S’installer au Groenland, c’est accepter un choc thermique… et un choc culinaire. Ici, 80 % du territoire est recouvert de glace, l’agriculture reste marginale, les routes entre villes n’existent pas, et pourtant la table est incroyablement riche en histoires, en saveurs extrêmes et en rituels sociaux. Pour un expatrié, comprendre la gastronomie locale est l’une des clés pour s’intégrer, bien se nourrir et éviter quelques faux pas culturels.
Ce guide détaille les aspects concrets de l’alimentation sur place : les plats traditionnels et leur disponibilité, les prix à prévoir, comment commander, les considérations sanitaires, et comment équilibrer produits locaux, importations et régimes spécifiques comme le végétarisme.
Comprendre l’ADN de la cuisine groenlandaise
Pendant au moins 4 500 ans, la survie au Groenland a reposé sur la chasse. La mer, les glaces et la toundra dictaient le menu : mammifères marins, poissons, oiseaux, rennes, bœufs musqués. Jusqu’aux années 1980, dans beaucoup de régions, la quasi‑totalité de l’énergie alimentaire provenait d’aliments animaux locaux. Les légumes et les fruits n’étaient qu’une parenthèse estivale, cueillis à l’état sauvage.
Aujourd’hui, la cuisine est devenue un mélange complexe entre ce socle inuit et des influences danoises, britanniques, américaines et canadiennes. Les supermarchés regorgent de pâtes, chips, biscuits, sodas, viandes importées. Mais dans les villages, sur les buffets traditionnels et lors des grandes fêtes, on retrouve encore le cœur de la gastronomie groenlandaise : phoque, baleine, renne, poisson séché, baies arctiques, café hyper sucré, gâteaux à la crème.
Pour s’y retrouver, il faut garder trois idées en tête :
L’alimentation repose historiquement sur la mer comme principale source de nourriture, avec une cuisine riche en protéines et graisses mais pauvre en glucides. Elle constitue à la fois un marqueur culturel fort, un enjeu de santé publique et un sujet politique.
Le plat national : la soupe suaasat
Impossible de parler cuisine groenlandaise sans évoquer suaasat, la soupe nationale. À l’origine, c’est un bouillon simple de viande de phoque – parfois de baleine, de renne ou d’oiseau de mer – enrichi d’oignons et de pommes de terre, assaisonné seulement de sel, de poivre ou de feuille de laurier. La soupe est épaissie avec du riz ou de l’orge mis à tremper la veille.
C’est un plat de confort, servi aussi bien à Noël qu’au quotidien, qui illustre bien la transition alimentaire : le phoque est un ingrédient inuit ancestral, mais le riz, les pommes de terre et l’oignon sont arrivés avec la colonisation danoise.
Mattak : la « gomme à mâcher » groenlandaise
Autre icône : mattak, la peau crue de narval ou de béluga avec sa couche de lard. Coupé en petits cubes et servi souvent nature ou avec du sel ou de la sauce soja, c’est une spécialité inuit hautement symbolique. Sur le plan nutritif, c’est l’une des rares sources traditionnelles de vitamine C, essentielle dans un environnement pauvre en fruits et légumes. Sur le plan sensoriel, la texture est très ferme, d’où son surnom de « chewing-gum groenlandais ».
Pour un expatrié, accepter de goûter le mattak (peau de baleine crue) lors d’un buffet ou d’un kaffemik (café-gâteau traditionnel) est souvent perçu comme un geste de respect envers la culture locale.
Une cuisine façonnée par le climat
Dans un climat où l’hiver dure la majeure partie de l’année, les besoins énergétiques sont élevés. Historiquement, l’alimentation se composait donc de viandes très grasses, de poissons riches en oméga‑3 et de produits fermentés, peu de fibres et presque pas de glucides. Une expédition scientifique menée dans les années 1930 avait estimé qu’un régime traditionnel strict fournissait environ 41 % de l’énergie sous forme de protéines, 49 % de graisses, et seulement 10 % de glucides.
Aujourd’hui, avec les importations, la donne a changé, mais la culture culinaire garde cette logique de « carburant pour le froid ».
