S’installer en Belgique, que ce soit pour étudier, travailler, rejoindre un·e partenaire ou demander l’asile, est souvent une aventure excitante. Mais derrière les clichés sur les frites, la bière et le chocolat, beaucoup de nouveaux arrivants découvrent une réalité moins glamour : le mal du pays. Entre climat gris, langue inconnue, codes sociaux déroutants et sentiment d’isolement, la nostalgie de “chez soi” peut vite devenir envahissante.
Cet article propose un guide pratique, basé sur des recherches concernant la solitude et l’intégration en Belgique. Il vise à aider le lecteur à mieux comprendre son vécu et à découvrir des actions concrètes à mettre en œuvre au quotidien pour que la Belgique devienne un endroit où l’on se sent véritablement chez soi.
Comprendre le mal du pays dans le contexte belge
Le mal du pays n’est pas un caprice ni un signe de faiblesse. Les psychologues parlent parfois d’“anxiété de séparation” : une réaction émotionnelle normale face à la perte de repères, de liens et de routines. Les études montrent que, dans leur première année à l’étranger, entre 20 % et 90 % des expatriés ressentent une forme de mal du pays, et que près de 70 % des étudiants internationaux se disent homesick dès la première semaine.
En Belgique, ces ressentis se mêlent souvent à d’autres facteurs spécifiques.
Climat, lumière et moral : un trio sensible
La Belgique a un climat maritime tempéré : hivers plutôt doux, étés frais, mais surtout beaucoup de pluie et de nuages. Bruxelles compte environ 190 jours de pluie par an. En hiver, la lumière est particulièrement rare : la première quinzaine de décembre 2024, le pays n’a enregistré qu’environ six heures de soleil au total. Sans surprise, la période hivernale est souvent citée comme un moment où le mal du pays et la morosité s’intensifient.
La combinaison d’un temps perçu comme déprimant, de symptômes proches de la dépression saisonnière, de l’éloignement familial pendant les fêtes et de l’apprentissage d’une nouvelle langue peut conduire à un mal du pays durable s’il n’est pas pris au sérieux.
Solitude : un phénomène massif en Belgique
Votre sentiment de solitude n’est pas un cas isolé : les chiffres belges sont parlants. En 2018, 46 % des habitants du pays déclaraient se sentir seuls. En Flandre, 59 % des adultes disent ressentir la solitude parfois ou souvent, et plus d’un adulte sur cinq (21,3 %) subit une solitude sévère. C’est donc un enjeu de santé publique, pas seulement un problème individuel.
Les recherches flamandes et bruxelloises sur les “Caring Neighbourhoods” (quartiers bienveillants) et le grand projet “A Lonely Planet” montrent qu’il existe de fortes différences de solitude d’une commune à l’autre, et que les caractéristiques du quartier (infrastructures, espaces publics, mixité sociale, présence de lieux de rencontre) jouent un rôle déterminant.
Un tableau permet de situer la solitude des personnes âgées dans la région transfrontalière Meuse-Rhin, dont fait partie une partie de la Belgique, avant et pendant la pandémie :
| Zone (65+ ans) | Période pré-COVID | Pendant COVID |
|---|---|---|
| Allemagne (Eurégion) | 7,5 – 7,9 % | 8,7 – 22,1 % |
| Belgique (Eurégion, 65+) | 12 – 15 % | 20 – 22 % |
| Pays-Bas (Eurégion) | 32 – 41 % | 44 – 65 % |
Ces chiffres montrent deux choses utiles pour vous : la solitude est fréquente, et elle augmente dans les contextes difficiles. Autrement dit, si vous cumulez déménagement, climat plus sombre, barrières de langue, distance avec vos proches, il est logique que le mal du pays prenne de la place.
Culture shock et “montagnes russes” émotionnelles
Le mal du pays est souvent l’un des visages du choc culturel. L’expert Steven Rhinesmith, qui a décrit un modèle d’ajustement culturel en dix étapes, compare ce processus à des montagnes russes : euphorie de la découverte, premières frustrations, ajustement superficiel, phases de déprime et, progressivement, acceptation de la culture du pays d’accueil.
