S’installer à Cuba, pour quelques années ou pour plus longtemps, implique de repenser complètement sa façon de gérer son argent. Entre un système bancaire quasi entièrement public, plusieurs taux de change officiels et un marché noir très actif, des cartes bancaires étrangères souvent inutilisables et une dollarisation de fait de larges pans de l’économie, la gestion financière d’un expatrié à Cuba ne ressemble ni à celle du Mexique, ni de la République dominicaine, encore moins de l’Europe.
Cet article détaille les services bancaires disponibles pour les expatriés à Cuba, incluant les contraintes de change, les solutions hybrides (comptes locaux, fintech internationales, comptes offshore), ainsi que les aspects fiscaux et réglementaires essentiels à connaître.
Un paysage financier singulier : État omniprésent, sanctions et dollarisation de fait
Le système financier cubain est entièrement structuré autour du Banco Central de Cuba (BCC), créé en 1997, qui contrôle les banques commerciales et les institutions financières non bancaires. Huit grandes banques commerciales opèrent dans le pays, toutes publiques ou contrôlées par l’État. Les plus importantes pour un résident étranger sont notamment Banco Metropolitano, Banco Popular de Ahorro (BPA), Banco de Crédito y Comercio (BANDEC) et Banco Financiero Internacional (BFI).
Aucune grande banque américaine ou britannique n’est présente à Cuba en raison de l’embargo et des réglementations de l’OFAC. Des amendes américaines substantielles (ex: plus de 100 millions de dollars pour UBS) ont été infligées à des banques étrangères pour l’utilisation du dollar avec Cuba, renforçant cet isolement. Pour un expatrié, cela se traduit par un système financier quasi fermé, avec des connexions directes au reste du monde rares et fragiles.
Dans ce contexte, la digitalisation interne (cartes locales, applications de paiement, portefeuilles électroniques nationaux) progresse, mais reste presque entièrement déconnectée des rails internationaux classiques (Visa, Mastercard, SWIFT, PayPal, Wise, Stripe, etc.). Les paiements restent largement dominés par le cash, ce qui a des conséquences directes sur la gestion quotidienne d’un expatrié.
Monnaie et taux de change : comprendre CUP, MLC et marché informel
Depuis la réforme monétaire de 2021, le peso cubain (CUP) est la seule monnaie légale officielle. L’ancien système à double devise (CUP / CUC) a été démantelé, mais la réalité quotidienne est beaucoup plus complexe, car plusieurs segments de change coexistent et l’économie est largement dollarisée.
Le tableau ci‑dessous illustre la logique des différents taux et marchés décrits par les sources officielles et indépendantes.
| Segment / Marché | Taux indicatif USD/CUP | Usage principal | Caractéristiques clés |
|---|---|---|---|
| Segment I officiel (administrations) | 24 CUP | Comptabilité d’État, opérations publiques internes | Taux hérité de l’époque CUC, très déconnecté du réel |
| Segment II CADECA / banques (grand public) | 120 CUP | Change officiel pour particuliers | Commission de 8 % sur USD, 2 % sur EUR |
| Segment III taux flottant (depuis 2025) | 400–460 CUP | Opérations entre entités exportatrices / importatrices | Taux quotidien fixé par la BCC, réservé à certains |
| Marché informel (« rue », suivi par El Toque) | ~250–320 CUP | Change entre particuliers, petits commerçants, privés | 30–40 % plus favorable que le taux bancaire courant |
À ces CUP s’ajoute la MLC (Moneda Libremente Convertible), une « monnaie » purement scripturale indexée sur le dollar, utilisée sur des cartes prépayées ou des comptes en devises pour acheter des biens importés dans des magasins spéciaux ou payer certains services.