Produits de la mer : le vrai garde‑manger du Groenland
Le Groenland est souvent décrit comme une « ferme de la mer ». La mer fournit la majorité des aliments locaux : poissons, crustacés, mollusques et mammifères marins. C’est dans ce réservoir que se joue l’équilibre économique du pays, mais aussi le quotidien alimentaire.
Poissons et fruits de mer à découvrir
Sur les étals et dans les menus, vous croiserez souvent : les produits de saison, les spécialités locales, les plats faits maison et les ingrédients frais.
| Produit | Particularités culinaires | Où on le retrouve souvent |
|---|---|---|
| Flétan du Groenland | Poisson gras, chair blanche, très prisé | Buffets, restaurants à Ilulissat, Nuuk |
| Morue (Atlantique, locale) | Poêlée, séchée, fumée | Marchés, buffets, snacks de rue |
| Capelan (ammassat) | Petit poisson séché, très courant | Collations, plats traditionnels |
| Saumon, omble arctique | Poisson noble, parfois en ceviche ou fumé | Gastronomie (Sarfalik, Icefjord, KOKS) |
| Crabe des neiges | Immenses pinces, goût fin | Restaurants à Ilulissat, Nuuk |
| Crevettes groenlandaises | Fierté nationale, producteur mondial n°1 | Surimi, crevettes cuites surgelées, tapas |
| Moules bleues | Cueillies à marée basse, parfois cuites à l’eau de mer | Sorties nature, petites auberges |
Les crevettes d’eaux froides sont un pilier de l’export (près de la moitié de la valeur des exportations de produits de la mer). Localement, vous les retrouverez dans des salades, sur des smørrebrød (sandwichs ouverts danois) ou en tapas.
Dried cod – la morue séchée à l’air libre – est un autre incontournable : croquante, salée, très protéinée, elle se grignote comme un snack.
Mammifères marins : phoque, baleine, narval
Pour qui vient d’Europe ou d’Amérique du Sud, la présence de viande de phoque ou de baleine peut être déroutante. Ici, ce sont des piliers alimentaires, culturels et économiques.
Le phoque est considéré comme un « gibier marin » : sa viande, sombre et riche en fer, se rapproche de celle du gibier terrestre (élan, cerf). Elle se prépare bouillie, grillée, séchée, confite ou en ragoût. La baleine est consommée en steak poêlé, fumée (comme l’arfivik, du rorqual boréal servi avec oignons et pommes de terre), séchée en « jerky », ou dans des tartares (tartarmiut). Le narval et le béluga sont principalement appréciés pour leur mattak (peau et graisse).
La chasse à la baleine pratiquée par les Inuits est encadrée par des quotas internationaux au titre de la « chasse de subsistance autochtone ». Une partie des animaux chassés est autoconsommée, une autre commercialisée via des entreprises comme Arctic Green Food qui congèlent et distribuent la viande.
Pour un expatrié, comprendre cette dimension est essentiel avant d’émettre un jugement moral en public.
Préparations et fermentations extrêmes
Les méthodes traditionnelles de conservation – séchage, fermentation, congélation naturelle – façonnent aussi le goût :
– Poisson séché au vent, sans sel.
– Graisses fermentées utilisées comme sauce.
– Amassat (poisson séché/fermenté).
– Et, à l’extrême, kiviaq, ces oiseaux de mer (petits pingouins) fermentés dans une peau de phoque pendant plusieurs mois. Ce mets reste très rare, essentiellement présent dans quelques communautés de chasseurs.
En tant qu’expatrié, vous ne serez pas forcé d’y goûter. Mais savoir ce que c’est évite les malentendus.
Viandes terrestres, oiseaux et plantes sauvages
Si la mer domine, la terre arctique offre, elle aussi, des trésors. Ils sont moins visibles dans les supermarchés que dans les buffets traditionnels, chez les chasseurs ou dans la haute gastronomie.
Renne, bœuf musqué, agneau du sud
Parmi les viandes les plus courantes :
| Viande | Goût & usage culinaire | Où la trouver |
|---|---|---|
| Renne (caribou) | Goût de gibier, livers parfois consommés crus après la chasse | Buffets, marchés, restaurants (Ilulissat, Nuuk) |
| Bœuf musqué | Chair sombre, maigre, très parfumée, souvent saignante | Burgers, tartares, menus gastronomiques |
| Agneau du Sud | Goût doux, animaux élevés en liberté | Restaurants à Narsaq, Qaqortoq, buffets |
Le sud du pays, plus doux, accueille la petite agriculture : quelques dizaines de fermes, surtout ovines. L’agneau y gagne une réputation de viande de haute qualité. Les productions restent modestes : la majeure partie du fourrage est encore importée, et le secteur ne compte qu’une trentaine d’exploitations.
