Histoire du pays France : des Gaulois à la Cinquième République

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

Depuis les premières tribus gauloises jusqu’au régime semi‑présidentiel de la Cinquième République, l’histoire du pays France est une succession de ruptures politiques, de révolutions sociales et de mutations culturelles profondes. En quelques siècles, un ensemble de cités celtiques conquises par Rome est devenu un État‑nation centralisé, puis un empire colonial, avant d’entrer dans l’ère des démocraties constitutionnelles et de l’intégration européenne.

Bon à savoir :

Pour saisir cette longue histoire, il faut suivre quatre fils conducteurs principaux : la construction progressive de l’autorité royale puis nationale, l’influence déterminante des guerres (civiles, coloniales et mondiales), le rôle des idées (comme celles de la Révolution française ou du gaullisme), et enfin l’évolution des institutions qui structurent encore la vie politique française aujourd’hui.

Des Gaulois à la Gaule romaine : la matrice territoriale

Bien avant que le mot « France » n’apparaisse, le territoire correspondait à la Gaule, vaste ensemble qui dépassait largement les frontières actuelles. Il englobait la France d’aujourd’hui, mais aussi la Belgique, le Luxembourg, une partie de l’Allemagne de l’Ouest, la Suisse occidentale, des portions des Pays‑Bas et du nord de l’Italie. Cet espace, couvrant environ 494 000 km², était structuré par de grands fleuves (Seine, Loire, Garonne, Rhône, Rhin) et plusieurs massifs montagneux (Alpes, Pyrénées, Massif central, Jura, Vosges, Ardennes).

Exemple :

Les populations gauloises, de culture celtique, étaient structurées en tribus appelées *civitates*, telles que les Arvernes ou les Éduens. Chaque *civitas* était divisée en *pagi* et pouvait être dirigée par un roi, des magistrats élus ou une aristocratie guerrière. Elles vivaient dans des oppida fortifiés, basaient leur économie sur l’agriculture et pratiquaient une religion polythéiste animiste sous l’autorité des druides.

L’irruption décisive de Rome intervient au Ier siècle avant notre ère. Après une première implantation en Gaule méridionale – la future province narbonnaise – destinée à sécuriser la route terrestre vers l’Espagne, la conquête s’accélère avec Jules César. Entre 58 et 51 avant notre ère, celui‑ci mène une série de campagnes militaires contre les Helvètes, les peuples belges, puis surtout contre la grande coalition menée par Vercingétorix. La victoire romaine à Alésia, après un siège resté célèbre, scelle la soumission de la Gaule.

des centaines de milliers

César rapporte des centaines de milliers de morts et d’esclaves lors de la conquête de la Gaule.

Cette Gaule romanisée – dotée de quatre grandes provinces (Narbonnaise, Lyonnaise, Aquitaine, Belgique) sous Auguste – est l’un des berceaux de la future identité française. Les divisions administratives romaines inspireront plus tard les diocèses et, à très long terme, certaines limites territoriales de la France médiévale.

Des royaumes barbares au royaume de France : l’émergence d’un État

La fin de l’Empire romain d’Occident au Ve siècle s’accompagne d’une série d’invasions et d’implantations de peuples germaniques : Wisigoths au sud‑ouest, Burgondes à l’est, Francs au nord. Ce sont ces derniers, menés par Clovis, qui jettent les bases d’un premier royaume couvrant la majeure partie de l’ancienne Gaule. En battant successivement Wisigoths et Burgondes, Clovis et ses successeurs mérovingiens dominent une grande partie du territoire, même si le pouvoir reste personnel et très fragmenté.

Attention :

Le traité de Verdun (IXe siècle) est un acte fondateur : en partageant l’Empire carolingien, il attribue la Francie occidentale à Charles le Chauve. Ce noyau territorial, issu de la dislocation de l’empire de Charlemagne, est à l’origine du futur royaume de France, après les dynasties mérovingienne et carolingienne.

Mais pendant de longs siècles, le roi – même quand il porte le titre de rex Francie – ne contrôle directement qu’un domaine réduit, centré sur l’Île‑de‑France. Le reste est dominé par de puissantes principautés semi‑indépendantes : Aquitaine, Normandie, Bretagne, Flandre, Bourgogne, Champagne. Le système féodal, fondé sur une mosaïque de seigneuries, de vassalités et d’appanages, fragmente la souveraineté.