Plusieurs éléments sont cruciaux pour un expatrié :
La monnaie locale (CUP) n’a aucune valeur à l’extérieur du pays et son exportation est interdite. Pour les achats, de nombreux commerces privés acceptent directement les USD ou EUR en espèces, avec un taux de change proche du marché informel. Les magasins d’État d’importation, mieux approvisionnés, exigent souvent un paiement en MLC (Monnaie Librement Convertible) via carte, ce qui nécessite de disposer de devises sur un compte cubain. Les cartes MLC vendues aux visiteurs (de 50 à 1000 unités, avec 5 unités de frais) ne peuvent pas être alimentées en dollars en espèces, mais uniquement avec d’autres devises (EUR, CAD, etc.), et expirent après deux ans sans remboursement du solde.
Pour un expatrié, la stratégie de change devient donc un exercice permanent d’arbitrage entre sécurité (canal officiel), pouvoir d’achat (marché informel) et besoin de MLC pour certains achats.
Ouvrir un compte bancaire à Cuba : un parcours d’obstacles
La possibilité d’ouvrir un compte local varie fortement selon le statut de l’étranger. Les textes et retours d’expérience convergent sur un point : pour un expatrié « classique », l’ouverture de compte sur place est difficile, lente et souvent réservée aux résidents permanents.
Conditions générales et réalité pratique
Les banques cubaines n’ont pas de « produit expatrié » comparable aux banques internationales. L’ouverture d’un compte exige en principe :
– Un statut de résident permanent ou au moins un titre de séjour solide (par exemple via un visa E‑1/E‑2 pour conjoints, enfants ou parents de Cubains, ou autorisation spéciale de la DIIE).
– Un dossier administratif complet : passeport, preuve d’adresse locale, justificatifs de revenus ou de ressources, parfois casier judiciaire du pays d’origine, et dans certains cas une lettre de l’employeur.
– Un dépôt initial, qui peut être significatif pour certains produits : pour des comptes ouverts depuis l’étranger, un minimum de 5 000 CUC a été cité dans les règles précédentes, désormais transposé en USD ou MLC.
De nombreux étrangers se voient refuser l’ouverture d’un compte, même avec un dossier solide, en raison d’une méconnaissance des textes par les guichetiers. Les banques ont des horaires étendus, mais les files d’attente sont longues et les procédures lentes. Sans maîtrise de l’espagnol, il est recommandé de se faire accompagner.
Comptes MLC et comptes en devises : un outil clé, mais encadré
Une évolution importante pour les expatriés et résidents étrangers est la généralisation des comptes en devises et des comptes MLC :
Règlementations et caractéristiques pour l’ouverture et l’utilisation de comptes en monnaies étrangères par les résidents et non-résidents.
La résolution 73/2020 du BCC autorise les Cubains non résidents à ouvrir des comptes en MLC (Monnaie Librement Convertible) pour acheter des biens dans les magasins en devises ou importer via des opérateurs agréés.
Les Cubains et étrangers résidents permanents peuvent ouvrir des comptes en plusieurs devises : USD, CAD, GBP, CHF, MXN, DKK, NOK, SEK, JPY.
Ces comptes sont généralement hébergés dans des banques cubaines telles que Banco Metropolitano, BPA, BANDEC ou BFI.
Les comptes sont opérés via des cartes magnétiques permettant des transactions en CUP, en devises et en MLC dans les distributeurs et points de vente compatibles.
Pour les importations de marchandises autorisées, l’ouverture d’un compte en dollars à Banco Financiero Internacional S.A. requiert une licence spéciale de la banque centrale.
Le point sensible reste la taxe de 10 % sur les opérations en dollars imposée par Cuba (en plus des commissions bancaires), ce qui réduit mécaniquement la valeur réelle des billets verts pour les opérations officielles.