Gibier à plumes et œufs sauvages
Vingt et une espèces d’oiseaux peuvent être chassées légalement, avec des restrictions selon les saisons et les régions : eiders, guillemots, mouettes, mergules, lagopèdes (ptarmigan).
Une volaille de petite taille, au plumage blanc l’hiver, dont la chair rouge peut être rôtie, bouillie ou parfois consommée crue. Anecdote étonnante : les contenus du gésier, bourrés de baies, sont parfois utilisés pour aromatiser une eau‑de‑vie locale, le « schnaps de lagopède ».
Le lagopède
Les œufs sauvages, eux, peuvent être prélevés avec parcimonie par certains chasseurs.
Baies, herbes et légumes… rares mais précieux
En revanche, la flore comestible est limitée, mais très valorisée :
Découvrez les principales plantes et baies traditionnellement utilisées dans les régions arctiques, cueillies et conservées pour leurs bienfaits.
Myrtilles, camarines noires, airelles et baies de genièvre, récoltées à la fin de l’été pour leur richesse en vitamines.
Angélique, racine de roseroot, liseron arctique et thé boréal, utilisées pour leurs propriétés nutritives et curatives.
Algues séchées et soigneusement stockées pour constituer une réserve alimentaire essentielle durant l’hiver.
Ces végétaux servent à agrémenter les viandes et poissons, à faire des confitures, des compotes, des glaces, des liqueurs ou des tisanes. Un « saladier groenlandais » typique regroupe pommes, baies locales et crumble croustillant.
Avec le réchauffement climatique, la saison de croissance en Afrique… pardon, au Groenland… s’allonge légèrement, surtout dans le sud. On y cultive désormais pommes de terre, choux, quelques carottes, voire des brocolis en expérimentation. Des initiatives modernes comme Greenlandic Greenhouse à Nuuk produisent salades et herbes en hydroponie, sous LED, toute l’année.
De la soupe à la haute gastronomie : où manger au Groenland
En tant qu’expatrié, vous passerez une bonne partie de votre temps entre deux univers : les supermarchés (cher mais indispensables) et une poignée de restaurants qui revisitent ces produits bruts.
Les supermarchés : Brugseni, Pisiffik, Pilersuisoq
Dans les grandes villes, vous croiserez trois enseignes principales :
| Chaîne | Profil | Points clés pour expatriés |
|---|---|---|
| Pisiffik | Grande distribution « à la danoise » | Large choix de produits importés, bakery, gros flux de clients |
| Brugseni | Coopérative locale | Rayons bio, surgelés, partenariat avec blogueuse culinaire pour légumes surgelés |
| Pilersuisoq | Présent jusque dans les villages isolés | Prix uniformisés, mission de service public plutôt que profit |
Les rayons sont dominés par les produits importés (pâtes, biscuits, sodas, viandes européennes), mais il existe souvent une petite section « groenlandaise » avec poisson séché, viandes locales surgelées, parfois du mattak ou de la viande de baleine en barquette.
Les prix peuvent surprendre : un concombre frais se vend facilement entre 4 et 6 dollars, le poulet peut atteindre 45 dollars la pièce. Les fruits et légumes coûtent en moyenne 4 à 6 fois plus cher qu’au Danemark. En revanche, l’eau du robinet est potable et gratuite partout, et certains produits de base restent correctement tarifés.
Les marchés de chasseurs : Kalaaliaraq et autres
Pour toucher du doigt la culture culinaire traditionnelle, il faut visiter un marché de chasseurs. Le plus célèbre est Kalaaliaraq, « le petit Groenlandais », à Nuuk. Ce marché est à la fois un étalage de produits bruts – filets de flétan, carcasses de rennes, quartiers de phoque, parfois viande d’ours polaire – et un lieu de sociabilité où l’on discute chasse, météo, politique locale.