Un aperçu des démarches importantes à effectuer lors de votre installation en Belgique.
Se présenter à l’administration communale de votre lieu de résidence dans les 8 jours ouvrables suivant votre arrivée pour vous enregistrer.
Suivre la procédure administrative pour obtenir un titre de séjour valide en fonction de votre situation (travail, études, famille, etc.).
Ouvrir un compte dans une banque belge pour recevoir votre salaire, payer vos factures et gérer vos finances quotidiennes.
S’affilier à une mutualité belge pour bénéficier du remboursement des soins de santé et de l’assurance maladie.
Trouver un logement à long terme, comprendre le contrat de bail et procéder à la déclaration domiciliaire.
S’informer sur les langues officielles de la région et explorer les cours d’intégration ou de langues proposés.
– une excitation initiale (la Belgique semble charmante, tout est nouveau),
– une phase de “choc” (bureaucratie, langue, météo, codes sociaux réservés),
– un ajustement de surface (on sait où faire ses courses, comment prendre le train),
– une période de doute ou de frustration (on se sent toujours “extérieur”, on idéalise le pays d’origine),
– puis, avec le temps et des efforts, une vraie intégration émotionnelle.
Comprendre que ces phases sont normales aide à ne pas dramatiser les jours “sans”, et à voir le mal du pays comme une étape du chemin, pas comme un échec.
Le rôle du quartier et des “tiers-lieux” pour se sentir moins seul
Les recherches menées par des universités belges (KU Leuven, VUB, Thomas More) s’intéressent de près au lien entre caractéristiques des quartiers et solitude. Le grand projet “A Lonely Planet” cherche par exemple quelles formes de quartier exposent le plus au risque de solitude, comment ces caractéristiques agissent sur les habitants, et ce qu’on peut faire à l’échelle locale pour y remédier.
Un concept revient souvent : celui de “Caring Neighbourhoods”, ou quartiers attentionnés.
“Caring Neighbourhoods” : quand le quartier devient anti-mal du pays
En Flandre et à Bruxelles, l’idée de “Caring Neighbourhoods” se développe rapidement depuis la première initiative lancée en 2014. Le ministère flamand du Bien-être décrit ces quartiers comme des endroits où les gens vivent confortablement, s’entraident, trouvent facilement services et infrastructures, et ont des opportunités de se rencontrer.
Une étude publiée en 2024 a analysé 35 projets de ce type en Flandre et à Bruxelles, recensant des initiatives très concrètes.
– un centre de services locaux qui organise des activités de quartier à Poperinge (“Tegoare in de Stroate”),
– un système de monnaie virtuelle pour valoriser le volontariat à Roeselare (“Talento”),
– des activités sportives en plein air à Oudenaarde (“Buurtsport”),
– un projet artistique basé sur des récits personnels à Menen (“The Box in My Front Garden”),
– un bar à café itinérant à Laarne, une épicerie de quartier gérée par des personnes en situation de handicap à Ledegem,
– un jardin communautaire à Sint-Truiden (“Warm Garden”).
Ces projets montrent qu’un quartier peut devenir un antidote puissant au mal du pays, à condition de multiplier les occasions de lien : activités, lieux chaleureux, personnes-relais (ambassadeurs de quartier, travailleurs de proximité…).
Les “tiers-lieux” : cafés, bibliothèques, salons de coiffure…
Le sociologue Ray Oldenburg parle de “tiers-lieux” pour désigner ces espaces ni domestiques, ni professionnels, où l’on peut se rencontrer sans pression de consommation : cafés simples, bibliothèques, centres culturels, salons de coiffure, maisons de quartier…
Ces lieux sont définis comme des espaces qui rassemblent sans obliger à consommer, ce qui les rend accessibles aux personnes à petit budget. En Belgique, ils sont particulièrement précieux pour les nouveaux arrivants : peu de codes formels, présence régulière d’habitués, possibilité de parler avec des inconnus à son rythme.
Fondation allemande Körber
Repérer quelques tiers-lieux autour de chez vous (bibliothèque communale, centre culturel, café de quartier pas trop chic, maison de quartier, église ou mosquée ouverte, club sportif local) et y aller régulièrement est une stratégie simple mais très efficace pour lutter contre le mal du pays.
