L’histoire du pays Allemagne est une histoire de ruptures et de continuités, de constructions étatiques et de fractures, de guerres dévastatrices et de reconstructions politiques patientes. Des premières communautés préhistoriques jusqu’à l’État fédéral membre de l’Union européenne, le territoire allemand a été le théâtre d’expériences politiques qui ont profondément marqué l’Europe. Comprendre cette trajectoire suppose de suivre un long fil chronologique, mais aussi de repérer quelques grands nœuds : l’époque du Saint-Empire, l’ascension de la Prusse et l’unification, l’Empire et les deux guerres mondiales, la division de l’après-1945, puis la réunification autour de la chute du mur de Berlin.
Des peuples préhistoriques aux premiers royaumes francs
Bien avant l’apparition d’un État que l’on pourrait reconnaître comme l’ancêtre du pays Allemagne, le territoire est occupé par des groupes humains depuis plus d’un million d’années. Les archéologues ont mis au jour dans la plaine du Haut-Rhin des outils vieux d’environ 1,33 million d’années, témoignant d’une présence humaine très ancienne. Au fil des millénaires, plusieurs espèces se succèdent, comme l’Homo heidelbergensis (mandibule de Mauer, environ 609 000 ans) ou l’individu de Steinheim (environ 225 000 ans). Les Néandertaliens apparaissent vers 130 000 ans avant le présent, puis l’Homo sapiens vers 45 000 ans. Des œuvres comme la Vénus de Hohle Fels ou le Löwenmensch, figurine mi-homme mi-lion, montrent l’existence très précoce de cultures complexes dans ce qui deviendra plus tard le cœur germanique.
Après la dernière glaciation (vers 10 000 av. J.-C.), la culture d’Ahrensburg s’installe dans le nord de l’Allemagne et le sud de la Scandinavie. L’agriculture sédentaire se développe vers 5500–5000 av. J.-C. avec la culture rubanée, qui évolue ensuite en traditions régionales (Michelsberg, Funnelbeaker). Ces dernières sont remplacées par la culture des vases à cordons et celle des gobelets campaniformes. L’âge du bronze s’étend avec la culture d’Unétice, puis l’âge du fer débute avec la culture d’urnes à champs, suivie des cultures de Hallstatt et de La Tène, marquant l’apogée des Celtes.
À l’époque romaine, les sources latines distinguent les peuples celtes et ceux qualifiés de « germains » à l’est du Rhin. Au Ier siècle av. J.-C., Jules César mène les guerres des Gaules et, dans ses récits, désigne comme « Germains » des groupes comme ceux d’Arioviste, qu’il affronte. Cette construction romaine d’un « monde germanique » va influencer durablement la perception des peuples d’Europe centrale.
En l’an 9 apr. J.-C., le chef chérusque Arminius inflige une défaite décisive à trois légions romaines. Cet événement force Rome à abandonner ses projets de province à l’est du Rhin, à se replier sur une frontière plus défendable et à consolider ses positions sur le Rhin et le Danube. Il entraîne également le développement de centres majeurs comme Cologne et l’installation de tribus, telles que les Francs, aux marges de l’Empire.
C’est précisément ce peuple franc, initialement installé en partie sur l’actuel territoire allemand, qui joue un rôle décisif dans la transition entre Antiquité et haut Moyen Âge. Sous la dynastie mérovingienne, puis surtout carolingienne, les Francs bâtissent un royaume englobant la majeure partie de la France et de l’Allemagne actuelles.
Les règnes de Clovis, puis de ses successeurs, voient l’extension du pouvoir franc sur la Gaule du Nord, le Rhin moyen, puis la victoire contre les Alamans et les Wisigoths. Plus tard, la famille carolingienne – avec Pépin le Bref puis Charlemagne – s’impose comme nouveau centre du pouvoir.
De l’Empire de Charlemagne au Saint-Empire
Charlemagne, devenu roi des Francs, mène une série de conquêtes qui intègrent dans une même entité des territoires correspondant aujourd’hui à la France, à l’Allemagne, au Benelux, au nord de l’Italie et à une partie de l’Europe centrale. Il protège les États pontificaux, bat les Lombards, soumet les Saxons après de longues guerres, et étend la chrétienté latine vers l’est.
Le 25 décembre 800, le pape Léon III le couronne empereur à Rome. C’est un geste chargé de symboles : l’Occident se donne un nouvel empereur, distinct de celui de Byzance, et la couronne impériale occidentale se trouve désormais liée au royaume des Francs. Ce geste inaugure une continuité entre l’Empire romain chrétien et la nouvelle construction carolingienne.