Les autorités sanitaires surveillent ces marchés où l’hygiène peut différer des supermarchés : la viande est souvent exposée sans réfrigération. Des zoonoses comme la trichinose peuvent être transmises par de la viande d’ours ou de phoque insuffisamment contrôlée. Bien que la population locale ait de l’expérience, les expatriés doivent suivre les recommandations officielles, particulièrement les femmes enceintes et les jeunes enfants.
Dans les petites villes et villages, des stands improvisés sur le port ou une simple table pliante peuvent faire office de « marché ». On y achète au comptant (prévoir des couronnes danoises), parfois directement depuis le bateau.
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, nombre de cartes de restaurants mêlent burgers, pizzas, curry thaï et quelques plats locaux. Les habitants, saturés du phoque de leur enfance, affectionnent volontiers le poulet frit ou les nouilles sautées. Pour un expatrié, cela offre un sas de transition.
Dans les grandes villes et les pôles touristiques, on trouve cependant une vraie mise en valeur de la cuisine groenlandaise.
Nuuk, capitale gastronomique en devenir
Dans la capitale, la scène culinaire se densifie :
Plusieurs établissements à Nuuk proposent une cuisine intégrant des produits locaux du Groenland. Le restaurant Sarfalik, à l’hôtel Hans Egede, offre une gastronomie contemporaine d’inspiration française et italienne utilisant du renne, du flétan, du bœuf musqué, ainsi que des baies et herbes locales. Dans le même hôtel, A Hereford Beefstouw, sur le modèle d’un steakhouse, inclut des côtes de renne ou de bœuf musqué à sa carte. Le Café Inuk sert des burgers de renne, des soupes de poisson et des tartares de bœuf musqué, avec vue sur le fjord. Enfin, des cafés comme le Cafetuaq, au centre culturel Katuaq, proposent des assiettes de « tapas groenlandaises » composées de mini hot-dogs de bœuf musqué, de salades de coquillages, de crevettes locales et de saumon mariné.
Les prix restent élevés, mais ils reflètent le coût d’importation des ingrédients non locaux et la logistique complexe.
Ilulissat, vitrine culinaire de la baie de Disko
À Ilulissat, principal hub touristique, la restauration est étonnamment variée :
Découvrez une sélection de restaurants et d’expériences culinaires uniques à Ilulissat, où les produits locaux du Groenland rencontrent des techniques et des saveurs du monde entier.
Dégustez un ceviche de cabillaud, du renne local et des desserts aux pommes. L’établissement possède son propre fumoir sur place pour une authenticité des saveurs.
Vivez une expérience gastronomique avec un menu dégustation pouvant aller jusqu’à 15 services. Découvrez le lagopède, les baies de camarine et une réinterprétation haute cuisine du *mattak* (peau de baleine).
Symbole du croisement entre global et local, ce café sert aussi bien des currys sri-lankais que des steaks de baleine ou de renne.
Une immersion dans la cuisine traditionnelle. Ces buffets, organisés régulièrement (ex: hôtels Hvide Falk ou Mamartut), présentent phoque, baleine, flétan fumé, crabe des neiges, renne au four et le ragoût *suaasat*.
Buffets traditionnels et expériences « fish & dish »
Plusieurs hôtels et restaurants à travers le pays proposent un buffet groenlandais hebdomadaire :
– Hotel Sisimiut à Sisimiut, toute l’année.
– Restaurant Roklubben à Kangerlussuaq, la majeure partie de l’année.
– De nombreux hôtels à Ilulissat, en été.
L’assiette-type y rassemble : mattak, phoque bouilli, morue séchée, flétan fumé, crevettes, œufs de lompe, renne rôti, bœuf musqué, soupe suaasat, parfois viande de baleine ou d’oiseau.
Autre formule appréciée : les expériences « fish & dish » comme Qooqqut Nuan dans le fjord de Nuuk. On part pêcher cabillaud ou sébaste en bateau, puis le restaurant du fjord cuisine votre prise. Une immersion parfaite pour comprendre le lien direct entre mer et assiette.
Haute cuisine nordique : l’exemple de KOKS
Le restaurant deux étoiles KOKS, originaire des îles Féroé, a posé ses casseroles à Ilimanaq le temps de plusieurs saisons estivales. Son principe : un menu dégustation de 17 à 20 plats qui n’utilise quasiment que des produits groenlandais – poissons, renne, bœuf musqué, baies, herbes, algues – interprétés à la manière de la nouvelle cuisine nordique.