Comprendre la Belgique aide à relativiser
Quand on arrive en Belgique avec ses propres références nationales, on peut vite être dérouté : trois langues officielles, deux grandes régions, une capitale très internationale, une identité nationale fragmentée. Comprendre un peu ce paysage permet souvent d’interpréter différemment certaines attitudes et d’éviter les malentendus.
Flandre, Wallonie, Bruxelles : trois mondes en un
La Belgique est un État fédéral avec :
– une région néerlandophone : la Flandre,
– une région francophone : la Wallonie,
– une région officiellement bilingue : Bruxelles-Capitale.
À l’est de la Wallonie, une petite minorité parle principalement l’allemand. L’identité est donc très régionale, voire locale, et beaucoup de Belges se sentent autant, voire plus, flamands, wallons ou bruxellois que “belges” au sens abstrait.
Dans le contexte belge, il est déconseillé de désigner le français ou le néerlandais individuellement comme ‘la’ langue nationale. Pour éviter toute ambiguïté ou perception de partialité, il est préférable d’utiliser les termes pluriels ‘les langues nationales’ ou ‘les langues officielles’, qui reflètent mieux le cadre linguistique du pays.
Réservés, mais pas hostiles
Les études sur les expatriés montrent qu’en Belgique, seuls 25 % des étrangers trouvent facile de se faire des amis belges, et presque la moitié décrivent les habitants comme distant. La réalité est plus nuancée : beaucoup de Belges ont des cercles d’amis construits à l’école ou à l’université et les conservent toute leur vie. Ils planifient les rencontres à l’avance, sont attachés à leur vie de famille et n’aiment pas toujours l’improvisation.
Ce style de sociabilité peut être interprété comme de la froideur quand on vient de cultures plus spontanées. En fait, il s’agit plutôt d’une frontière initiale plus épaisse, qui se fissure lentement mais solidement avec le temps. Comprendre cela permet de ne pas prendre personnellement un refus ou une absence de réponse à une invitation spontanée.
Quelques codes culturels utiles pour éviter les faux pas
Dans un pays où l’intégration est déjà un défi structurel pour les personnes migrantes, connaître quelques règles tacites aide à ne pas ajouter de tensions inutiles :
La ponctualité est très valorisée (arriver à l’heure, voire cinq minutes en avance). Le respect de l’espace personnel est important ; les démonstrations physiques (tape dans le dos, bises multiples) sont réservées aux relations bien établies. Évitez les sujets sensibles comme les tensions régionales, la religion, les critiques de la monarchie ou de l’Union européenne. Les liens familiaux sont forts, mais l’individualisme est aussi valorisé : il est mal vu de s’inviter ou de s’imposer chez quelqu’un sans y être expressément convié.
Accepter ces règles comme des différences culturelles plutôt que comme des défauts permet d’alléger le choc culturel. Et cela ne signifie pas renoncer à sa propre culture : il s’agit de savoir naviguer entre les deux.
Construire un réseau : pilier central contre le mal du pays
Toutes les recherches sur le mal du pays convergent : le facteur qui change le plus la donne, ce sont les liens sociaux. La solitude étant reconnue comme un problème massif en Belgique, beaucoup d’initiatives existent pour faciliter la création de réseau. L’enjeu est de les utiliser.
S’appuyer sur les réseaux étudiants et expatriés
Si vous êtes étudiant·e, vous avez un avantage majeur : les universités belges et les associations étudiantes sont très actives. L’Erasmus Student Network (ESN) a des sections dynamiques à Bruxelles, Leuven, Gand, etc. Il propose des soirées, des tandems de langues, des voyages de week-end, des activités sportives. Les services internationaux des universités organisent aussi des semaines d’accueil, des séances d’information, parfois des systèmes de “buddies” belges pour accompagner les nouveaux.
Pour les expatriés non étudiants, plusieurs plateformes (InterNations, Meetup, pages Facebook) facilitent la rencontre via des événements internationaux, des randonnées, des soirées linguistiques ou des groupes de jeux et de sport. L’intégration passe aussi par des ateliers (cuisine, poterie), des clubs de sport (fitness, course, yoga) et des associations de bénévolat comme Serve the City.