Astuce :

À partir de l’élection d’Hugues Capet en 987, la dynastie capétienne renverse progressivement le rapport de force avec les grands seigneurs. Par des alliances, des guerres et des mariages, les rois étendent leur domaine. Philippe Auguste, au XIIIe siècle, remporte des victoires décisives contre les Plantagenêts, récupérant la Normandie, l’Anjou, le Maine et la Touraine. Louis IX (Saint Louis) consolide le prestige moral et diplomatique de la monarchie, tandis que les structures administratives se renforcent avec la cour du roi, l’embryon du Parlement de Paris et le déploiement d’officiers royaux dans les provinces.

Progressivement, au fil des siècles, la notion de royaume de France s’affirme, et avec elle l’idée que l’autorité suprême ne relève plus d’un jeu féodal entre égaux, mais d’une souveraineté royale hiérarchiquement supérieure. Les guerres – notamment la guerre de Cent Ans contre l’Angleterre – jouent paradoxalement un rôle unificateur : l’ennemi extérieur, l’enjeu dynastique et les figures comme Jeanne d’Arc nourrissent un sentiment d’appartenance au « royaume de France ».

Monarchie absolue et Ancien Régime : centralisation et blocages

À l’issue du Moyen Âge, sous les règnes de Charles VII puis Louis XI, la monarchie sort renforcée. La guerre de Cent Ans a décimé la noblesse rebelle ; l’impôt permanent (la taille) finance désormais une armée régulière qui échappe largement au contrôle des grands féodaux ; la justice royale concurrence les justices seigneuriales. C’est le socle sur lequel se construit, aux XVIe et XVIIe siècles, ce que l’on appellera plus tard la monarchie absolue.

Le monarque incarne l’État et détient une autorité de droit divin, symbolisée par la formule « L’État, c’est moi ».

Louis XIV, Roi de France

Le règne de Louis XIV est emblématique à plus d’un titre. Il pousse à l’extrême la centralisation : la cour se fixe à Versailles, où les principaux nobles sont attirés et contrôlés par un savant système d’étiquettes et de faveurs. Les intendants, nommés par le roi, supervisent les provinces sur les plans fiscal, administratif et judiciaire, réduisant l’autonomie des autorités locales. Les parlements, notamment celui de Paris, sont limités dans leur capacité à contester les ordonnances royales.

Le Règne de Louis XIV

Principaux aspects militaires, diplomatiques et religieux du règne du Roi-Soleil, marqués par l’expansion territoriale et la recherche de l’unité confessionnelle.

Hégémonie militaire et diplomatique

La France devient la principale puissance européenne grâce à une série de guerres victorieuses, gagnant des territoires comme l’Alsace, mais au prix d’un épuisement des finances royales.

Recherche de l’unité religieuse

Le roi impose l’unité confessionnelle. La révocation de l’édit de Nantes en 1685 met fin au compromis d’Henri IV, entraînant la persécution ou l’exil de centaines de milliers de protestants (Huguenots).

Sur le plan culturel enfin, la cour de France s’impose comme un modèle européen. Le classicisme en littérature, l’essor des académies, les grandes réalisations architecturales (Versailles, Invalides), la codification du ballet et l’influence de la langue française comme langue diplomatique participent de ce rayonnement.

Mais cette construction absolutiste a ses fragilités : un système fiscal inégalitaire qui pèse surtout sur le tiers état, une noblesse frustrée mais encore puissante, une économie agricole vulnérable aux crises de subsistance, des parlements jaloux de leurs prérogatives et, surtout, l’émergence progressive d’une opinion publique instruite et critique. Ces tensions, sur fond de dettes accumulées et de guerres coûteuses, prépareront l’effondrement de l’Ancien Régime à la fin du XVIIIe siècle.

1789 : la Révolution française, matrice politique de la France moderne

La Révolution française ouvre une séquence fondatrice pour l’histoire du pays France et, plus largement, pour les régimes libéraux contemporains. Elle est le produit d’un faisceau de causes convergentes : crise fiscale de l’État, blocage des réformes, inégalités sociales extrêmes, diffusion des idées des Lumières, mauvaises récoltes et flambée du prix du pain, contestation de la monarchie absolue et des privilèges.