Après la mort de Charlemagne, puis de ses successeurs, l’Empire carolingien se fragmente. Le traité de Verdun (843) partage l’entité en trois royaumes : Francie occidentale, Francie médiane, Francie orientale. Cette dernière, la Francie orientale, correspond à peu près à la future « Germanie » politique. Au Xe siècle, avec les rois saxons comme Henri l’Oiseleur, puis surtout Otton Ier, ce royaume oriental acquiert une identité propre, tout en revendiquant l’héritage impérial carolingien.
En 962, Otton Ier est couronné empereur par le pape, un acte généralement retenu comme l’une des dates de naissance du Saint-Empire romain. Cette construction politique originale, nommée officiellement « Saint-Empire romain de la nation germanique » au XVIe siècle, était une mosaïque de duchés, principautés, villes libres et territoires ecclésiastiques, unis sous l’autorité d’un empereur élu par des princes.
Historien
Un empire décentralisé et pluriel
Le Saint-Empire est à la fois une continuité de l’Empire chrétien et une réalité profondément ancrée dans la diversité des territoires germaniques et voisins. Il englobe à différentes périodes l’Allemagne actuelle, l’Autriche, la Suisse, les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg, la Tchéquie, des portions de l’Italie du Nord et de la France de l’Est, ainsi que certains territoires polonais.
À partir du XIIIe siècle, le Saint-Empire romain se lie aux dynasties germaniques, adoptant au XVIe siècle l’appellation « de la nation germanique ». Cependant, il ne devient jamais un État-nation centralisé, car le pouvoir de l’empereur, élu par des princes, est limité par les droits territoriaux, les villes libres, l’Église et les diètes d’Empire.
L’empire se dote néanmoins d’institutions durables lors des réformes impériales de la fin du XVe et du début du XVIe siècle : une chambre impériale de justice (Reichskammergericht), des règles communes de paix territoriale (Landfrieden), une diète d’Empire qui, à partir de 1663, siège en permanence à Ratisbonne. Le compromis, la négociation, la cohabitation de multiples pouvoirs deviennent la marque de cette construction politique.
Expansion vers l’est et mosaïque ethnique
À partir du haut Moyen Âge, un mouvement de colonisation vers l’est – l’Ostsiedlung – voit des paysans, artisans et marchands germanophones s’installer dans des régions peu densément peuplées ou à majorité slave : Silesie, Poméranie, Brandebourg oriental, royaumes voisins comme la Bohême ou la Pologne. Cette colonisation, souvent encouragée par les princes locaux, modifie progressivement la carte linguistique et culturelle, sans effacer les populations slaves.
Plus à l’est encore, l’Ordre teutonique mène des croisades contre les peuples baltes païens, construit des forteresses comme Marienbourg et fonde un État monastique. C’est le noyau d’une future entité, la Prusse, qui jouera un rôle décisif dans l’histoire allemande moderne.
La Prusse, de l’ordre teutonique à puissance dominante
Le territoire prussien, d’abord contrôlé par l’Ordre des chevaliers teutoniques, est profondément transformé par l’installation de colons germanophones et par la domination de l’Ordre. Après des défaites comme celle de Grunwald en 1410 face à la coalition polono-lituanienne, la puissance des chevaliers recule. Au XVIe siècle, l’État monastique est sécularisé en duché de Prusse, confié à la dynastie des Hohenzollern, déjà maîtres de la marche de Brandebourg.
Les Hohenzollern ont étendu leurs territoires par héritages et traités (Brandebourg, Prusse, Poméranie) après la guerre de Trente Ans. Sous Frédéric-Guillaume, dit le « Grand Électeur », la Prusse s’est dotée d’une bureaucratie efficace, d’une armée permanente puissante et d’une politique de tolérance contrôlée envers certains réfugiés protestants, établissant ainsi les bases d’un État absolutiste et militariste.
En 1701, le prince-électeur de Brandebourg se fait couronner « roi en Prusse » (puis « roi de Prusse »). Le nouveau royaume entre progressivement dans le cercle des grandes puissances européennes. Frédéric-Guillaume Ier le renforce en « État-caserne », tandis que Frédéric II, dit le Grand, mise sur un mélange d’autoritarisme éclairé et de modernisation : code civil généralisé, abolition de la torture, indépendance relative de la justice, promotion d’un système scolaire secondaire (Gymnasium) qui fera école ailleurs.
Année de la première partition de la Pologne à laquelle participe Frédéric II, unifiant les territoires du Brandebourg et de la Prusse ducale.
Le Saint-Empire se dissout, la question allemande s’ouvre
Entre-temps, la Réforme protestante, la guerre de Trente Ans et l’affirmation des États territoriaux ont profondément érodé la cohésion du Saint-Empire. La paix de Westphalie (1648) consacre la souveraineté accrue des princes et limite drastiquement les pouvoirs de l’empereur. Le XVIIIe siècle voit la montée en puissance des États prussien et autrichien, tandis que l’Empire demeure un cadre juridique, symbolique et diplomatique, de plus en plus décalé par rapport aux dynamiques étatiques modernes.
