires et difficulté à faire exécuter les contrats ou à recouvrer rapidement les créances, notamment vis‑à‑vis de grandes entreprises ou d’entités publiques. La Commission européenne et l’OCDE soulignent ainsi des progrès limités en matière de gouvernance des entreprises publiques, de transparence de l’aide d’État et d’efficience administrative.
Une stratégie claire pour l’innovation et les startups
La Serbie ne se contente pas de simplifier le cadre général, elle s’est dotée d’une stratégie dédiée au développement de son écosystème startup pour la période 2021‑2025. Portée par le ministère de l’Éducation, des Sciences et du Développement technologique, cette feuille de route fixe un objectif quantitatif ambitieux : porter le nombre de startups entre 800 et 1 200 et faire passer l’écosystème de la phase d’« activation » à celle de « globalisation ».
Cette stratégie est articulée avec plusieurs documents structurants clés (spécialisation intelligente, IA, politique industrielle, réseaux, éducation, science). Ses objectifs sont de renforcer les capacités entrepreneuriales, densifier les infrastructures de soutien, diversifier les financements, améliorer le climat des affaires et diffuser une culture de l’innovation.
Les résultats sont déjà visibles. Selon les données compilées en 2020, l’écosystème Belgrade‑Novi Sad représentait une valeur estimée de 434 millions d’euros, potentiellement trois fois plus si l’on tient compte de certaines valorisations. Entre 200 et 400 startups étaient actives dans ces deux villes, concentrant plus de 80 % de l’écosystème national, et environ 300 nouvelles startups ont été créées en deux ans. Plus de 6 000 personnes travaillent aujourd’hui dans des jeunes pousses, un chiffre qui aurait quasiment doublé sur une période récente.
Un réseau structuré de parcs, incubateurs et espaces de travail collaboratif, renforcé par des initiatives de soutien à l’entrepreneuriat et à la technologie.
Localisés dans les villes de Belgrade, Novi Sad, Niš et Čačak, ils forment l’ossature physique de l’écosystème d’innovation.
Une quarantaine d’incubateurs et de nombreux espaces de coworking soutiennent le développement des startups et des projets.
Digital Serbia Initiative, Startit, ICT Hub et Impact Hub proposent des programmes d’accélération, des concours et un accompagnement.
La Serbian Venture Network complète le maillage en facilitant les connexions et le financement des entreprises innovantes.
L’IT et le numérique, locomotive de l’entrepreneuriat
Le secteur des technologies de l’information est l’un des moteurs de la transformation économique serbe. Il représente entre 6 et 10 % du PIB selon les méthodes de calcul et affiche une croissance exceptionnelle de ses exportations, passées d’environ 100 millions de dollars en 2008 à plus de 4 milliards de dollars en 2023, avec un taux de croissance annuel moyen supérieur à 20 % depuis plus de dix ans. L’IT est désormais en tête des postes d’exportation, devant des secteurs historiques comme l’acier, l’automobile ou l’agriculture.
Belgrade et Novi Sad sont les principaux pôles technologiques, mais des villes comme Niš se développent. L’écosystème compte plusieurs milliers d’entreprises IT et entre 100 000 et 115 000 professionnels du numérique en 2024, nombre d’entre eux travaillant à l’international. La présence de centres de développement de grands groupes (Microsoft, SAP, Huawei, IBM, etc.) stimule l’ensemble du secteur.
Cette dynamique repose sur un vivier de talents conséquent : près de 250 000 étudiants dans les filières STEM, une forte présence de l’informatique à tous les niveaux du système éducatif (initiation au code dès la 5e, formation à Scratch, Python, etc.), et un niveau d’anglais très élevé (24e rang mondial selon l’English Proficiency Index, Belgrade dans le top 20 des grandes villes mondiales). Le gouvernement a augmenté les quotas d’étudiants en informatique, financé des infrastructures comme le Data Center national de Kragujevac (hébergeant un supercalculateur NVIDIA) et quatre parcs technologiques, et lancé une stratégie de compétences numériques pour la population.
Pour les entrepreneurs, l’Europe de l’Est offre un accès à des profils techniques (développeurs, designers, data scientists, ingénieurs) à des coûts compétitifs par rapport à l’Europe de l’Ouest. Cependant, la forte demande pour ces compétences, notamment pour les développeurs seniors et les spécialistes en cloud, IA et cybersécurité, crée des tensions sur les salaires dans ces segments spécifiques.