La société d’Ancien Régime est structurée en trois ordres : le clergé (Premier ordre) et la noblesse (Deuxième ordre), minoritaires mais privilégiés fiscalement et honorifiquement, et le Tiers état, qui regroupe environ 98 % de la population – bourgeois, paysans, artisans, ouvriers, professions libérales. Le déséquilibre est criant : les deux premiers ordres, représentant à peine quelques pourcents des habitants, échappent à la plupart des impôts directs alors que le Tiers supporte l’essentiel de la charge fiscale, tout en étant exclu des responsabilités politiques centrales.

La situation économique est dégradée : l’État est lourdement endetté, en partie à cause des guerres (guerre de Sept Ans, soutien à l’indépendance américaine) ; le système de perception de l’impôt est archaïque ; les réformes proposées par les ministres des finances se heurtent au refus des élites et des parlements. Les mauvaises récoltes de la fin des années 1780, combinées à une forte croissance démographique, provoquent une flambée du prix des denrées de base, en particulier du pain, et une paupérisation brutale.

Dans ce contexte explosif, Louis XVI convoque les États généraux, une assemblée représentative des trois ordres, qui ne s’était pas réunie depuis le début du XVIIe siècle. Lors de leur ouverture à Versailles, le Tiers état revendique un mode de vote par tête et non par ordre, ce qui lui donnerait un poids décisif. Rapidement, ses députés se constituent en Assemblée nationale, puis en Assemblée nationale constituante, se donnant pour objectif d’élaborer une constitution.

Bon à savoir :

L’année 1789 voit plusieurs événements décisifs : le Serment du Jeu de Paume, la prise de la Bastille, l’abolition des privilèges féodaux (nuit du 4 août) et la proclamation de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Cette Déclaration, fondée sur la liberté, l’égalité et la souveraineté nationale, devient la référence constitutionnelle pour les régimes futurs. La Révolution affronte également l’Église catholique en nationalisant ses biens et en instaurant la Constitution civile du clergé, transformant les prêtres en fonctionnaires de l’État.

Les années suivantes voient alterner phases modérées, radicalisation (Terreur), guerre contre les puissances européennes, puis tentatives de stabilisation institutionnelle avec le Directoire. Sur le plan international, la Révolution a un impact considérable : elle diffuse l’idée de souveraineté populaire, d’égalité devant la loi et d’abolition des structures féodales dans de nombreux pays, souvent par le biais des guerres révolutionnaires puis napoléoniennes.

L’ère napoléonienne : entre diffusion des réformes et retour de l’autorité personnelle

Dans ce contexte de bouleversements, un général corse, Napoléon Bonaparte, s’impose progressivement comme figure centrale. Révélé par ses victoires militaires – notamment en Italie – et par sa capacité à écraser des insurrections intérieures, il se pose en arbitre d’une Révolution qui s’enlise dans l’instabilité.

Bon à savoir :

Le coup d’État du 18 Brumaire (1799) met fin au Directoire et établit le Consulat, avec Napoléon Bonaparte comme Premier Consul doté de pouvoirs très étendus par la nouvelle constitution. Ce régime évolue progressivement vers un pouvoir personnel, aboutissant à la proclamation de l’Empire en 1804, où Napoléon est couronné empereur des Français, rétablissant ainsi une monarchie héréditaire.

Pourtant, l’héritage institutionnel de l’époque est durable et ambivalent. D’un côté, Napoléon consolide nombre d’acquis révolutionnaires : l’abolition des privilèges, l’égalité civile, la laïcisation de l’État, la réorganisation territoriale, la création de grands corps administratifs. Le Code civil, souvent appelé Code Napoléon, systématise ces principes et devient un modèle juridique exporté en Europe et au‑delà. La création de la Banque de France, la centralisation administrative, la mise en place de lycées publics ou encore la promotion au mérite ancrent une conception étatique forte.

De l’autre, l’Empire ressuscite une hiérarchie nobiliaire, rétablit une censure stricte, limite les libertés politiques, et, surtout, lance l’Europe dans de nouvelles guerres de grande ampleur. Les conquêtes napoléoniennes, malgré leur apparente cohérence stratégique, entraînent des résistances nationales, et les défaites successives finissent par épuiser les ressources humaines et financières du pays.

La chute de Napoléon, après la désastreuse campagne de Russie et la défaite de Waterloo, débouche sur une restauration monarchique (les Bourbons) et un XIXe siècle rythmé par une alternance de régimes : monarchies constitutionnelles, Seconde République, Second Empire, puis Troisième République. Chaque séquence tente de résoudre, sans y parvenir définitivement, la tension entre souveraineté populaire et pouvoir exécutif fort, entre aspiration à la liberté et peur du désordre.