Un tableau récapitule quelques portes d’entrée typiques selon le profil :
| Profil | Ressources utiles en Belgique |
|---|---|
| Étudiant·e international·e | ESN, bureaux internationaux universitaires, kot en colocation, cercles d’étudiants |
| Jeune actif·ve expat | InterNations, Meetup, clubs de sport, cours de langue, événements d’ambassades |
| Parent d’enfants | Écoles, associations de parents, Brussels Childbirth Trust, activités périscolaires |
| Demandeur d’emploi / nouvel arrivant | VDAB (Flandre), Actiris (Bruxelles), FOREM (Wallonie), programmes de mentorat type MESH |
Plus vous multipliez ces points de contact, plus votre quotidien se remplit de visages familiers – ce qui, mécaniquement, laisse moins de place au mal du pays.
Volontariat et projets de quartier : se rendre utile pour se sentir chez soi
Les projets de “Caring Neighbourhoods” montrent qu’on se sent davantage ancré dans un lieu lorsqu’on a l’impression de contribuer à la vie collective. Participer à un jardin partagé, aider dans une épicerie sociale, devenir “ambassadeur·rice” de rue, donner un coup de main lors d’un festival local : ce sont autant de manières de se créer une place qui n’est plus seulement “temporaire” ou “tolérée”.
En Wallonie et à Bruxelles, le projet ‘Reliage’ de la Croix-Rouge organise des visites de bénévoles auprès de personnes isolées pour partager un moment. Cet engagement est mutuellement bénéfique : il réduit la solitude des deux parties. Les études indiquent une amélioration du bien-être des personnes visitées et une expérience enrichissante pour les volontaires, souvent des expatriés ou nouveaux arrivants.
Langue et insertion : une barrière, mais aussi un levier
La langue est un facteur clé d’intégration en Belgique. Sur le papier, plus de la moitié de la population maîtrise bien l’anglais, mais beaucoup n’osent pas le parler de peur de faire des fautes. Résultat : sans quelques bases de néerlandais en Flandre ou de français en Wallonie et à Bruxelles, il est difficile d’entrer dans certains cercles sociaux (clubs locaux, associations, voisins âgés, parents d’élèves).
Les politiques flamandes d’intégration sont très centrées sur l’apprentissage du néerlandais via des parcours d’“inburgering” (civic integration) qui prévoient entre 80 et 240 heures de cours de langue, 60 heures d’orientation sociale, 20 heures d’orientation professionnelle. En Wallonie, un parcours d’intégration est également organisé pour les ressortissants hors UE.
Au-delà des obligations administratives, voir la langue comme un outil de connexion plutôt que comme une contrainte est précieux. Une phrase simple apprise pour discuter avec un voisin, un “merci” ou “dank u” chez le boulanger, une blague dans la langue locale : ce sont des petites victoires qui renforcent le sentiment d’appartenance et diminuent le mal du pays.
Quand l’intégration se heurte à la réalité : discriminations, emploi, découragement
Pour une partie des personnes migrantes en Belgique, le mal du pays se mêle à un sentiment plus large d’injustice ou de rejet. Les recherches montrent que les personnes issues de l’immigration, surtout hors UE, subissent des discriminations notables dans l’accès à l’emploi, au logement et parfois à l’éducation.
Les candidats portant un nom étranger en Flandre ont deux fois plus de risques de voir leur candidature rejetée que ceux portant un nom perçu comme belge.
Ces obstacles peuvent renforcer le mal du pays : on se sent non seulement loin de chez soi, mais aussi rarement accueilli. Il est alors d’autant plus important :
– de s’appuyer sur des structures de défense de l’égalité (organismes antidiscrimination, associations de migrants),
– de chercher des programmes de mentorat (comme le projet MESH, qui a développé des modèles de réseaux et de mentorat pour les personnes issues de l’immigration),
– de distinguer, mentalement, la société dans son ensemble des comportements discriminatoires de certains individus ou structures.
Cette nuance permet de ne pas tout rejeter en bloc et de repérer les nombreux Belges et organisations qui, au contraire, travaillent activement à rendre la société plus inclusive.