Le rôle clé de l’Innovation Fund et des programmes de financement
Au cœur de l’architecture d’appui à l’innovation se trouve l’Innovation Fund, créé par la loi sur l’activité innovante et opérationnel depuis 2011. Placé sous l’égide du ministère chargé de la science et de l’innovation, ce fonds dispose d’une gouvernance indépendante, d’un audit de projet international et d’un comité d’experts incluant des membres de la diaspora. Il bénéficie d’un soutien financier conséquent de l’Union européenne (fonds de pré‑adhésion IPA) et de la Banque mondiale.
Le Fonds administre une gamme complète de programmes conçus pour soutenir les entreprises innovantes à chaque étape de leur développement, de la création à la maturité.
Mini‑subventions pour soutenir les tout premiers stades de développement des projets innovants.
Subventions de co‑financement (Matching Grants) destinées aux entreprises plus matures pour amplifier leur croissance.
Bons d’innovation et programme de transfert de technologie pour faciliter l’accès à l’expertise et à la R&D.
Accélérateur Katapult et programme Smart Start pour accompagner l’accélération et le démarrage des startups.
Initiative Serbia Ventures pour des prises de participation en capital à un stade précoce.
Programmes dédiés aux secteurs GovTech (technologies publiques) et BioTech.
Parmi ces outils, le programme Katapult occupe une place stratégique. Il propose des subventions d’entrée pouvant aller jusqu’à 2,4 millions de dinars pour les startups en phase initiale et 6 millions pour celles en croissance, ainsi que des subventions de co‑investissement pouvant atteindre 36 millions de dinars, en miroir des capitaux privés qualifiés. Au moins la moitié des financements doit être dirigée vers les domaines phares de la stratégie de spécialisation intelligente : alimentation du futur, TIC (avec un accent sur l’IA), machines et procédés de production du futur, industries créatives.
Le financement total de Katapult provient de sources croisées, incluant un prêt de la Banque mondiale, une subvention de l’UE et le budget de l’État.
Au‑delà de l’Innovation Fund, d’autres institutions publiques soutiennent directement l’entrepreneuriat :
| Institution / Programme | Type de soutien principal |
|---|---|
| Ministère de l’Économie | Subventions aux jeunes entrepreneurs, aux débutants, aides à l’équipement |
| Agence de développement de Serbie | Aide à l’internationalisation des PME (foires, missions, promotion export) |
| Fonds de développement de Serbie | Prêts de démarrage, prêts d’investissement, portail éducatif en ligne |
| Fonds de garantie de Voïvodine | Prêts garantis pour femmes entrepreneures et débutants |
| Service national de l’emploi | Subventions à l’auto‑emploi, formations à la gestion d’entreprise |
| Parcs scientifiques et technologiques (STP) | Bureaux, laboratoires, incubation, services partagés |
Pour un fondateur, l’enjeu est de savoir combiner ces instruments et d’aligner son projet sur les priorités nationales (innovation, vert, numérique, export) afin de maximiser ses chances d’obtenir des subventions ou des garanties.
Une insertion progressive dans les chaînes de valeur européennes
La position géographique de la Serbie – au carrefour de l’Europe centrale et du Sud, connectée par des corridors routiers et ferroviaires majeurs – en fait un hub logistique naturel. Les investissements massifs dans les infrastructures (autoroutes, modernisation ferroviaire, corridors paneuropéens, futur métro de Belgrade, amélioration des ports fluviaux sur le Danube) renforcent cette vocation. Dans le commerce extérieur, l’UE concentre près de 65 % des exportations serbes, avec l’Allemagne comme premier partenaire, suivie de pays voisins (Bosnie‑Herzégovine, Italie, Hongrie, Roumanie).
L’industrie serbe s’intègre de plus en plus aux chaînes de valeur européennes, en particulier dans les secteurs de l’automobile (Fiat/Stellantis et équipementiers mondiaux), de la mécanique, de l’électronique et de l’agro-alimentaire. Les accords de libre-échange et la perspective d’adhésion à l’UE incitent les entreprises à aligner leurs standards sur les exigences communautaires, notamment en matière de normes, de traçabilité, d’environnement et de fiscalité.
Pour les entrepreneurs, cela ouvre deux types de perspectives. D’un côté, la possibilité de se positionner comme sous‑traitant spécialisé – dans la forge, la métallurgie fine, les composants électroniques, les pièces plastiques ou métalliques, l’emballage – pour des groupes européens cherchant des partenaires compétitifs. De l’autre, la possibilité de développer des produits propres, ciblant directement le marché européen, en s’appuyant sur des capacités locales (design, ingénierie, IT) et sur les dispositifs européens (Horizon Europe, Digital Europe, programmes PME du Marché unique, garanties EIB/EBRD).