Expansion coloniale et guerres mondiales : la France puissance mondiale puis vulnérable

Parallèlement à ses recompositions internes, la France développe, surtout à partir du XIXe siècle, un vaste empire colonial. Après un premier cycle d’expansion et de pertes (notamment en Amérique du Nord au XVIIIe siècle), le pays se lance dans une seconde phase de conquêtes à partir de la prise d’Alger en 1830. Peu à peu, la France étend son contrôle sur de nombreuses régions d’Afrique (du Sénégal au Congo en passant par Madagascar), d’Asie (Indochine) et du Pacifique (Polynésie, Nouvelle‑Calédonie).

Au début du XXe siècle, la France dispose du deuxième empire colonial du monde par la superficie, derrière le Royaume‑Uni. Cet ensemble, bâti sur la domination militaire, l’exploitation économique et un discours de « mission civilisatrice », influence durablement la démographie, l’économie et la place internationale du pays. Il fournit également, en temps de guerre, un réservoir de soldats et de ressources.

Bon à savoir :

Membre de la Triple Entente, la France entre en guerre contre l’Allemagne en 1914. Les combats, principalement concentrés sur son sol dans le Nord et l’Est, s’enlisent dans une guerre de tranchées extrêmement meurtrière.

Les grandes batailles – Marne, Verdun, Somme, Chemin des Dames – coûtent des centaines de milliers de vies. Sur près de neuf millions d’hommes mobilisés, environ 1,4 million trouvent la mort, plusieurs millions sont blessés. Des troupes coloniales participent à l’effort de guerre, illustrant le lien étroit, mais aussi inégal, entre métropole et empire. À l’issue de la guerre, la France sort victorieuse mais exsangue, avec des régions dévastées, un déficit démographique massif et une économie fragilisée.

L’entre‑deux‑guerres est marqué par la volonté de se protéger d’un nouveau conflit, notamment par la construction de la ligne Maginot et par une politique de réparations imposées à l’Allemagne via le traité de Versailles. Mais la montée des régimes totalitaires et la crise économique mondiale sapent ces équilibres précaires.

La Seconde Guerre mondiale ouvre une nouvelle page dramatique. Après une brève phase de guerre déclarée mais peu active, la France est envahie au printemps 1940. La campagne tourne au désastre et aboutit à l’armistice : le territoire est en partie occupé, tandis qu’un régime autoritaire collaborant avec l’Allemagne nazie s’installe à Vichy sous l’autorité du maréchal Pétain.

Une autre France, cependant, refuse la défaite. Depuis Londres, puis depuis les colonies ralliées, Charles de Gaulle et la France libre poursuivent le combat aux côtés des Alliés. À l’intérieur du pays, la Résistance s’organise, malgré la répression féroce des forces allemandes et de la Milice vichyste. À partir de 1944, les débarquements alliés en Normandie et en Provence, combinés à l’insurrection parisienne et à l’offensive des Forces françaises de l’intérieur, permettent la libération progressive du territoire.

À la fin de la guerre, la France s’impose parmi les vainqueurs et obtient un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU, mais cette stature contraste avec les fragilités internes : destructions matérielles, traumatismes sociaux, contestations coloniales montantes et fragilité institutionnelle de la Quatrième République naissante.

La Quatrième République : ambitions sociales, instabilité politique et impasse coloniale

Proclamée après la Libération et la chute du régime de Vichy, la Quatrième République se dote d’une constitution en 1946. Elle réaffirme les grands principes républicains et sociaux (droits de l’homme, suffrage universel, État social), mais ressuscite aussi un parlementarisme très dominant. Le gouvernement est responsable devant l’Assemblée nationale, qui peut le renverser facilement. Dans un contexte de recomposition des partis, de Guerre froide, de reconstruction et de question coloniale brûlante, cette architecture se révèle rapidement fragile.

Bon à savoir :

La Quatrième République a engagé d’importantes réformes structurelles (nationalisations, sécurité sociale, planification, services publics). Cependant, la succession rapide des gouvernements et l’instabilité des coalitions ont souvent perturbé ces politiques de long terme, empêchant la mise en œuvre de mesures impopulaires.

La question coloniale achève de miner le régime. Dans l’empire, les aspirations à l’indépendance, stimulées par les principes proclamés en 1789 et par l’affaiblissement européen après 1945, se traduisent par des conflits armés, notamment en Indochine et en Algérie. Les guerres qui en résultent sont prolongées et coûteuses, tant en vies humaines qu’en ressources financières. Elles divisent profondément l’opinion et les forces politiques françaises, fracturant la société entre partisans du maintien de l’empire et promoteurs de la décolonisation.