Année de la dissolution officielle du Saint-Empire romain germanique, après l’abdication de l’empereur François II.
Nationalisme, libéralisme et Zollverein
Au XIXe siècle, la question nationale se pose avec acuité. Des intellectuels comme Fichte, Herder, les frères Grimm ou encore des figures du mouvement étudiant (Burschenschaften) développent l’idée d’une communauté allemande fondée sur la langue, la culture et l’histoire communes. Les rassemblements comme la fête de Wartburg (1817) ou le festival de Hambach (1832) portent une revendication de libertés politiques et d’unité nationale.
Sur le plan économique, la Prusse initie la création d’une union douanière (Zollverein) dès 1818. Celle-ci s’étend progressivement aux autres États allemands. En supprimant les barrières douanières intérieures et en facilitant la circulation des marchandises, cet espace économique commun renforce les liens entre les principautés et marginalise l’Autriche, qui reste exclue. Parallèlement, l’industrialisation s’accélère dans les régions rhénanes, la Ruhr et la Sarre, stimulée notamment par le développement du chemin de fer.
Politiquement, la Confédération reste dominée par des monarchies méfiantes envers les réformes. Les révolutions de 1848–1849, inspirées par le printemps des peuples européen, secouent l’ensemble de l’espace germanique. Une assemblée nationale se réunit à Francfort pour rédiger une constitution libérale et proposer une unification. La couronne impériale est même offerte au roi de Prusse, qui la refuse, jugeant qu’elle ne peut venir que des princes et non « de la boue » (c’est-à-dire d’une assemblée révolutionnaire). Cette tentative d’unifier l’Allemagne sur une base parlementaire échoue, mais la question allemande reste ouverte.
L’unification par la Prusse : « sang et fer »
C’est finalement la voie prussienne, autoritaire et militaire, qui aboutit à la création d’un Empire allemand. Nommé ministre-président de Prusse en 1862, Otto von Bismarck, aristocrate conservateur, entend régler la question de l’unité à l’avantage de son royaume. Pour lui, les « grandes questions du temps » ne se tranchent pas par des discours ou des votes, mais « par le fer et par le sang ».
Il orchestre une série de conflits contrôlés. En 1864, la Prusse s’allie à l’Autriche pour vaincre le Danemark et annexer les duchés de Schleswig et de Holstein. Deux ans plus tard, il provoque une crise avec Vienne sur l’administration de ces territoires. La guerre austro-prussienne de 1866 est brève et décisive : victoire de la Prusse à Königgrätz, dissolution de la Confédération germanique, annexion par Berlin de plusieurs États du nord (Hanovre, Hesse-Cassel, Nassau, Francfort) et création de la Confédération de l’Allemagne du Nord sous direction prussienne.
En 1870, le chancelier prussien Bismarck manipule la dépêche d’Ems, un télégramme diplomatique, pour en rendre le ton insultant aux yeux de l’opinion publique française. Cette provocation sert de prétexte à la France de Napoléon III pour déclarer la guerre à la Prusse. Le conflit, initialement lié à une crise autour de la candidature d’un prince Hohenzollern au trône d’Espagne, tourne rapidement au désastre pour la France : Napoléon III est capturé à Sedan, Paris est assiégé, et les victoires prussiennes aboutissent à la proclamation de l’Empire allemand, réalisant ainsi l’unité allemande.
Le 18 janvier 1871, dans la galerie des Glaces du château de Versailles, les princes allemands proclament le roi de Prusse Guillaume Ier « empereur allemand ». L’Empire allemand naît dans un geste à haute teneur symbolique, sur le sol français, scellé par la défaite de l’ennemi héréditaire. La nouvelle entité fédérale regroupe 25 États sous la prééminence écrasante de la Prusse : celle-ci représente environ deux tiers de la population et du territoire, et son armée devient le noyau de la nouvelle armée impériale.
Un empire puissant, mais instable
Le Reich wilhelmien est une monarchie fédérale dotée d’un parlement élu au suffrage universel masculin (le Reichstag) et d’un conseil des États (Bundesrat). Mais le pouvoir exécutif reste largement dans les mains de l’empereur et de son chancelier, Bismarck d’abord, puis ses successeurs. L’Empire connaît une forte croissance industrielle, développe une flotte de guerre, acquiert des colonies, et impose son poids dans le concert européen. L’annexion de l’Alsace-Lorraine après la défaite française de 1871 nourrit une hostilité durable de Paris.