La Serbie pourrait générer jusqu’à 9,5 milliards d’euros d’exportations additionnelles sur la période 2026-2030 dans plusieurs secteurs industriels clés.
Des secteurs porteurs pour les entrepreneurs
Tous les secteurs ne se valent pas en termes de perspectives. Plusieurs domaines apparaissent clairement comme des gisements d’opportunités pour les prochaines années.
Les technologies de l’information et les startups numériques
Nous l’avons vu, l’IT est déjà un pilier de l’économie. L’écosystème startup s’y développe rapidement avec des succès internationaux (Nordeus et son jeu « Top Eleven » racheté par Take‑Two, FishingBooker dans le tourisme de niche, plateformes d’analyse génomique, solutions d’IA pour la logistique ou la finance, etc.). Les niches prometteuses incluent le jeu vidéo, la blockchain, la cybersécurité, les SaaS B2B, la GovTech, la HealthTech, l’agriTech et l’IA appliquée (vision industrielle, optimisation énergétique, maintenance prédictive).
Les entreprises étrangères peuvent y trouver des partenaires pour des centres R&D nearshore, des agences de développement logiciel ou des prestataires de marketing digital, UX/UI, vente internationale – des compétences encore parfois sous‑représentées dans les startups serbes.
L’énergie et la transition verte
Le secteur énergétique est à la fois un risque systémique – dépendance au lignite, gouvernance fragile des entreprises publiques, exposition aux chocs des prix – et un immense champ d’investissement. La Serbie a rejoint la Communauté de l’énergie et s’aligne progressivement sur le Green Deal européen, avec un objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050 et un plan intégré énergie‑climat prévoyant une réduction de 40 % des émissions d’ici 2030 et une part de 45 % de renouvelables.
Les besoins d’investissement sont estimés à au moins 32 milliards d’euros sur 25 ans pour la transition énergétique.
Pour les entrepreneurs, cela signifie des chances dans l’ingénierie, la fabrication de composants, l’installation et la maintenance de panneaux solaires et d’éoliennes, les solutions de gestion de l’énergie pour l’industrie, les rénovations thermiques de bâtiments, les services de conseil carbone, l’agro‑voltaïsme, ou encore les technologies de dépollution, de traitement des déchets et des eaux usées.
L’agriculture et l’agro‑alimentaire modernisés
Avec plus de 60 % de son territoire cultivable et un statut de grand exportateur régional de céréales, fruits et légumes, la Serbie dispose d’un réservoir énorme pour un agro‑business modernisé. Des segments comme les fruits rouges (la Serbie exporte jusqu’à 30 000 tonnes de griottes par an), les baies, les pommes, le vin, les produits bio, les surgelés haut de gamme ont déjà un positionnement international.
Les perspectives pour les entrepreneurs couvrent toute la chaîne de valeur : en amont (irrigation, capteurs, plateformes d’agriculture de précision, équipements de transformation, logistique du froid) et en aval (marques alimentaires à forte valeur ajoutée, circuits courts digitalisés, traçabilité, export). Des structures comme l’Institut BioSense de Novi Sad (centre d’excellence européen pour l’agriculture numérique) et les projets soutenus par l’UE (IPARD, Green Agenda) offrent des appuis technologiques et financiers.
Le tourisme, l’hospitalité et le bien‑être
Le pays connaît une croissance rapide de sa fréquentation touristique, portée par Belgrade, Novi Sad, les montagnes (Zlatibor, Kopaonik), les stations thermales (Vrnjačka Banja), les régions viticoles (Fruška Gora) et, à plus long terme, la perspective d’EXPO 2027 à Belgrade. L’Exposition internationale, déclarée projet d’importance nationale, mobilisera près de 17,8 milliards d’euros d’investissements dans les infrastructures de transport, les équipements publics, l’hôtellerie et des quartiers entiers.
L’impact économique global de l’événement est estimé à 1,1 milliard d’euros.
Le e‑commerce, la logistique et les services aux entreprises
Le commerce en ligne dépasse déjà le milliard de dollars de chiffre d’affaires, avec une croissance annuelle supérieure à 40 % et un taux de satisfaction des entreprises d’environ 3,6/5. Le marché reste pourtant sous‑développé par rapport à l’UE, ce qui ouvre la voie à de nouveaux acteurs dans les places de marché spécialisées, la logistique urbaine, le fulfillment et l’entreposage, les solutions SaaS pour commerçants, ou encore les services financiers et de paiement (sachant que la Serbie a rejoint l’espace SEPA, facilitant drastiquement les virements en euros).