Stratégies personnelles pour apprivoiser le mal du pays
Les recherches internationales sur le mal du pays et le choc culturel convergent avec ce qu’on observe en Belgique : pour que la nostalgie n’envahisse pas tout, il faut agir sur plusieurs plans à la fois.
Créer un cocon rassurant dans un pays nouveau
Le sentiment de perte de repères vient en grande partie de la disparition de vos routines et objets familiers. Il est donc utile de reconstruire une base stable :
– aménager votre logement avec quelques objets de chez vous (photos, textiles, livres, épices, musique),
– reproduire certains rituels (plat familial une fois par semaine, soirée film “comme à la maison”, appel régulier avec vos proches),
– créer une routine quotidienne avec des horaires de sommeil, de repas, de travail ou d’étude, et un moment dédié à une activité agréable.
Ce cadre permet de diminuer la sensation de chaos intérieur en structurant le temps, ce qui contribue à réduire les pensées répétitives liées au mal du pays.
Gérer le lien avec le pays d’origine sans se couper de la Belgique
La technologie rend le contact avec la famille très facile. C’est une bénédiction, mais aussi un piège : passer ses soirées entières sur WhatsApp, FaceTime ou les réseaux sociaux peut empêcher la construction de véritables liens sur place.
Les spécialistes recommandent de :
– planifier des moments précis de communication (par exemple deux appels vidéo par semaine, des messages chaque matin ou chaque soir),
– éviter de passer des heures à regarder les stories d’amis restés au pays, si cela alimente le sentiment de “manquer la vraie vie”,
– utiliser ces échanges pour partager aussi vos découvertes en Belgique, pas seulement vos difficultés.
Le but n’est pas de couper avec chez vous, mais d’éviter que votre vie “belge” ne soit qu’une parenthèse virtuelle entre des conversations tournées vers votre pays d’origine.
Apprivoiser le climat et la lumière
Puisque la météo belge est un facteur réel de moral en berne, autant la prendre de face :
– investir dans des vêtements adaptés (bon manteau imperméable, chaussures résistantes à la pluie, bonnet, gants) pour ne pas renoncer à sortir quand il pleut,
– profiter des rares éclaircies pour s’aérer, même 20 minutes,
– envisager, si besoin, une lampe de luminothérapie ou un contrôle médical si vous soupçonnez une dépression saisonnière,
– organiser des petites escapades vers des régions plus lumineuses pendant l’hiver si vos moyens le permettent (beaucoup d’expats partent quelques jours au sud de l’Europe pour “recharger” leur vitamine D).
Beaucoup de personnes disent qu’en apprenant à aimer certaines facettes de ce climat (cocooning à la maison, cafés chaleureux, marchés de Noël, forêts brumeuses), leur perception change peu à peu.
Quand le mal du pays dérape : repérer le moment de demander de l’aide
La plupart du temps, le mal du pays se calme dans les premières semaines ou mois. Mais parfois il dure, s’aggrave, ou se transforme en vraie souffrance psychique : dépression, anxiété sévère, isolement extrême. Dans un pays inconnu, on ne sait pas toujours vers qui se tourner.
Les signaux d’alerte
Les spécialistes recommandent de ne pas attendre si vous constatez :
Plusieurs symptômes persistants, comme une tristesse constante, une perte d’intérêt général, des troubles sévères du sommeil, des crises d’angoisse et des pensées sombres, un repli social et une consommation accrue de substances, peuvent indiquer un épisode dépressif majeur nécessitant une consultation médicale urgente.
Dans ces cas, il ne s’agit plus uniquement de mal du pays “normal”, mais de souffrance psychique qui mérite un vrai soutien.
S’orienter dans le système de santé mentale belge
Bonne nouvelle : en Belgique, vous n’avez pas besoin de passer par un médecin généraliste pour voir un·e psychologue ou un·e psychiatre. Le système de santé mentale est dense, même si les délais d’attente en secteur public peuvent être longs.