Tableaux de synthèse : types de comptes utiles pour un expatrié
Pour clarifier les options, on peut distinguer trois grandes « couches » de comptes que peut combiner un expatrié.
| Type de compte | Localisation | Usage principal | Avantages principaux | Limites majeures |
|---|---|---|---|---|
| Compte courant local en CUP | Banque cubaine | Salaire local, factures, dépenses domestiques | Accès aux services de base, prélèvements locaux | Difficulté d’ouverture, change défavorable sur devises |
| Compte en devises / MLC à Cuba | Banque cubaine | Achats en magasins MLC, importations autorisées | Accès à l’offre importée, possible alimentation par remises | Contrôles stricts, taxe sur USD, risque de gel des devises |
| Compte international / offshore | Banque ou fintech à l’étranger | Gestion d’épargne, paiements internationaux, investissements | Sécurité juridique, multi‑devises, services online | Non connecté au réseau cubain, transferts vers Cuba compliqués |
Pour un expatrié, la combinaison la plus fréquente consiste à conserver l’essentiel de son patrimoine hors de Cuba (compte international ou offshore), à utiliser du cash pour les dépenses courantes, et à n’ouvrir un compte local (CUP ou MLC) que si son statut de résidence et ses activités le justifient vraiment (emploi local, activité d’importation, projet d’investissement, etc.).
La vie au quotidien : cash roi, cartes capricieuses, applications locales incontournables
La réalité quotidienne d’un expatrié à Cuba se résume souvent à une gestion serrée de l’espèce. Les sources convergent : dans de très nombreux cas, il est « pratiquement impossible » d’utiliser des cartes bancaires américaines, et même les cartes européennes ne fonctionnement pas partout.
Les contraintes principales sont les suivantes :
– Les cartes émisses par des institutions américaines (ou filiales sous juridiction US) sont en pratique inutilisables.
– Même les cartes non américaines ne sont acceptées que dans un nombre limité d’hôtels, de magasins d’État et de boutiques duty‑free.
– Les distributeurs automatiques sont peu fiables : pannes fréquentes, ruptures de cash, coupures de courant.
– Les banques cubaines appliquent environ 3 % de commission sur les paiements et retraits par carte étrangère, auxquels s’ajoutent les frais de la banque émettrice.
Face à cela, la recommandation quasi unanime pour les séjours longs ou l’expatriation est de venir avec suffisamment de cash (souvent 100 à 200 USD ou EUR par personne et par jour de séjour, selon le niveau de confort souhaité) et de le gérer avec prudence.
Change officiel vs marché informel : arbitrer entre légalité et pouvoir d’achat
Le change officiel se fait dans les banques, hôtels et maisons de change (CADECA). On y obtient un taux défini par le gouvernement (par exemple 120 CUP pour 1 USD avec 8 % de commission). Ce taux est très inférieur à celui du marché informel, où le dollar se négocie facilement autour de 250 à 320 CUP selon les périodes.
L’usage du marché informel est répandu, tant chez les locaux que chez les expatriés, mais il reste illégal. Pour réduire le risque, il est essentiel de bien connaître les pratiques locales, d’évaluer les conséquences potentielles et de privilégier les circuits officiels lorsque cela est possible.
– Beaucoup font appel à un contact de confiance (propriétaire de casa particular, guide, ami local) pour trouver un changeur fiable.
– Échanger dans la rue avec un inconnu reste risqué (billets faux ou périmés, arnaque sur les montants).
– Il est courant de convertir seulement une petite partie des devises en CUP, le reste étant utilisé directement en USD/EUR pour payer logements, restaurants privés et transports.
Avant de quitter le pays, il est impératif de reconvertir ses CUP, puisqu’ils ne valent plus rien au‑delà des frontières et peuvent même être confisqués à l’aéroport.
Applications et portefeuilles électroniques locaux : un écosystème interne en plein essor
En parallèle du cash, la vie économique urbaine se digitalise via plusieurs applications soutenues par l’État ou des acteurs privés :
Panorama des principales plateformes utilisées pour les transactions financières et les paiements de services quotidiens à Cuba.
Solution liée aux banques publiques, utilisée pour régler les factures d’électricité, d’eau, de téléphonie et pour recharger les données mobiles.
Plateforme de paiement de pair à pair et pour petits commerçants, comparable à PayPal ou Venmo dans son usage domestique.
Portefeuille international opérant en Cuba, utile pour les paiements d’entreprise et les flux avec des clients étrangers.
Outils spécialisés pour les recharges et paiements divers, souvent utilisés par la diaspora pour aider leurs proches sur l’île.