Même si ce type d’adresse reste ultra‑luxueux, il témoigne d’un mouvement de fond : la revalorisation internationale des produits inuits.
Budget, approvisionnement et vie quotidienne
Vivre au Groenland coûte cher, et la nourriture en est un bon indicateur. En tant qu’expatrié, vous devrez arbitrer entre sorties au restaurant, cuisine maison à partir de produits importés, et opportunités d’acheter local à moindre coût via la chasse et la pêche – directement ou via les marchés.
Prix : accepter le choc
Quelques repères issus d’observations et de reportages :
| Produit / Service | Prix approximatif |
|---|---|
| Cucumber frais en supermarché | 4–6 USD pièce |
| Repas simple dans un café à Ilulissat | 150–200 DKK (20–27 €) |
| Menu 3 services dans un restaurant semi‑gastronomique | 500–700 DKK (65–95 €) |
| Buffet groenlandais dans un hôtel | ≈ 445 DKK (≈ 60 €) |
| Café cappuccino à Ilulissat | ≈ 40 DKK |
| Tapas groenlandaises (plateau dégustation) | 200–215 DKK |
Les aliments importés, surtout les légumes frais et l’alcool, sont particulièrement onéreux. Les produits locaux achetés directement aux chasseurs peuvent, eux, être étonnamment abordables au regard de leur qualité, mais ils demandent une certaine familiarité avec les produits bruts (découpe, conservation, préparation).
Logistique : bateaux, avions et congélateurs
L’approvisionnement varie fortement selon le lieu :
À Qaanaaq, au nord extrême du Groenland, certains cargos n’approvisionnent la localité que deux fois par an.
La plupart des familles disposent d’un grand congélateur pour stocker la viande et le poisson issus de la chasse/ pêche estivale. Pour un expatrié qui reste plusieurs années, investir dans un congélateur peut avoir du sens si l’on développe un réseau de chasseurs ou qu’on congèle du poisson acheté en saison.
Self‑catering : bien manger sans se ruiner
Beaucoup d’expatriés combinent :
– des courses en supermarché (Brugseni, Pisiffik, Pilersuisoq),
– de temps en temps des achats au marché de chasseurs,
– quelques sorties au restaurant,
– et des pique‑niques à base de poisson fumé, pain local et baies.
Les supermarchés proposent aussi une offre de plats préparés : salades de pâtes, smørrebrød garnis de flétan ou de crevettes, petites barquettes de flétan fumé ou de morue séchée. C’est un bon moyen de goûter à la cuisine locale sans cuisiner du phoque entier sur votre plan de travail.
Santé, nutrition et controverses
La gastronomie groenlandaise n’est pas qu’une affaire de goût. C’est aussi un terrain de débat scientifique et politique.
Atouts nutritionnels du régime traditionnel
Les études montrent que le régime traditionnel inuit, riche en poissons gras et mammifères marins, apporte :
– des oméga‑3 à longue chaîne (EPA, DHA, DPA), bénéfiques pour le cœur et le cerveau,
– beaucoup de protéines de haute qualité,
– des minéraux essentiels (fer, zinc, sélénium, iode),
– des vitamines A, B, D, et un peu de vitamine C via le mattak.
Certains chercheurs suggèrent que ce profil nutritif pourrait avoir des effets protecteurs contre l’inflammation et les maladies cardiovasculaires, même si d’autres facteurs (génétique, activité physique traditionnelle) jouent également.
Les risques : sucre, graisses saturées, polluants
La transition vers une alimentation occidentale a toutefois un coût sanitaire. Dans les années 2005–2010, les enquêtes alimentaires montraient qu’une large majorité d’adultes dépassaient les recommandations en sucres ajoutés (jusqu’à 70 % des gens) et en graisses saturées, tout en consommant trop peu de fibres et de glucides complexes. Depuis, les sodas, chips, bonbons et viandes industrielles ont continué à gagner du terrain.
La prévalence de l’obésité est estimée autour de 28 % dans l’Arctique, reflétant une forte augmentation.