La position centrale du pays dans les Balkans, associée à un programme soutenu d’investissement dans les infrastructures, crée aussi un terrain favorable pour les plateformes logistiques régionales, les sociétés de transport multimodal, les opérateurs de hubs de distribution et les prestataires de service à valeur ajoutée (logistique du froid, gestion des retours, customisation).
Un capital humain de qualité, mais rare et très convoité
L’un des paradoxes serbes réside dans la coexistence d’un haut niveau de formation (taux d’alphabétisation de près de 99 %, universités reconnues, rang élevé pour les diplômés en sciences et ingénierie) et d’une pénurie croissante de compétences, notamment dans l’industrie, la construction, l’ICT, le transport et les métiers techniques.
Le taux de chômage des jeunes en France reste élevé, se situant entre 22 et 26 %.
Pour répondre à ces défis, la Serbie a adopté une stratégie d’emploi jusqu’en 2026, une stratégie de migration économique, une stratégie de développement des compétences numériques et a assoupli le cadre d’accueil des travailleurs étrangers. Une « autorisation unique » de séjour et de travail, gérée en ligne, a été introduite, la durée des permis temporaires prolongée, et les conditions d’obtention de la résidence permanente allégées. Les autorités prévoient d’émettre jusqu’à 100 000 permis de travail en 2025, avec déjà des proportions très élevées d’étrangers dans la construction.
Pour les entrepreneurs, le message est double : ils bénéficient d’un vivier de talents hautement qualifiés dans certains domaines (IT, ingénierie, finance, langues), mais doivent anticiper une tension durable sur les ressources humaines, intégrer des dispositifs de formation interne, de coopération avec les universités, voire recourir eux‑mêmes à des recrutements internationaux.
Des dispositifs européens et internationaux massifs
Parce qu’elle est candidate à l’adhésion à l’UE, la Serbie a accès à une vaste panoplie de programmes européens qui intéressent directement les TPE, PME et startups : Horizon Europe pour la R&D (budget global de 95,5 milliards d’euros, avec une participation serbe déjà significative), Digital Europe (8,1 milliards d’euros pour les infrastructures numériques, l’IA, la cybersécurité, les compétences), le Programme Marché unique pour les PME, le WBIF (Western Balkans Investment Framework) pour les projets d’infrastructure et les garanties, l’ESF+ pour l’innovation sociale et l’emploi.
Le nouveau Plan de croissance pour les Balkans occidentaux prévoit 6 milliards d’euros de soutien, dont 1,5 milliard pour la Serbie, conditionnés à un Agenda de réformes.
Pour un entrepreneur, la conséquence pratique est que de nombreux appels à projets et instruments de financement – souvent complexes mais très avantageux – existent pour soutenir l’innovation, la digitalisation, la décarbonation, la montée en gamme des produits et services. La difficulté réside moins dans la disponibilité de fonds que dans la capacité à monter des dossiers, à respecter les critères et à cofinancer les projets.
Obstacles et fragilités pour les créateurs d’entreprise
Le tableau serait incomplet sans une analyse des difficultés rencontrées sur le terrain. Les enquêtes menées auprès des petites entreprises et des indépendants révèlent plusieurs freins récurrents.
L’accès au financement reste problématique pour beaucoup de PME, en dehors des entreprises technologiques les plus visibles. Les banques demandent souvent des garanties élevées, les taux sont jugés élevés par rapport aux marges, les procédures complexes, et l’offre de produits financiers adaptés (capital‑risque, quasi‑fonds propres, crédit d’investissement long) reste limitée, même si des initiatives de business angels, de fonds locaux et d’instruments publics se développent.
Malgré une création d’entreprise simplifiée, le respect des obligations (déclarations, licences, contrôles, fiscalisation électronique) reste lourd, particulièrement pour les micro‑entreprises hors des grands centres. Les charges parafiscales (redevances, contributions locales ou sectorielles) sont souvent perçues comme opaques et imprévisibles. Les entrepreneurs demandent une réduction de ces prélèvements, une simplification administrative et une plus grande stabilité des règles.