Ces solutions deviennent quasi indispensables pour les Cubains, mais leur intérêt pour un expatrié dépend de sa durée de séjour et de son intégration :
– Elles supposent un compte dans une banque locale et un numéro de téléphone cubain.
– Elles fonctionnent sur une infrastructure internet encore coûteuse et instable (cartes ETECSA à 2 CUC/heure de Wi‑Fi, 3G chère et limitée).
– Elles ne sont pas reliées directement aux comptes étrangers ; l’argent doit déjà être injecté dans le système bancaire cubain.
Un expatrié installé de longue durée, marié à un(e) Cubain(e) ou impliqué dans une activité économique locale aura intérêt à maîtriser ces outils. Un expatrié plus « détaché » ou un digital nomad gardera plutôt ses flux sur des plateformes internationales (Wise, Revolut, banques en ligne européennes) et jouera le rôle de « pont » via le cash.
Remises familiales, flux entrants et sortie de capitaux : un environnement extrêmement contrôlé
Pour beaucoup de ménages cubains, l’argent venant de l’étranger (remises familiales) représente une source de revenu déterminante. Les estimations chiffrent ces flux à plusieurs milliards de dollars par an dans les années 2010, avec une forte chute depuis 2020 liée aux sanctions américaines et à la fermeture de certains canaux comme Western Union.
Un expatrié installé à Cuba peut être, de facto, un vecteur entrant de devises pour sa famille locale ou son entourage. La structure de ce marché a plusieurs implications :
Une part estimée entre 50 % et 80 % des transferts d’argent vers Cuba transite par des canaux informels, contournant les réseaux officiels affectés par les sanctions.
Pour un expatrié qui souhaite recevoir des fonds de son pays d’origine à Cuba, les options sont limitées :
Pour envoyer des fonds à Cuba, plusieurs options existent, chacune avec ses contraintes. Un virement sur un compte en devises est techniquement possible, mais il est exposé aux risques de blocage et aux règles changeantes, comme en témoignent les récents gels de comptes de sociétés étrangères et de missions diplomatiques, rendant les soldes illiquides. L’utilisation d’une fintech ou d’un intermédiaire étranger (comme TropiPay ou RevoluPay) peut fonctionner dans certains cas, mais elle reste très dépendante de l’évolution des réglementations américaines et européennes. La méthode actuellement la plus fiable reste d’apporter l’argent physiquement ou de le faire parvenir via des proches, bien que cela implique de gérer les risques liés au transport d’espèces et au taux de change.
La sortie de capitaux pose un autre problème. Des mesures récentes ont montré que l’État peut décider de geler la possibilité de transférer ou retirer des devises détenues sur des comptes locaux, offrant seulement d’ouvrir de nouveaux comptes « réels » pour les flux futurs. Pour un expatrié ayant des revenus en devises à Cuba, cela signifie qu’il faut anticiper la possibilité de ne pas pouvoir rapatrier ses gains facilement.
Investir et entreprendre à Cuba : opportunités encadrées et précautions bancaires
Cuba attire depuis plusieurs années des investisseurs étrangers dans des secteurs ciblés : tourisme (notamment la zone spéciale de développement du Mariel), énergies renouvelables, agriculture, biotechnologies. Le cadre juridique principal est la Loi 118 sur l’investissement étranger, qui offre des garanties (protection contre l’expropriation, transferts de dividendes exonérés d’impôt, régime fiscal préférentiel pour certaines structures) mais dans un environnement très contrôlé.
Structures d’investissement autorisées et implications bancaires
Trois formes juridiques principales existent pour l’investissement étranger :
– Coentreprise (joint‑venture) : société par actions détenue conjointement par une entité cubaine et l’investisseur étranger.
– Contrat d’association économique internationale : contrat sans création de personne morale distincte, utilisé notamment pour l’exploitation de ressources naturelles, la gestion hôtelière ou certains projets agricoles.