L’Algérie, en particulier, occupe une place singulière, car cette colonie est administrativement intégrée au territoire français et abrite une importante population d’origine européenne. La guerre qui s’y déroule à partir de la moitié des années 1950 mêle insurrection indépendantiste, conflits intercommunautaires et affrontements internes au sein même de l’armée française, dont une partie se radicalise en faveur du maintien de l’« Algérie française ». C’est dans ce contexte explosif que la Quatrième République s’effondre.

1958 : la naissance de la Cinquième République et le retour de De Gaulle

La crise de mai 1958, déclenchée par une insurrection à Alger et par la menace d’un coup de force militaire en métropole, révèle l’incapacité des institutions de la Quatrième République à gérer la situation. Le gouvernement est paralysé, les partis sont divisés, l’armée d’Algérie échappe partiellement au contrôle du pouvoir civil. Dans ce chaos, une figure s’impose : Charles de Gaulle, héros de la France libre, retiré de la vie politique active depuis près d’une décennie.

Bon à savoir :

En juin 1958, face à l’instabilité parlementaire, Charles de Gaulle est nommé chef du gouvernement. Une loi constitutionnelle lui confère alors le pouvoir de rédiger une nouvelle constitution et de gouverner par ordonnances pour plusieurs mois, à l’exception des domaines pénaux, électoraux et des libertés publiques.

Une commission préparatoire, composée d’experts et de responsables politiques, se met au travail à partir de juin. Le projet final, largement inspiré des conceptions de Michel Debré – partisan d’un exécutif fort sur le modèle britannique – et de celles de De Gaulle, qui veut un président arbitre et garant des institutions, est soumis à référendum. À la fin de septembre 1958, les électeurs approuvent massivement le texte, qui entre en vigueur en octobre. Chaque nouvelle constitution en France marquant un changement de République, le pays passe officiellement de la Quatrième à la Cinquième République.

Bon à savoir :

La nouvelle architecture constitutionnelle vise à mettre fin à l’instabilité gouvernementale en renforçant les pouvoirs de l’exécutif, notamment présidentiels, tout en conservant un Parlement représentatif. Elle remplace un régime dominé par l’Assemblée par un système à double exécutif, où les responsabilités sont partagées entre le Président et le Premier ministre.

Le fonctionnement de la Cinquième République : un exécutif bicéphale

La Constitution de 1958 organise un équilibre inédit entre un président de la République doté de pouvoirs propres et un gouvernement dirigé par un Premier ministre responsable devant l’Assemblée nationale. Cette combinaison, pensée pour limiter l’instabilité tout en préservant le pluralisme, va profondément marquer la vie politique française.

Le rôle central du président

Au sommet de l’État, le président de la République est conçu comme le garant des institutions, du bon fonctionnement des pouvoirs publics et de la continuité de l’État. Selon l’article 5 de la Constitution, il veille au respect du texte fondamental et assure, par son « arbitrage », le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ainsi que la continuité de l’État. Il est également le garant de l’indépendance nationale, de l’intégrité du territoire et du respect des engagements internationaux.

Pour remplir ces missions, la Constitution lui confère des prérogatives importantes, dont certaines peuvent être exercées sans contreseing du gouvernement. Parmi elles :

Bon à savoir :

Le Président de la République dispose de prérogatives étendues, incluant : la possibilité de soumettre certains sujets-clés (organisation des pouvoirs publics, réformes économiques, sociales, environnementales, ratification de traités) au référendum ; le pouvoir de dissoudre l’Assemblée nationale après consultation ; des pouvoirs exceptionnels en cas de crise grave (article 16) sous contrôle du Conseil constitutionnel ; la nomination du Premier ministre et des membres du gouvernement ; la présidence du Conseil des ministres, la signature des ordonnances et décrets, la nomination aux hauts emplois civils et militaires, et la fonction de chef des armées.

Initialement, le président était élu pour sept ans par un collège d’élus (grands électeurs). Mais cette modalité, qui le plaçait à distance relative de l’opinion, a été profondément modifiée au cours de la vie de la Cinquième République.