La question de la prévisibilité politique et de l’État de droit est aussi centrale. Les rapports de la Commission européenne et de l’OCDE insistent sur la lenteur des réformes judiciaires, la persistance de la corruption et du clientélisme, l’influence politique sur certaines grandes décisions économiques (notamment liées aux entreprises publiques et aux grands projets miniers ou énergétiques). Ces éléments alimentent un sentiment d’incertitude pour les décisions d’investissement de long terme.
La transition écologique représente à la fois une nécessité et une source de coûts pour l’industrie serbe, encore très intensive en carbone. La mise en œuvre du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM) de l’UE risque d’alourdir significativement la facture d’exportation pour certains secteurs comme les métaux, le ciment ou l’électricité si les émissions ne sont pas réduites. Pour éviter une perte de compétitivité, les entreprises doivent donc investir dès maintenant dans l’efficacité énergétique, la modernisation de leurs procédés et l’amélioration de leur gestion environnementale.
Un avenir entre montée en gamme et risque de « modernisation incomplète »
Sur la période 2026‑2030, la Serbie se trouve face à un choix stratégique : soit transformer l’élan acquis grâce aux grandes infrastructures, aux IDE et à la stabilité macroéconomique en une base durable de compétitivité fondée sur la productivité, l’innovation et la qualité institutionnelle, soit rester coincée dans un modèle de « modernisation partielle », dépendant de chantiers publics, de salaires relativement bas et de rentes sectorielles.
Le pays bénéficie d’une position géographique exceptionnelle, d’une main-d’œuvre qualifiée et d’une fiscalité favorable. Ses infrastructures et son écosystème numérique sont en forte amélioration. Il reçoit un soutien massif de l’UE et des institutions financières internationales, et dispose d’un réseau dense d’organisations de soutien à l’entrepreneuriat (clusters, incubateurs, chambres de commerce). Le pays a également démontré sa capacité à élaborer et à financer des stratégies cohérentes dans des domaines clés comme la spécialisation intelligente, l’intelligence artificielle, les startups, l’emploi et le numérique.
Les risques sont tout aussi réels : vieillissement démographique, fuite des cerveaux, tensions géopolitiques pouvant freiner les IDE, lenteur des réformes de gouvernance, dépendance à des secteurs polluants, épuisement du modèle « bas salaires + subventions », surreliance sur de grands acteurs publics ou étrangers.
Pour prospérer dans les prochaines années, les entrepreneurs doivent aligner leur projet sur les grands axes de transformation : numérique, écologique, export, montée en gamme industrielle et services à forte valeur ajoutée. Il est crucial de tirer parti des dispositifs fiscaux et financiers disponibles pour bénéficier d’un environnement favorable. À l’inverse, les modèles reposant uniquement sur un faible coût du travail ou des niches réglementaires fragiles risquent l’obsolescence rapide.
En définitive, les perspectives économiques pour les entrepreneurs en Serbie peuvent se résumer par un double mouvement : la fin progressive d’un cycle de développement facile, tiré par les chantiers et l’IDE, et l’ouverture d’une phase plus exigeante, où l’avantage comparatif reposera davantage sur l’ingéniosité, la capacité à innover, à se connecter à l’Europe et au monde, et à naviguer dans un environnement réglementaire en mutation. Pour ceux qui sont prêts à jouer ce jeu de long terme, la Serbie demeure l’un des terrains entrepreneuriaux les plus prometteurs des Balkans.
Un retraité de 62 ans, disposant d’un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale pour optimiser sa charge imposable, diversifier ses investissements et conserver un lien avec la France. Budget alloué : 10 000 € pour un accompagnement complet (conseil fiscal, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.
Après analyse de plusieurs destinations attractives (Serbie, Grèce, Chypre, Maurice), la stratégie retenue a ciblé la Serbie pour son impôt sur le revenu proportionnel (environ 15%, avec possibilités d’optimisation selon la nature des revenus), l’absence d’impôt sur la fortune, un coût de vie très inférieur à celui de Paris (Belgrade ~40–50% moins cher) et une ouverture vers les marchés européens. La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax, reports d’imposition), obtention de la résidence serbe via investissement immobilier, détachement CNAS/CPAM, transfert de résidence bancaire, plan de rupture des liens fiscaux français, mobilisation d’un réseau local bilingue (avocat, immigration, notaire) et intégration patrimoniale. Ce dispositif lui permet de viser des économies fiscales substantielles, d’investir dans l’immobilier locatif serbe et d’optimiser sa transmission tout en limitant les risques (contrôle français, convention fiscale FR‑RS, adaptation culturelle).
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