– Entreprise à capital totalement étranger : autorisée dans des secteurs précis et après accord du Conseil des ministres, pouvant prendre la forme d’une filiale ou d’une succursale.
Ces entités peuvent ouvrir des comptes bancaires dans le système national et, sous autorisation de la banque centrale, à l’étranger. Elles bénéficient du droit d’importer et d’exporter directement, tout en étant encouragées à privilégier les achats locaux lorsque les prix sont compétitifs.
Les avantages fiscaux pour les coentreprises et associations incluent :
– Exonération d’impôt sur les bénéfices pendant les huit premières années (période prolongeable).
– Taux d’impôt sur les bénéfices de 15 % ensuite, avec possibilité de majoration jusqu’à 50 % pour les ressources naturelles.
– Exonération de taxe sur l’utilisation de la main‑d’œuvre, remises partielles sur les taxes de vente et de services, exonération de droits de douane sur certains équipements importés durant la phase d’investissement.
Cependant, le contexte financier complique la vie de ces structures, y compris pour les expatriés cadres ou associés :
Des blocages de comptes en devises et des difficultés à rapatrier dividendes ou paiements sont signalés. L’État priorise ces devises pour ses importations, pouvant retarder les paiements aux partenaires étrangers. L’absence de relations bancaires directes avec les États-Unis et la prudence des banques européennes imposent des circuits complexes, augmentant les délais et les coûts.
Pour les expatriés entrepreneurs ou cadres de telles sociétés, la prudence consiste à :
– Limiter les sommes laissées à long terme sur des comptes cubains.
– Prévoir des clauses contractuelles précises sur les paiements en devises, les comptes à l’étranger autorisés, et les mécanismes d’arbitrage en cas de litige.
– Maintenir une relation forte avec une banque internationale hors de Cuba (HSBC Expat, Standard Bank offshore, banques en ligne européennes ou asiatiques) pour sécuriser l’épargne personnelle.
Comptes à l’international, brokers et fintech : garder une base financière hors de Cuba
Face aux contraintes locales, la majorité des expatriés choisissent de conserver le cœur de leur patrimoine financier à l’extérieur du pays. Plusieurs options sont courantes :
Pour les résidents à Cuba ou les expatriés, plusieurs solutions existent pour gérer son argent à l’international, des comptes bancaires spécialisés aux plateformes de trading en ligne.
Ouverts auprès de grandes banques (HSBC, BNP Paribas International, etc.) dans des places financières comme Jersey ou Luxembourg. Idéal pour une gestion patrimoniale structurée.
Solutions comme Wise, Revolut ou N26 offrent des comptes multi-devises, des cartes à faibles frais et des transferts internationaux compétitifs, accessibles en ligne.
Accès via internet à des plateformes (IC Markets, Swissquote, XTB, etc.) pour trader actions, ETF, devises ou cryptomonnaies et gérer un portefeuille d’investissement.
Ces solutions ont plusieurs avantages dans une stratégie d’expatriation à Cuba :
– Elles permettent de diversifier en dehors du risque politique et de change cubain.
– Elles utilisent des standards de sécurité élevés (authentification à deux facteurs, chiffrement, normes réglementaires fortes comme ASIC, FCA, CySEC, etc.).
Elles n’effacent pas pour autant deux réalités :
Les virements internationaux directs (SEPA/SWIFT) vers ou depuis des comptes cubains de particuliers sont généralement impossibles, nécessitant le recours à des intermédiaires spécialisés. De plus, les expatriés doivent se conformer aux obligations déclaratives de leur pays d’origine, comme les déclarations FBAR et FATCA pour les résidents fiscaux américains dès que le solde cumulé de leurs comptes étrangers dépasse 10 000 USD.