L’élection présidentielle : du septennat au quinquennat

En 1962, De Gaulle décide de franchir une étape majeure : il propose que le président de la République soit désormais élu au suffrage universel direct. Pour cela, il recourt à un référendum, dont la procédure et la constitutionnalité sont contestées par une grande partie de la classe politique (hors gaullistes). La réforme est finalement approuvée par les électeurs, et le Conseil constitutionnel refuse de se prononcer sur la légalité de la démarche. À partir de là, l’élection présidentielle devient le moment clé de la vie politique française, conférant au chef de l’État une légitimité populaire directe.

Le mode de scrutin retenu est un scrutin majoritaire à deux tours : si aucun candidat n’obtient la majorité absolue dès le premier tour, les deux premiers sont qualifiés pour un second tour décisif. Cette mécanique favorise les grandes forces politiques, incite aux alliances de second tour et structure durablement la compétition politique.

Bon à savoir :

Initialement de sept ans, le mandat présidentiel a été ramené à cinq ans par référendum en 2000 pour réduire le risque de ‘cohabitation’. Depuis 2002, les élections présidentielle (au printemps) et législatives (quelques semaines plus tard) sont alignées, consolidant l’agenda politique de l’exécutif lorsque le président dispose d’une majorité parlementaire.

Cette mécanique a cependant été bousculée par la convocation d’élections législatives anticipées en 2024, qui a mis fin à la concordance quasi automatique entre calendrier présidentiel et parlementaire.

Président, Premier ministre et cohabitation

Dans le schéma idéal pensé en 1958, le président dispose d’une majorité à l’Assemblée nationale. Il définit alors les grandes orientations politiques, particulièrement en matière de politique étrangère et de défense, mais aussi de politique intérieure. Le Premier ministre, nommé par lui, conduit et met en œuvre ces orientations, en assurant la direction de l’action gouvernementale, la défense nationale et l’application des lois. Il dispose pour cela de l’appareil administratif et militaire de l’État et reste responsable devant l’Assemblée, qui peut engager contre lui une motion de censure.

En période de majorité présidentialiste forte, le chef de l’État peut changer de Premier ministre, remanier le gouvernement, dissoudre l’Assemblée pour tenter de retrouver un souffle politique, et arbitrer les crises en recourant éventuellement au référendum. La fonction présidentielle acquiert alors une dimension presque monarchique dans son prestige, tout en étant encadrée par le suffrage universel et la possibilité d’alternance.

Bon à savoir :

La Constitution prévoit qu’en cas de majorité parlementaire opposée au président, ce dernier doit nommer un Premier ministre issu de ce camp. Le président conserve alors ses prérogatives en diplomatie, défense et arbitrage constitutionnel, mais le gouvernement et l’Assemblée imposent leur ligne sur les politiques économiques, sociales et intérieures. Cette configuration, appelée « cohabitation », s’est produite à plusieurs reprises depuis 1986 et illustre la flexibilité du régime semi-présidentiel français.

L’autre pilier : le Parlement et le contrôle de la loi

Face à un exécutif renforcé, le Parlement conserve néanmoins un rôle central. Il se compose de deux chambres :

l’Assemblée nationale, élue au suffrage universel direct, dont le nombre de députés est plafonné à 577. C’est elle qui peut renverser le gouvernement et qui dispose, de fait, de la prééminence dans le processus législatif ;

– le Sénat, élu au suffrage indirect par un collège de grands électeurs, représentant les collectivités territoriales et les Français de l’étranger. Le nombre de sénateurs est limité à 348.

Le Parlement vote la loi, contrôle l’action du gouvernement et évalue les politiques publiques. La Constitution fixe les domaines de la loi et précise que le reste relève du pouvoir réglementaire du gouvernement. Les parlementaires bénéficient d’une immunité pour leurs votes et opinions exprimées dans l’exercice de leur mandat. Les règles d’organisation, d’inéligibilité et de remplacement des membres des deux chambres sont fixées par des lois organiques.

Cette organisation bicamérale, combinée à un exécutif fort et à un contrôle de constitutionnalité désormais plus étendu qu’à l’époque des Républiques précédentes, forme l’ossature institutionnelle de la France contemporaine.

La Constitution de 1958 : stabilité inédite et garanties des droits

Née d’une situation de crise aiguë, la Constitution de 1958 se distingue par sa longévité. Plus de soixante ans après son adoption, et après 24 révisions successives, elle demeure la plus stable des constitutions qu’ait connues le pays. Cette endurance s’explique par plusieurs facteurs : la souplesse du texte face aux évolutions politiques, l’équilibre qu’il instaure entre les pouvoirs, et l’ancrage des droits fondamentaux au sommet de la hiérarchie des normes.