Bismarck a mené des politiques répressives (Kulturkampf, lois antisocialistes) tout en instaurant des réformes sociales pionnières, comme les assurances sociales dans les années 1880. Cette approche visait à neutraliser les oppositions par l’État, combinant autoritarisme, nationalisme et modernisation sociale. Elle a renforcé le sentiment national allemand, mais a limité le développement d’une démocratie parlementaire.
Après le départ forcé de Bismarck en 1890, l’empereur Guillaume II rompt avec la politique de prudence extérieure de son chancelier. L’Allemagne se lance dans une Weltpolitik ambitieuse, revendiquant sa « place au soleil », ce qui alimente les rivalités avec le Royaume-Uni, la France et la Russie. L’essor militaire et naval de l’Empire, combiné aux tensions balkaniques, crée un climat explosif.
De la guerre mondiale à la République de Weimar
En 1914, l’engrenage des alliances et des crises aboutit à la Première Guerre mondiale. L’Allemagne, aux côtés de l’Autriche-Hongrie, s’oppose à la France, au Royaume-Uni, à la Russie, puis aux États-Unis. Le conflit fait environ 20 millions de morts au total, dont plus de deux millions de soldats allemands. L’économie allemande est asphyxiée par le blocus allié, la population subit pénuries et famines, notamment pendant l’« hiver du navet » de 1916–1917.
À l’été 1918, l’arrivée massive de troupes américaines inverse le rapport de forces. Malgré les derniers offensifs allemandes, l’armée du Reich se retrouve en position de faiblesse. Le commandement militaire, dirigé par Ludendorff et Hindenburg, conclut qu’il faut demander l’armistice. Pour partager la responsabilité de la défaite, il pousse à la formation d’un gouvernement civil et au passage vers un régime parlementaire.
L’armistice est signé alors que l’armée allemande occupe encore des territoires, ce qui alimente dans les milieux de droite le mythe que l’armée, non vaincue militairement, a été trahie par les civils, les socialistes et les révolutionnaires.
Révolution de 1918–1919 et naissance de Weimar
À l’automne 1918, une mutinerie de marins à Wilhelmshaven, puis à Kiel, met le feu aux poudres. Des conseils d’ouvriers et de soldats, inspirés par les soviets russes, se forment dans les villes. La monarchie s’effondre : les rois des États fédérés abdiquent, l’empereur Guillaume II fuit. Le 9 novembre 1918, à Berlin, deux proclamations rivales ont lieu : le social-démocrate Philipp Scheidemann annonce la République depuis une fenêtre du Reichstag, tandis que le révolutionnaire Karl Liebknecht proclame une « République socialiste libre » depuis le château.
Un gouvernement provisoire, le Conseil des commissaires du peuple, associant sociaux-démocrates majoritaires (SPD) et indépendants (USPD), dirige le pays. Son chef de file, Friedrich Ebert, conclut un accord secret avec le général Groener pour maintenir l’ordre avec l’appui de l’armée. Cette alliance laisse une grande autonomie aux élites militaires et administratives de l’ancienne monarchie, au prix de l’isolement des courants révolutionnaires.
La jeune République doit faire face à des soulèvements à gauche comme à droite. En janvier 1919, l’insurrection spartakiste à Berlin est écrasée par des corps francs (Freikorps) ; Luxemburg et Liebknecht sont assassinés. En Bavière, une éphémère République des conseils est aussitôt réprimée. Le spectre de la révolution bolchevique plane, inquiétant les classes moyennes et bourgeoises, qui se rallient souvent à l’ordre républicain par peur du pire, mais sans enthousiasme.
Des élections à l’Assemblée nationale ont lieu en janvier 1919, au suffrage universel incluant pour la première fois les femmes. La coalition centriste – SPD, Zentrum catholique et parti démocrate – obtient la majorité. L’Assemblée se réunit à Weimar, d’où le nom donné au nouveau régime, et adopte une constitution en août 1919. Le pays devient une république fédérale à régime semi-présidentiel : un président élu au suffrage universel, un chancelier responsable devant le Reichstag, et un article 48 qui permet au président de gouverner par décret en cas d’urgence, disposition qui sera largement détournée plus tard.
Le choc du traité de Versailles et les crises de Weimar
Parallèlement, les vainqueurs négocient à Paris les conditions de la paix. Le traité de Versailles, signé le 28 juin 1919, impose à l’Allemagne des pertes territoriales (environ 13 % de son territoire européen et 12 % de sa population), la restitution de l’Alsace-Lorraine, des ajustements frontaliers au profit du Danemark et de la Pologne, la mise sous administration de la Sarre par la SDN, la démilitarisation et des réparations massives. L’article 231, la clause de culpabilité de guerre, désigne l’Allemagne comme responsable du conflit, condition préalable aux réparations.