Le tableau ci‑dessous illustre les différences fonctionnelles entre un compte local à Cuba et un compte international typique pour un expatrié.
| Caractéristiques | Compte cubain (CUP/MLC) | Compte bancaire / fintech international |
|---|---|---|
| Accès au réseau local de paiements | Oui (Transfermóvil, EnZona, cartes locales) | Non (sauf via cash ou remises) |
| Connexion aux réseaux Visa/Mastercard internationaux | Très limitée | Oui, pour paiements partout dans le monde |
| Risque politique / de change | Élevé, dépend des décisions de l’État | Diversifié selon juridiction |
| Facilité d’ouverture pour un expatrié | Faible à moyenne (résidence souvent nécessaire) | Élevée dans les pays d’origine ou juridictions offshore |
| Support multidevises | Oui (pour certains comptes MLC) | Oui, souvent plus large (USD, EUR, GBP, etc.) |
| Services d’investissement | Très limités | Étendus (bourses mondiales, ETF, fonds, etc.) |
La combinaison pertinente pour un expatrié consiste souvent à :
– Conserver son épargne et ses revenus principaux sur un ou plusieurs comptes internationaux.
– Utiliser une fintech (par exemple Wise ou Revolut) pour convertir à bon taux en USD ou EUR et retirer ces devises avant de se rendre à Cuba.
– Gérer sur place essentiellement du cash, en réservant la constitution d’un compte local aux besoins spécifiques (résidence permanente, achat de biens en MLC, investissements approuvés).
Fiscalité et obligations de déclaration : ne pas se laisser piéger par la « déconnexion » cubaine
Le caractère isolé du système financier cubain peut donner une illusion de « zone grise ». Il n’en est rien : la plupart des expatriés restent soumis aux lois fiscales de leur pays d’origine, même si Cuba n’est pas intégrée au standard d’échange automatique de données de l’OCDE (CRS) et que ses banques ne transmettent pas spontanément d’informations.
Pour les expatriés américains, par exemple :
Les résidents fiscaux américains doivent déclarer tous leurs revenus mondiaux, quelle que soit l’origine. Si le solde des comptes étrangers dépasse 10 000 USD, le dépôt du formulaire FBAR (FinCEN 114) est obligatoire. La loi FATCA implique un reporting automatique par de nombreuses institutions financières à l’étranger. Pour atténuer la double imposition, des mécanismes comme l’exclusion des revenus étrangers (FEIE) ou le crédit d’impôt étranger sont disponibles, en l’absence de convention fiscale entre les États-Unis et Cuba.
Pour les autres nationalités, les règles varient, mais plusieurs constantes demeurent :
Les résidents fiscaux à Cuba (séjour >183 jours, centre d’intérêts économiques) sont imposables sur leurs revenus de source cubaine, avec des taux progressifs pouvant atteindre 50 %. Les expatriés salariés y sont généralement soumis à un taux forfaitaire de 15 % sur ces mêmes revenus. Le pays d’origine peut aussi imposer les revenus mondiaux ; des mécanismes de crédit d’impôt ou des conventions (peu nombreuses à Cuba) visent à éviter la double imposition.
Enfin, pour les Cubains émigrés qui conservent le statut de résident permanent à Cuba, la loi fiscale interne prévoit : des dispositions spécifiques concernant leurs obligations fiscales et les revenus générés à l’étranger.
– Une taxe de 4 % sur les revenus perçus à l’étranger en l’absence de convention de double imposition.
– Une taxe de 15 % sur les revenus réalisés à Cuba.
– L’obligation de déclarer chaque année l’ensemble des revenus, quelle que soit leur source géographique.
Pour un expatrié installé à Cuba, organiser correctement la structure de ses comptes et la documentation de ses flux (contrats de travail, justificatifs de virements internationaux, attestations bancaires) simplifie considérablement la préparation de ses déclarations fiscales à moyen terme.