Les grandes lignes à connaître :
L’affiliation à une mutuelle est obligatoire pour être remboursé. Pour les adultes, plusieurs séances par an dans des réseaux de soins reconnus sont remboursées, avec un ticket modérateur d’environ 11 € (4 € pour les publics précarisés). Les jeunes jusqu’à 23 ans bénéficient d’un plus grand nombre de séances, souvent gratuites. En pratique privée, les honoraires sont généralement de 70–80 € par séance, mais certains professionnels proposent des tarifs adaptés.
Plusieurs organismes facilitent la recherche d’un professionnel parlant votre langue ou l’anglais :
– la Commission des psychologues tient un registre consultable par localisation et langue,
– des réseaux comme Community Help Service (CHS) à Bruxelles proposent une ligne d’écoute 24/7 en anglais ainsi qu’un centre de santé mentale multilingue,
– des plateformes listent des thérapeutes francophones, néerlandophones ou anglophones.
Les temps d’attente sont en moyenne d’environ six semaines en public, souvent moins en privé.
Un tableau récapitulatif peut aider à s’y retrouver :
| Type de ressource | Ce qu’elle offre | Accès / coût indicatif |
|---|---|---|
| Réseaux de soins psychologiques publics | Séances remboursées avec ticket modérateur | Sur rendez-vous, délai possible |
| Psychologues / psy en pratique privée | Thérapies multi-langues, flexibilité horaire | 70–80 € / séance (variable) |
| CHS Helpline (Bruxelles) | Ligne d’écoute 24/7 en anglais, centre de thérapie | Appel gratuit, séances sur rendez-vous |
| Centres de planning familial / CAW / PMS | Soutien psychologique à faible coût | Selon région, souvent peu onéreux |
| Lignes d’aide (suicide, solitude, jeunes) | Écoute anonyme, orientation | Appels gratuits ou à faible coût |
Ne pas hésiter à tester plusieurs interlocuteurs : la qualité de la relation thérapeutique compte autant que la méthode utilisée.
S’inspirer des bonnes pratiques européennes contre la solitude
La Belgique n’est pas seule à affronter un niveau élevé de solitude. Dans toute l’Europe, des projets pilotes ont testé des approches originales dont vous pouvez vous inspirer, même à une échelle individuelle.
Le projet euPrevent PROFILE : trois leviers à retenir
Dans l’Eurégion Meuse-Rhin (dont une partie se situe en Belgique), le projet euPrevent PROFILE a travaillé spécifiquement sur la solitude des personnes âgées. Il reposait sur trois piliers :
– promouvoir les échanges intergénérationnels,
– sensibiliser au sujet de la solitude,
– développer des lignes directrices et des bonnes pratiques.
Ces principes sont transposables à votre situation :
Pour combattre la solitude, il est recommandé de rechercher des occasions d’échanges intergénérationnels, comme le bénévolat en maison de repos ou la participation à des projets mêlant jeunes et seniors. Il est également important d’en parler ouvertement pour briser la honte associée, via des groupes de parole, du théâtre ou des événements dédiés. Enfin, l’application de bonnes pratiques structurantes, telles que l’intégration dans un mouvement, la participation à des activités collectives et le partage de moments culturels, est essentielle.
Le projet a rassemblé des exemples d’initiatives classées par thèmes : numérisation, activités “en mouvement”, accompagnement individuel, création de réseaux, événements socio-culturels. Penser votre propre agenda belge avec ces catégories en tête peut vous aider : une activité “bouger” par semaine, une activité “culturelle”, un moment “connexion individuelle”…
L’expérience de Pau en France : l’importance des petites choses
Une ville française, Pau, a mené un plan anti-solitude intéressant : ateliers citoyens, outil en ligne pour mettre en relation les habitants, caravanes d’animation qui se déplacent de quartier en quartier, aménagements urbains simples (bancs, petites places conviviales), système de “buddy” et de lignes téléphoniques d’écoute.
L’un des enseignements principaux est que ce sont souvent les petits investissements quotidiens qui changent le plus la sensation d’isolement, comme ajouter un banc, créer un coin calme, installer un café mobile ou organiser une promenade hebdomadaire avec un voisin. Appliqué à la vie en Belgique, cela signifie qu’un geste apparemment minuscule – dire bonjour dans l’ascenseur, proposer un café à un collègue ou se joindre à une marche organisée – peut avoir plus d’impact qu’un grand projet isolé.