Sur le plan militaire, l’armée est limitée à 100 000 hommes, sans artillerie lourde, sans aviation, sans blindés, tandis que la marine est réduite au minimum. Ces contraintes, combinées aux réparations et à la poursuite du blocus jusqu’à la signature du traité, alimentent un profond ressentiment dans la société allemande, en particulier à droite. Le gouvernement de Weimar, contraint de signer sous menace de reprise des hostilités, est accusé de trahison par les nationalistes qui réactivent la légende du « coup de poignard ».
Les premières années de la République de Weimar (après 1919) sont marquées par une instabilité politique extrême. L’extrême droite tente un putsch (Kapp, 1920) et assassine des figures républicaines majeures comme Matthias Erzberger et Walther Rathenau. La défense du régime repose notamment sur des mobilisations populaires, comme une grève générale massive pour faire échouer le coup d’État.
Sur le plan économique, l’inflation puis l’hyperinflation des années 1922–1923 ruinent les classes moyennes et déstabilisent la société. L’occupation franco-belge de la Ruhr en 1923, en réponse aux retards de paiement des réparations, provoque une politique de « résistance passive » financée par la planche à billets. La monnaie s’effondre : en novembre 1923, le dollar vaut des milliers de milliards de marks, le pain se paie en liasses de billets. La stabilisation ne vient qu’avec l’introduction d’une nouvelle monnaie, le Rentenmark, et l’accord international du plan Dawes.
Une parenthèse de stabilité relative
Entre 1924 et 1929, la République de Weimar connaît une période souvent qualifiée d’« années dorées ». La monnaie est stabilisée, la production industrielle redémarre, les salaires réels remontent, l’Allemagne est réintégrée progressivement dans le concert des nations : plan Dawes, puis plan Young, accords de Locarno, entrée à la Société des Nations en 1926. Le ministre des Affaires étrangères Gustav Stresemann incarne cette stratégie de normalisation diplomatique.
Les grandes villes allemandes connaissent une intense effervescence culturelle (cinéma, théâtre, arts d’avant-garde, médias de masse). Cependant, cette modernité masque des fragilités persistantes : dépendance aux capitaux américains, forte polarisation politique, hostilité d’une partie des élites, et puissance intacte des partis extrémistes (DNVP, NSDAP à droite ; KPD à gauche).
La crise de 1929 fait voler en éclats cet équilibre précaire. Le krach de Wall Street entraîne le rappel des prêts américains, l’effondrement de la production, une explosion du chômage (jusqu’à six millions de personnes, soit un tiers de la main-d’œuvre). Les gouvernements de coalition se succèdent difficilement, puis le président Hindenburg recourt de plus en plus à l’article 48 pour gouverner par décret. La démocratie parlementaire se vide de sa substance.
La prise de pouvoir nazie et la destruction de la démocratie
Dans ce contexte de crise économique, de défiance vis-à-vis des partis traditionnels et de peur du communisme, le parti nazi, fondé en 1919 à Munich, connaît une ascension fulgurante. De groupuscule radical, il devient une force de masse : 2,6 % des voix en 1928, 18,3 % en 1930, puis 37,3 % en juillet 1932. Il capte la colère de larges pans de la population – classes moyennes ruinées, agriculteurs endettés, chômeurs – en promettant ordre, grandeur nationale retrouvée, révision de Versailles et lutte implacable contre les « ennemis intérieurs » (Juifs, marxistes, élites « traîtresses »).
Pour s’imposer, le parti nazi combine une propagande moderne et massive avec l’usage systématique de la violence paramilitaire.
Adolf Hitler exploite les moyens de communication modernes : meetings de masse, radio, journaux et affiches, diffusant des slogans simples et percutants pour séduire les masses.
Les sections de combat (SA, puis SS) créent un climat de guerre civile par l’intimidation et les violences de rue contre les adversaires politiques.
Après plusieurs élections sans majorité stable et des combinaisons politiques où se succèdent les chanceliers Brüning, von Papen, von Schleicher, les élites conservatrices pensent pouvoir utiliser Hitler comme instrument. Le 30 janvier 1933, Hindenburg le nomme chancelier à la tête d’un gouvernement où les nazis ne sont pas majoritaires. Cette illusion de contrôle sera de courte durée.
En quelques mois, le régime nazi démantèle la démocratie de Weimar. L’incendie du Reichstag (février 1933) permet un décret suspendant les libertés publiques. La loi d’habilitation (mars 1933) donne au gouvernement le pouvoir de légiférer sans le Parlement. Les autres partis sont interdits, les syndicats dissous ou intégrés dans une organisation unique, et les Länder sont placés sous tutelle. Le principe du Führer, chef incontesté, remplace toute autre source de légitimité.