Par ailleurs, la chair de mammifères marins accumule des polluants persistants (POP) et des métaux lourds comme le mercure, surtout concentrés dans la graisse. Les autorités sanitaires recommandent donc aux femmes enceintes, enfants et adolescents de limiter la consommation de certaines espèces (ours polaire, baleines à dents, phoques âgés, oiseaux marins) et de privilégier le poisson et les mammifères terrestres.
Entre tradition et modernité : trouver un équilibre
Pour un expatrié, l’enjeu est de composer avec plusieurs dimensions :
Pour une alimentation saine au Nunavut, il est recommandé de découvrir sans juger les aliments traditionnels comme le phoque ou la baleine, en comprenant leur place culturelle. Il faut également rester attentif à sa santé en évitant de basculer vers une alimentation déséquilibrée (comme les chips et les sodas) sous prétexte que les légumes importés sont coûteux. Enfin, il convient de profiter des atouts nutritionnels locaux : les poissons gras riches en oméga-3, les baies sauvages antioxydantes, les viandes maigres de gibier et les herbes arctiques.
Les autorités groenlandaises ont d’ailleurs adopté une politique alimentaire qui encourage la consommation d’aliments locaux peu contaminés (poissons, renne, bœuf musqué, baies, algues, herbes), tout en tentant de limiter l’afflux de produits ultra‑transformés à forte densité énergétique.
Être végé ou végan au Groenland : possible, mais pas partout
Le Groenland n’est pas, par nature, une destination pensée pour le végétarisme ou le véganisme. Historiquement, l’écosystème ne permettait pas un régime basé sur les plantes. Aujourd’hui, dans la capitale au moins, c’est techniquement possible, mais cela reste un choix culturellement marginal.
Nuuk : une bulle végane relative
À Nuuk, les grands supermarchés proposent une large gamme d’alternatives végétales importées : boissons végétales, substituts de fromage, yaourts, glaces et chocolats végans, marques spécialisées nordiques. Certains cafés et restaurants affichent au moins une option végétarienne ou végane, en particulier dans les adresses plus internationales ou asiatiques.
Il est possible de vivre plusieurs mois en Antarctique sans consommer de produits animaux, mais cela implique un budget alimentaire conséquent et une empreinte carbone élevée, car toute la nourriture doit être importée.
Villages et petites villes : mission presque impossible
En revanche, dès que l’on s’éloigne de Nuuk, le tableau change radicalement. Dans de petites localités comme Narsarsuaq, Kangerlussuaq, Kulusuk ou Tasiilaq, même obtenir des légumes frais peut devenir un défi, surtout en fin d’hiver. La plupart des restaurants, lorsqu’ils existent, n’affichent pas d’options végétariennes structurées. Les plats tournent autour du poisson et de la viande.
Pour un expatrié végétarien ou végan en poste hors de la capitale, il faudra généralement :
– négocier avec son employeur (cantine, approvisionnement),
– prévoir des commandes de produits secs longue conservation,
– accepter une part de compromis selon les saisons.
Dimension culturelle et écologique du débat
Au‑delà de la faisabilité pratique, le débat sur le véganisme touche à des questions d’identité et de durabilité. Beaucoup de Groenlandais et de chercheurs rappellent qu’un régime entièrement végétalien, basé sur des imports massifs depuis l’Europe, n’est pas nécessairement « plus durable » dans le contexte arctique que la consommation de phoque, de baleine ou de renne chassés localement.
Ces pratiques traditionnelles représentent un mode de subsistance, un patrimoine culturel et un système alimentaire potentiellement sobre en carbone. Une approche moralisatrice peut nuire au dialogue et entraîner la perte de savoir-faire. Une réflexion nuancée, intégrant les dimensions sanitaires et environnementales, est préférable pour aborder ces sujets.
Codes sociaux autour de la table : ne pas se tromper
Pour un expatrié, la table est un lieu clé pour tisser des liens. Quelques repères aident à éviter les faux‑pas.
Le kaffemik : l’invitation à ne jamais refuser à la légère
Le kaffemik est une institution : une fête à la maison pour un anniversaire, une naissance, un déménagement, un diplôme… La porte reste ouverte pendant des heures, les invités vont et viennent. Le café coule à flots, accompagné de gâteaux maison, parfois de poissons fumés, de viande de renne, voire de crabe royal si la famille en a les moyens.