Accepter que le processus prend du temps
Les modèles scientifiques de la solitude et du mal du pays – comme celui de Lim et ses collègues – montrent qu’il y a des déclencheurs (événements de vie, migration), des facteurs de risque (isolement social, langue, discriminations), mais aussi des leviers de protection (soutien social, compétences relationnelles, accès à des lieux de rencontre).
En Belgique, ces dimensions sont particulièrement visibles : pays très urbanisé, mais où 72 % de la population vit dans sa propre maison familiale, avec des réseaux sociaux parfois très ancrés localement ; système d’intégration parfois rigide, mais aussi une multitude de projets associatifs ; climat peu indulgent en hiver, mais riche vie culturelle en intérieur.
S’installer dans ce puzzle demande :
L’adaptation à la vie d’expatrié nécessite du temps (le mal du pays intense peut s’atténuer en quelques semaines, mais l’ajustement complet dépasse souvent un an), de la patience envers soi-même (se sentir étranger même après des années est normal), une attitude curieuse (chercher à comprendre plutôt qu’à juger les différences culturelles) et, si besoin, le recours sans gêne à un soutien psychologique.
En parallèle, il est important d’admettre qu’il existe des cas où la vie à l’étranger, y compris en Belgique, ne convient pas à tout le monde, malgré tous les efforts. Décider de rentrer peut alors être un choix légitime, non un échec, surtout si votre santé mentale est en jeu.
En pratique : transformer peu à peu la Belgique en “chez vous”
Si l’on résume les pistes les plus solides issues des recherches et des expériences de terrain, trois fils rouges se dégagent pour apprivoiser le mal du pays en Belgique :
1. Tisser des liens Chercher activement des relations, même fragiles au départ : voisins, collègues, membres d’associations, bénévoles, autres expatriés, habitants de votre quartier. Accepter que la plupart des liens se construisent lentement, surtout avec les Belges, mais que chaque rencontre compte.
Identifiez deux ou trois endroits accessibles sans motif précis, comme une bibliothèque, un café, un parc ou une salle de sport. Rendez-vous-y régulièrement pour familiariser les visages. Participez aux initiatives de quartiers bienveillants existantes ou recréez-en l’esprit à votre échelle en vous impliquant dans des activités et en repérant des personnes-relais.
3. Prendre soin de votre santé mentale, sans attendre Normaliser le recours à l’aide : parler à d’autres expatriés, à des amis, à un·e thérapeute si besoin. Utiliser les ressources disponibles (lignes d’écoute, réseaux de soins, centres de santé mentale) avant que le mal du pays ne se transforme en dépression lourde. Vous n’êtes ni le premier ni le dernier à traverser cela, et le système belge, malgré ses lenteurs, offre de réelles possibilités de soutien.
Entre les pluies de Bruxelles, les forêts des Ardennes, les rues d’Anvers ou les bistrots de Liège, il existe une multitude de chemins pour que ce pays devienne peu à peu un lieu de vie, et pas seulement un lieu de passage. Le mal du pays fait partie du voyage ; il n’a pas besoin d’en écrire la destination finale.
Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale vers la Belgique pour optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements, tout en maintenant un lien avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour l’accompagnement complet (conseil fiscal, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.
Après analyse de plusieurs destinations attractives (Belgique, Grèce, Chypre, Maurice), la stratégie retenue a consisté à cibler la Belgique pour sa fiscalité spécifique sur certains revenus mobiliers, l’absence d’impôt sur la fortune et le maintien d’un cadre UE stable, combinant proximité géographique, environnement francophone (Bruxelles, Wallonie) et infrastructures de qualité. La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax ou non, report d’imposition), obtention de la résidence avec location ou achat de résidence principale, affiliation à la sécurité sociale belge, transfert de résidence bancaire, plan de rupture des liens fiscaux français (183 jours/an hors France, centre d’intérêts économiques…), mise en relation avec un réseau local (avocat, fiscaliste, notaire) et intégration patrimoniale. Ce dispositif permet de réduire la pression fiscale globale tout en maîtrisant les risques (contrôles français, double imposition via convention FR‑BE, adaptation culturelle).
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