La dictature nazie s’appuie sur un État policier, des services de sécurité redoutables (Gestapo, SS), un contrôle total de la vie sociale et culturelle, et une idéologie raciste et expansionniste. L’antisémitisme d’État est progressivement radicalisé, des discriminations légales (lois de Nuremberg en 1935) jusqu’à l’extermination industrialisée des Juifs d’Europe pendant la Seconde Guerre mondiale.
Guerre totale et effondrement de 1945
La politique extérieure du Reich vise explicitement à renverser l’ordre issu de Versailles, à réunir tous les « Allemands ethniques » et à conquérir un « espace vital » à l’est. Après la remilitarisation de la Rhénanie, l’Anschluss de l’Autriche, l’annexion des Sudètes puis le démantèlement de la Tchécoslovaquie, l’invasion de la Pologne le 1er septembre 1939 déclenche la Seconde Guerre mondiale.
Après des succès initiaux fulgurants en Pologne, en Europe de l’Ouest et lors de l’attaque de l’URSS, l’Allemagne nazie voit la guerre devenir mondiale et totale avec l’entrée en guerre des États-Unis à partir de 1941. L’extension des fronts, l’accumulation des pertes et les capacités industrielles insuffisantes face à la coalition alliée conduisent progressivement à l’affaiblissement et à la défaite du Reich.
Parallèlement, la machine génocidaire est mise en place : ghettos, fusillades de masse à l’est, camps d’extermination. L’Allemagne nazie met en œuvre la « solution finale » qui aboutit à l’assassinat de la majorité des Juifs d’Europe, ainsi qu’au meurtre de nombreux autres groupes persécutés (Roms, personnes handicapées, opposants politiques, etc.).
Au printemps 1945, pris en tenaille entre les armées soviétique et occidentales, le Reich s’effondre. Hitler se suicide le 30 avril. La capitulation sans conditions est signée le 8 mai 1945. Les grandes villes allemandes sont en ruine, l’économie détruite, les infrastructures dévastées, une part importante des logements anéantie. La population est confrontée à un véritable « heure zéro ».
Occupation, division et naissance de deux Allemagne
Après la capitulation, les Alliés – États-Unis, Royaume-Uni, URSS et France – prennent le contrôle du territoire. Par la déclaration de Berlin (juin 1945), ils assument la souveraineté suprême sur l’Allemagne. Le pays est divisé en quatre zones d’occupation, chacune administrée par l’une des puissances, tandis que Berlin, située en zone soviétique, est elle aussi partagée en quatre secteurs.
Nombre de germanophones arrivés dans les zones d’occupation restantes entre 1944 et 1950, suite aux expulsions et à l’exode.
Sur le plan intérieur, les Alliés tentent une « dénazification » par démantèlement des structures nazies, procès de responsables (Nuremberg), interdiction de symboles, mais cette politique est inégalement appliquée et rapidement réorientée par les besoins de reconstruction et de la guerre froide.
De la coopération à la confrontation
Initialement, la gouvernance de l’Allemagne devait se faire conjointement au sein d’un Conseil de contrôle allié. Mais les désaccords entre Soviétiques et Occidentaux sur l’avenir politique et économique du pays conduisent rapidement à une rupture. Tandis que Moscou met en place dans sa zone une économie socialiste planifiée et installe au pouvoir un parti communiste fusionné (SED), les puissances occidentales décident de relancer l’économie de leurs zones selon des principes de marché et de démocratie parlementaire.
En 1948, l’extension du plan Marshall et l’introduction du Deutsche Mark en Allemagne de l’Ouest provoquent le blocus de Berlin-Ouest par l’URSS. Les Occidentaux répondent par un pont aérien massif d’un an pour ravitailler la ville, marquant la fin définitive de la coopération quadripartite.
En 1949, la partition politique est actée. Dans les zones occidentales, la Loi fondamentale fonde la République fédérale d’Allemagne (RFA), État fédéral démocratique dont Bonn devient la capitale provisoire. Dans la zone soviétique, la République démocratique allemande (RDA) est proclamée quelques mois plus tard : un État socialiste à parti unique dominé par le SED, aligné sur Moscou.
Le mur de Berlin, symbole d’une nation coupée
Pendant les premières années de la guerre froide, la frontière intérieure allemande se ferme progressivement. Dès 1952, la RDA érige barbelés et fortifications le long de la ligne séparant son territoire de la RFA. Mais Berlin, ville quadripartite, reste un point de fuite : il est possible de passer de l’est à l’ouest en empruntant les secteurs occidentaux de la ville. Entre 1949 et 1961, environ 2,5 à 3,5 millions de personnes fuient la RDA pour la RFA ou Berlin-Ouest, soit près de 20 % de la population de l’est, souvent des jeunes actifs et des cadres qualifiés. Cette « fuite de la République » menace la viabilité économique et politique de la RDA.