Refuser systématiquement de goûter un plat peut être perçu comme impoli. En cas de restriction alimentaire (religieuse, médicale ou éthique), il est préférable de l’expliquer calmement et de proposer de goûter d’autres éléments comme le pain ou le café. L’hospitalité groenlandaise étant très généreuse, un refus clair est généralement respecté sans insistance.
Humour, retenue et compétition
La culture sociale groenlandaise valorise : l’importance de la communauté, le respect de la nature et les traditions ancestrales, ainsi qu’un mode de vie en harmonie avec l’environnement. Les échanges intergénérationnels et le partage des connaissances sont également essentiels.
– la discrétion dans les émotions en public,
– l’indépendance (on n’offre pas spontanément son aide pour ne pas infantiliser l’autre),
– un humour plutôt physique et bon enfant, moins porté sur le sarcasme.
Autour de la nourriture, une certaine décontraction est de mise : il est acceptable de rire gentiment si un expatrié a du mal avec un morceau de mattak, à condition que ce rire soit partagé. En revanche, les critiques frontales des plats traditionnels, surtout si elles sont formulées comme un jugement moral, sont mal perçues.
Quelques mots utiles
Même si beaucoup de Groenlandais parlent anglais et danois, quelques mots de groenlandais peuvent faire la différence au marché ou chez l’habitant :
| Mot groenlandais | Signification |
|---|---|
| puisi | phoque |
| tuttu | caribou / renne |
| umimmak | bœuf musqué |
| eqaluk | hareng |
| mattak | peau de baleine |
| pilluarit | félicitations |
Par ailleurs, sur les étiquettes de produits importés, les ingrédients sont généralement en danois, avec les allergènes d’origine animale souvent en gras.
Agriculture, pêche et durabilité : l’envers du décor
Vivre au Groenland, c’est aussi s’immerger dans un pays où la pêche représente l’essentiel des exportations (jusqu’à 93 % de la valeur), où l’agriculture se résume à une poignée de fermes, et où les choix alimentaires ont des implications géopolitiques.
Pêche : entre industrie mondialisée et savoirs locaux
La pêche aux crevettes, flétans et morues constitue le pilier économique du pays. Des entreprises comme Royal Greenland, propriété de l’État, gèrent flottes industrielles et usines à terre, tandis qu’environ 2 000 pêcheurs côtiers exploitent des petits bateaux pour vendre leurs captures aux usines ou sur les marchés.
Les pêcheries de crevettes de l’ouest et de flétan offshore sont certifiées MSC. Cette certification impose des conditions strictes : fermeture de zones au chalutage pour protéger les écosystèmes profonds, utilisation de systèmes de suivi satellite, et application de règles « move‑on » obligeant les navires à quitter une zone en cas de captures excessives d’éponges ou de coraux.
Pour l’expatrié consommateur, ces labels sont un repère : privilégier les produits issus de pêcheries certifiées contribue à soutenir une gestion plus durable de la ressource.
Agriculture : un laboratoire arctique
L’agriculture, encore marginale, est en pleine phase d’expérimentation :
Malgré un climat arctique, certaines régions du Groenland développent une agriculture locale adaptée, principalement dans le sud et via des technologies modernes.
Cultivées dans les régions de Narsaq, Qaqortoq et Nanortalik. Incluent pommes de terre, choux, navets et carottes.
Développées à Nuuk et dans quelques autres villes pour permettre une production locale hors-sol et protégée des éléments.
Petits troupeaux de races rustiques, comme la Galloway, sont élevés à titre expérimental pour la production de viande.
Les enjeux sont multiples : réchauffement climatique qui allonge la saison végétative mais multiplie les épisodes extrêmes (sécheresse, redoux hivernaux), sols pauvres en nutriments, coûts logistiques élevés, absence de législation stricte sur l’importation de matériel végétal (avec risque d’introduction de ravageurs).
À moyen terme, l’objectif affiché est de renforcer la souveraineté alimentaire et de réduire la dépendance aux importations de légumes qui, pour deux tiers, sont parfois gaspillés en route à cause de la casse logistique.
Conseils pratiques pour bien manger en tant qu’expatrié
Après ce long tour d’horizon, quelques lignes directrices peuvent aider à structurer votre alimentation sur place, sans prétendre à un modèle universel.