Sécurité, risques et bonnes pratiques pour gérer ses finances à Cuba
Au‑delà des chiffres et règlements, la gestion financière quotidienne dans un environnement comme Cuba repose aussi sur quelques réflexes de bon sens, qui s’appliquent aussi bien aux expatriés qu’aux entrepreneurs étrangers :
Pour opérer financièrement à Cuba de manière sécurisée, il est crucial de diversifier les lieux de détention des fonds et de ne pas immobiliser tout son capital sur des comptes cubains, surtout en devises, en raison des risques de gel (« corralito »). Il faut sécuriser le cash en utilisant plusieurs caches, en évitant de porter de grosses sommes, en recourant aux coffres d’hébergements fiables et en fractionnant les billets. Pour les projets, anticipez les besoins en MLC (Monnaie Librement Convertible) en planifiant l’approvisionnement des comptes et en surveillant les annonces réglementaires. Documentez systématiquement tous les flux (récépissés de change, confirmations de virement, contrats) pour justifier l’origine des fonds auprès des autorités fiscales de votre pays de résidence. Enfin, pour tout investissement ou création de société, l’appui d’un avocat local ou d’un cabinet spécialisé en droit commercial cubain est indispensable pour naviguer dans les délais d’autorisation, le rôle du MINCEX et la complexité des textes.
Enfin, rester informé est vital : les réformes monétaires et réglementaires se succèdent, entre nouvelles résolutions de la Banque centrale, ajustements de taux de change, création de nouveaux segments de marché ou modification des règles de gestion des devises. Suivre les médias officiels (Granma, Cubadebate, Mesa Redonda) mais aussi des observatoires indépendants (par exemple El Toque pour les taux informels, ou l’Observatoire des monnaies et finances de Cuba) permet de réajuster régulièrement sa stratégie financière.
Conclusion : une gestion financière fondée sur la résilience et la redondance
Gérer son argent à l’international lorsqu’on est expatrié à Cuba, c’est accepter de fonctionner avec plusieurs « couches » de systèmes qui ne communiquent presque pas entre eux : un système bancaire cubain public, partiellement dollarisé et très contrôlé, un écosystème global de banques et de fintech offrant flexibilité et services haut de gamme, et un marché informel où se négocient quotidiennement taux de change, transferts de cash et solutions improvisées.
Pour un expatrié, la clé est de construire une architecture financière résiliente :
Pour une gestion financière efficace à Cuba, il est conseillé de maintenir l’essentiel de son épargne sur un ou plusieurs comptes internationaux solides (banque traditionnelle ou fintech). Sur place, gérez prudemment le cash en utilisant de manière ciblée les pesos cubains (CUP), les pesos convertibles (MLC) et les devises fortes. N’ouvrez des comptes locaux que si votre statut de résident, la durée de votre séjour et vos projets (investissement immobilier en zone touristique, création d’entreprise ou coentreprise) le justifient pleinement, tout en acceptant le risque politique inhérent. Enfin, assurez une veille juridique et fiscale constante pour respecter vos obligations envers votre pays d’origine tout en profitant des solutions de transfert et de protection disponibles.
Dans un pays décrit par ses propres responsables comme évoluant dans une économie de « temps de guerre », la finance de l’expatrié ne peut pas être laissée au hasard. Elle demande préparation, flexibilité, et surtout la capacité de s’adapter rapidement aux changements de règles – qu’ils viennent de La Havane, de Washington ou de son propre pays d’origine.
Un futur retraité de 62 ans, disposant de plus d’un million d’euros de patrimoine financier bien structuré en Europe, souhaite transférer sa résidence fiscale à Cuba pour optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements, tout en gardant un lien avec la France. Budget alloué : 10 000 € pour l’accompagnement complet (conseil fiscal international, formalités migratoires, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.
Après analyse de plusieurs destinations attractives (Portugal, République dominicaine, Panama, Uruguay), la stratégie retenue consiste à cibler Cuba pour son coût de vie nettement inférieur à la France, la possibilité d’y organiser un statut de résident à dominante touristique/retirado, et la diversification géopolitique hors UE. La mission comprend : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax, conventions internationales applicables), obtention du titre de séjour, organisation de la couverture santé locale/privée, transfert de la résidence bancaire hors de France, plan de rupture des liens fiscaux français (183 jours/an hors France, centre des intérêts économiques), mise en relation avec un réseau local francophone/anglophone et intégration patrimoniale (analyse, restructuration et sécurisation via juridictions stables si nécessaire).
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