Dans la nuit du 12 au 13 août 1961, les autorités est-allemandes, avec l’accord soviétique, ont érigé brutalement une frontière autour de Berlin-Ouest. Initialement constituée de barbelés, elle a été remplacée par un mur de béton. Ce ‘mur de Berlin’ était en réalité un système frontalier de plus de 140 km encerclant l’enclave occidentale. Le régime est-allemand le nommait ‘rempart antifasciste’ pour justifier sa construction, tandis qu’à l’Ouest, il était surnommé le ‘mur de la honte’.
Progressivement, le dispositif se perfectionne : double mur (un intérieur, un extérieur), « bande de la mort » entre les deux, herses antichars, tapis de clous, chiens, routes pour les patrouilles, systèmes d’alarme, plus de 300 miradors. Contrairement à la frontière intérieure allemande, la barrière de Berlin ne comporte, elle, ni mines ni fusils à tir automatique, mais les gardes-frontières disposent d’ordres de tir stricts. Entre 1961 et 1989, plus de 100 000 personnes tentent de fuir à travers ce dispositif, environ 5 000 réussissent, mais au moins 140 sont tuées (les estimations montent parfois au-dessus de 200).
Des histoires individuelles marquent les mémoires, comme celle de Günter Litfin, premier fugitif abattu, de Peter Fechter, laissé agonisant dans la bande de la mort, ou de Chris Gueffroy, dernière victime. Les tentatives d’évasion prenaient des formes variées : creusement de tunnels (au moins 70, dont 19 réussis permettant environ 400 fuites), sauts par les fenêtres, nage à travers les eaux, ou l’utilisation de ballons à air chaud, de véhicules blindés improvisés et d’engins volants légers.
Pendant près de trois décennies, le mur devient le symbole le plus concret de la division de l’Europe entre bloc occidental et bloc soviétique, ce « rideau de fer » dont parlait Winston Churchill. Il coupe non seulement une ville, mais aussi des lignes de métro et de S-Bahn, créant des « stations fantômes » où les trains ouest-berlinois passent sans s’arrêter sous le territoire de l’Est.
Deux États allemands face à face
Au-delà de Berlin, les deux Allemagne suivent des trajectoires politiques, économiques et sociales différentes.
À l’Ouest, la RFA se construit comme une démocratie parlementaire stable, intégrée à l’OTAN et à la Communauté européenne. Sous la direction de chanceliers comme Konrad Adenauer puis Ludwig Erhard, elle connaît un « miracle économique » dans les années 1950 et 1960, reposant sur une économie sociale de marché, l’aide du plan Marshall, des réformes monétaires et une main-d’œuvre abondante (y compris grâce aux réfugiés de l’Est et aux travailleurs invités – Gastarbeiter – venus d’Italie, de Turquie ou de Grèce).
À l’Est, la République Démocratique Allemande (RDA) instaure une économie planifiée, procède à la nationalisation de l’industrie et à la collectivisation de l’agriculture. La société est placée sous surveillance, avec un rôle central dévolu à la Stasi, la police politique. Le régime se légitime en se présentant comme l’héritier de l’antifascisme, opposant ce modèle à celui de la RFA, qu’il décrit comme la continuatrice d’un capitalisme ayant pactisé avec le nazisme. Dans la pratique, chacun des deux États allemands cherche à s’imposer comme le représentant légitime de la nation sur la scène internationale.
À partir des années 1970, sous l’impulsion d’une nouvelle génération de dirigeants à Bonn (Willy Brandt, Helmut Schmidt), une politique de rapprochement (Ostpolitik) se développe : reconnaissance mutuelle, accords de transit, facilitation des visites, représentation commune à l’ONU. La division demeure, mais elle se fait un peu moins hermétique.
Le tournant de 1989 et la chute du mur
Le dénouement ne vient pas uniquement de l’intérieur de l’Allemagne, mais aussi de changements profonds dans l’ensemble du bloc de l’Est. Au milieu des années 1980, Mikhaïl Gorbatchev, à la tête de l’URSS, lance une politique de réformes (glasnost, perestroïka) et renonce à la doctrine qui supposait l’intervention armée pour maintenir les régimes frères socialistes. En Europe centrale, des mouvements démocratiques se renforcent, des pays comme la Pologne et la Hongrie s’engagent sur la voie de l’ouverture.