1. Accepter l’originalité du contexte
Le Groenland n’est ni Copenhague, ni Paris, ni Montréal. Un bon équilibre alimentaire ici ne ressemblera pas à celui d’un pays tempéré. Intégrer une part de produits locaux – poisson, renne, bœuf musqué, baies, herbes – est non seulement plus durable mais souvent plus sain que de construire tout son régime sur des aliments transformés importés.
2. Profiter des poissons gras et des baies
Essayez d’intégrer plusieurs fois par semaine :
– Flétan, saumon, omble arctique, crevettes locales.
– Baies sauvages (fraîches en fin d’été, surgelées le reste de l’année si vous en trouvez).
Ces aliments concentrent la plupart des bénéfices nutritionnels du régime traditional, sans exposer trop fortement aux polluants des grands mammifères marins.
3. Tester les buffets traditionnels… avec curiosité et mesure
Un buffet groenlandais dans un hôtel ou un restaurant est une excellente porte d’entrée pour goûter une grande variété de produits en petites quantités : mattak, phoque, renne, morue séchée, crabe des neiges, etc. C’est aussi un moyen de repérer ce que vous aimez vraiment et ce qui vous rebute.
4. Construire un réseau local
Si vous restez plusieurs années, tisser des liens avec des collègues chasseurs ou pêcheurs peut transformer votre alimentation : accès à du poisson ultra‑frais, partage de recettes, invitations à des kaffemik ou à des sorties de pêche. C’est aussi un moyen de mieux comprendre les enjeux locaux de durabilité.
5. Rester vigilant sur le sucre et les sodas
Les supermarchés sont très bons pour vendre des sodas, des chips et des bonbons, comme partout. Les études montrent déjà les dommages de cette nouvelle « modernité ». S’astreindre à garder ces produits comme des extras, et non des aliments de base, est un choix particulièrement pertinent au Groenland, où l’activité physique quotidienne a diminué plus vite que la consommation d’énergie sucrée.
En guise de conclusion (sans tirer de trait)
Découvrir la gastronomie du Groenland en tant qu’expatrié, c’est sortir de la zone de confort. Entre un morceau de phoque bouilli, un café flambé au whisky, une soupe de suaasat brûlante face à la banquise et un plateau de tacos de bœuf musqué dans un bistro de Nuuk, le pays offre un spectre culinaire bien plus large que son image de désert glacé.
On peut choisir d’y voir un simple exotisme. Mais en s’y plongeant vraiment, on découvre un système alimentaire complet, qui raconte :
L’alimentation des Inuits illustre plusieurs phases historiques : des siècles d’adaptation à un milieu extrême basée sur la chasse et la pêche, suivis de trois cents ans de colonisation et de standardisation alimentaire introduisant des produits importés. Cette évolution a connu une transition rapide vers une consommation accrue de sucre, de gras industriel et un mode de vie sédentaire, contribuant à des problèmes de santé publique. Aujourd’hui, une tentative est en cours pour concilier les traditions alimentaires inuites, les exigences sanitaires modernes et les critères globaux de durabilité.
Pour un expatrié, s’ouvrir à cette complexité, écouter les récits des chasseurs, des cuisiniers, des nutritionnistes, goûter sans juger, s’informer sans se fermer, est sans doute la meilleure recette pour que la table devienne un vrai lieu d’intégration au Groenland – et pas seulement un poste budgétaire douloureux.
Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale pour optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements, tout en conservant un lien fort avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour un accompagnement complet (conseil fiscal, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.
Après analyse de plusieurs destinations attractives (Groenland, Islande, Portugal, Norvège), la stratégie retenue a consisté à cibler le Groenland, territoire associé au Danemark, pour bénéficier d’une fiscalité personnellement plus avantageuse dans son cas (taux effectif réduit sur les revenus de retraite et financiers, absence d’impôt sur la fortune), d’un coût de la vie plus prévisible et d’un environnement stable. La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax, reports d’imposition), obtention de la résidence locale avec location longue durée, gestion de la couverture santé (coordination CNAS/CPAM et régime danois), transfert de résidence bancaire, plan de rupture des liens fiscaux français (183 jours/an hors de France, centre des intérêts économiques), mise en relation avec un réseau local bilingue (avocat, immigration, intégration) et intégration patrimoniale globale (analyse et restructuration ciblée).
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