Dès son préambule, la Constitution proclame solennellement l’attachement du peuple français aux droits de l’homme et aux principes de la souveraineté nationale tels qu’ils ont été définis en 1789, mais aussi aux principes économiques et sociaux de 1946 et aux droits environnementaux affirmés en 2004. Ces références combinées constituent ce que l’on appelle le « bloc de constitutionnalité », que le Conseil constitutionnel prend en compte lorsqu’il contrôle la conformité des lois.

Les premiers articles énoncent les principales caractéristiques de la République :

« indivisible, laïque, démocratique et sociale » (article 1er) ;

– garantissant l’égalité de tous devant la loi sans distinction d’origine, de race ou de religion et respectant toutes les croyances ;

– organisée de façon décentralisée, même si, dans les faits, la tradition jacobine reste forte ;

– s’engageant à favoriser l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électifs et aux responsabilités professionnelles et sociales ;

– disposant d’un emblème (le drapeau tricolore), d’un hymne (La Marseillaise), d’une devise (« Liberté, Égalité, Fraternité ») et d’un principe directeur : « gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ».

Exemple :

Une évolution majeure est intervenue en 1971 lorsque le Conseil constitutionnel, en s’appuyant sur le préambule de la Constitution, a reconnu la valeur constitutionnelle des droits de 1789 et 1946. Il a ainsi censuré partiellement une loi qui portait atteinte à la liberté d’association, rompant avec le dogme de la souveraineté parlementaire absolue.

Au départ, seuls le président de la République, le Premier ministre et les présidents des deux assemblées pouvaient saisir le Conseil avant la promulgation d’une loi, ce qui limitait le nombre de contrôles dans les périodes de majorité politique homogène. Mais une réforme en 1974 ouvre ce droit à 60 députés ou 60 sénateurs, offrant à l’opposition la possibilité de contester les textes les plus sensibles. Ce mécanisme contribue à renforcer l’État de droit et à inscrire la France dans le mouvement général des démocraties constitutionnelles.

Présidents et Premiers ministres : une galerie de pouvoirs

Depuis 1958, la Cinquième République a connu une succession de présidents, de sensibilités politiques diverses, et de nombreux Premiers ministres. Ensemble, ils illustrent la variété des configurations possibles au sein du même cadre institutionnel : domination d’un camp, cohabitations, alternances, alliances centristes, etc.

Quelques grandes figures présidentielles

Le premier président de la Cinquième République est Charles de Gaulle, élu en 1958 par un collège électoral, puis en 1965 au suffrage universel direct. Il incarne la fonction dans toute sa verticalité, associant à la fois son prestige personnel de chef de la France libre, sa vision de l’indépendance nationale (notamment nucléaire et diplomatique) et sa conception d’un président au‑dessus des partis. Il reste en fonction jusqu’à sa démission en 1969.

Lui succèdent successivement :

Exemple :

Après le départ du général de Gaulle, la France a été successivement dirigée par Georges Pompidou (1969-1974), qui a poursuivi les orientations gaullistes tout en gérant l’héritage de Mai 68 ; Valéry Giscard d’Estaing (1974-1981), qui a modernisé les mœurs et accompagné la construction européenne ; François Mitterrand (1981-1995), premier président socialiste, marqué par des réformes, des nationalisations, un tournant vers la rigueur et des cohabitations ; Jacques Chirac (1995-2007), qui a également connu la cohabitation ; puis par Nicolas Sarkozy, François Hollande et Emmanuel Macron, dont les mandats ont été définis par des tentatives de réforme de l’État social et la gestion des crises dans un contexte multipolaire.

Les Premiers ministres : entre loyauté présidentielle et majorité parlementaire

Dans cet édifice, le rôle de Premier ministre est à la fois central et vulnérable. Nommé par le président, il dirige l’action du gouvernement, coordonne les ministres, arbitre la mise en œuvre des lois et engage sa responsabilité devant l’Assemblée. Sa position dépend de l’équilibre politique : en période de majorité unifiée, il est souvent perçu comme un « collaborateur » du président ; en cohabitation, il devient la figure clé de la majorité parlementaire et imprime sa marque à la politique intérieure.

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Le nombre de Premiers ministres français cités dans l’article, illustrant l’alternance politique et la flexibilité du poste depuis la Ve République.

On peut illustrer cette dynamique par un tableau synthétique des débuts et fins de mandats présidentiels sous la Cinquième République, qui souligne la stabilité relative de la fonction au regard de la valse des gouvernements :

Président de la RépubliqueSensibilité politique principaleDébut de mandatFin de mandat
Charles de GaulleGaulliste, indépendantJanvier 1959Avril 1969 (démission)
Georges PompidouGaulliste (UDR)Juin 1969Avril 1974 (décès)
Valéry Giscard d’EstaingCentre droit (UDF)Mai 1974Mai 1981
François MitterrandSocialisteMai 1981Mai 1995
Jacques ChiracGaulliste / néo‑gaulliste (RPR puis UMP)Mai 1995Mai 2007
Nicolas SarkozyDroite (UMP)Mai 2007Mai 2012
François HollandeSocialisteMai 2012Mai 2017
Emmanuel MacronCentre (formation présidentielle)Mai 2017En fonction

Ce contraste entre un sommet relativement stable et une base gouvernementale mouvante illustre l’un des traits saillants de la Cinquième République : la personnalisation de la vie politique autour de la figure présidentielle, sans pour autant effacer la diversité des majorités parlementaires qui l’accompagnent.

La France aujourd’hui : héritages multiples et défis contemporains

L’histoire du pays France est donc faite de strates successives, superposées plus qu’effacées. La Gaule romaine a légué le cadre territorial et linguistique ; le Moyen Âge et l’Ancien Régime ont forgé la centralisation monarchique et les grands réflexes administratifs ; la Révolution a posé les principes de la souveraineté nationale et des droits fondamentaux ; l’Empire a structuré l’appareil d’État moderne ; les guerres mondiales et l’expérience coloniale ont placé la France au cœur des grands bouleversements du XXe siècle ; la Cinquième République a, enfin, consolidé un cadre institutionnel original qui tente d’articuler leadership fort et démocratie représentative.

À travers ces métamorphoses, quelques constantes apparaissent : la tension entre centralisation et aspirations locales, entre volontarisme étatique et contestation sociale, entre ouverture internationale (par les alliances, l’Europe, la francophonie) et volonté d’indépendance stratégique. La devise « Liberté, Égalité, Fraternité », née au temps de la Révolution, trouve des traductions différentes selon les époques, mais continue de servir de boussole symbolique.

Analyse des constantes historiques françaises

Loin d’être un récit linéaire et pacifié, l’histoire de la France ressemble plutôt à une succession de crises fondatrices. Chacune – qu’il s’agisse de la chute de l’Ancien Régime, des guerres mondiales, des conflits de décolonisation ou des tensions politiques récentes – a débouché sur des réaménagements institutionnels et sociaux profonds. La Cinquième République n’échappe pas à cette logique : elle demeure le cadre politique actuel, mais son évolution (révision du quinquennat, élargissement du contrôle de constitutionnalité, transformations partisanes, instabilité gouvernementale récente) montre qu’elle est elle aussi une étape dans un long processus, plutôt qu’un point d’arrivée définitif.

En ce sens, retracer l’histoire du pays France, c’est autant comprendre ce qui le sépare de ses différentes « républiques » antérieures que saisir ce qui, de la Gaule romaine au semi‑présidentialisme contemporain, continue de structurer sa vie politique : la recherche constante d’un équilibre entre autorité et liberté, entre unité et diversité, entre héritage et invention.

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Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale pour s’installer en France, optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements, tout en maintenant un lien avec son pays d’origine. Budget alloué : 10 000 euros pour l’accompagnement complet (conseil fiscal, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.

Après analyse de plusieurs destinations attractives (Espagne, Portugal, Italie, Suisse), la stratégie retenue a consisté à cibler la France pour la stabilité de son cadre juridique et fiscal, son réseau de conventions internationales, la qualité de son système de santé et son marché immobilier diversifié (Paris, grandes métropoles, littoral, zones rurales attractives). La mission a inclus : audit fiscal pré-expatriation (risque d’exit tax, report d’imposition), obtention du titre de séjour le cas échéant, choix entre résidence principale et investissement locatif, couverture via CPAM/assurance privée, transfert de résidence bancaire, plan de requalification de la résidence fiscale (séjour >183 jours/an, centre des intérêts économiques), mise en relation avec un réseau local (avocats, notaires, experts-comptables) et intégration patrimoniale globale (optimisation des revenus, immobilier, et transmission).

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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