En mai 1989, la Hongrie commence à démanteler sa clôture frontalière avec l’Autriche, ouvrant une première brèche dans le Rideau de fer. Le 19 août, lors du « pique-nique paneuropéen » organisé à cette frontière sur une idée d’Otto de Habsbourg, des centaines puis des milliers d’Allemands de l’Est en profitent pour fuir vers l’Ouest. Dans les semaines suivantes, des dizaines de milliers de citoyens de la RDA gagnent la RFA, souvent en passant par les ambassades ouest-allemandes à Varsovie ou Prague.
Parallèlement, de vastes manifestations pacifiques se multiplient à l’intérieur de la RDA, notamment les « prières pour la paix » à Leipzig, qui se transforment en marches massives. Le 4 novembre 1989, un grand rassemblement sur l’Alexanderplatz à Berlin-Est voit des centaines de milliers de personnes réclamer des réformes, la liberté de voyager, des élections libres.
Lors d’une conférence de presse télévisée le 9 novembre 1989, répondant à une question sur la date d’entrée en vigueur de l’assouplissement des voyages, il déclare imprudemment : « immédiatement ». Cette annonce, alors que le régime tentait une ouverture contrôlée, provoque un afflux de foules vers les postes-frontières de Berlin.
Günter Schabowski, porte-parole du bureau politique de la SED
Les gardes-frontières, pris de court, ne reçoivent pas d’instructions claires. À la frontière de Bornholmer Straße, le commandant Harald Jäger, voyant grandir la tension et craignant un drame, finit par céder et ouvrir les barrières vers 22 h 45. Des milliers de Berliners de l’Est franchissent la frontière, parfois en larmes, pour se mêler à ceux de l’Ouest. Très vite, ils montent sur le mur, l’assaillent de marteaux et de pioches. Les « picoreurs du mur » (Mauerspechte) commencent la démolition symbolique de cette barrière honnie.
Le mur perd en quelques heures sa fonction. Plusieurs tronçons d’accès, comme la porte de Brandebourg, rouvrent ensuite officiellement. Le 22 décembre 1989, le chancelier ouest-allemand Helmut Kohl franchit la porte pour rencontrer le chef du gouvernement est-allemand Hans Modrow, image iconique d’un monde qui bascule.
Quelques données clés autour du mur de Berlin
| Élément | Données principales |
|---|---|
| Construction | Décidée en août 1961 par la direction de la RDA, avec l’aval soviétique |
| Longueur totale du système | Plus de 140 km autour de Berlin-Ouest |
| Structure | Double mur, « bande de la mort », miradors, dispositifs d’alarme, obstacles anti-véhicules |
| Fuite d’habitants de la RDA | 2,5 à 3,5 millions de personnes vers l’Ouest entre 1949 et 1961 |
| Tentatives d’évasion après 1961 | Plus de 100 000 tentatives recensées |
| Réussites d’évasion | Environ 5 000 personnes ayant réussi à gagner Berlin-Ouest |
| Nombre de victimes | Au moins 140 morts confirmées, certaines estimations dépassant les 200 |
| Chute du mur | Ouverture des postes-frontières le 9 novembre 1989, démolition progressive jusqu’en 1990–1994 |
De la chute du mur à la réunification
La chute du mur n’entraîne pas immédiatement l’unification politique, mais elle en ouvre la voie. En RDA, le régime bascule en quelques semaines : Erich Honecker, qui dirigeait depuis 1971, est poussé à la démission à l’automne 1989, remplacé par Egon Krenz, lui-même rapidement dépassé par les événements. Un gouvernement de transition dirigé par Hans Modrow prépare des élections libres, qui ont lieu le 18 mars 1990. C’est la première et unique fois que la population de la RDA choisit librement son parlement.
Le scrutin est massivement remporté par l’alliance dominée par la CDU est-allemande, favorable à une réunification rapide avec la RFA. Lothar de Maizière devient chef du gouvernement et engage aussitôt des négociations avec Bonn. De son côté, le chancelier Helmut Kohl, qui a déjà présenté dès novembre 1989 un plan en dix points pour l’unité, pousse à une intégration rapide.
Le processus politique de l’unité
Plusieurs dimensions se superposent : intérieure, juridique, internationale. Sur le plan intérieur, un traité d’union monétaire, économique et sociale est signé le 18 mai 1990 et entre en vigueur le 1er juillet : le mark de la RFA remplace le mark est-allemand, les règles économiques et sociales de l’ouest s’appliquent à l’est. Cela répond à une attente forte des citoyens de la RDA, mais crée aussi des chocs économiques brutaux pour les entreprises non compétitives.
Année de l’adhésion de la RDA à la RFA et de la réunification allemande, effective le 3 octobre.
Sur le plan international, il faut traiter les questions encore en suspens depuis 1945 (frontières, troupes, statut de l’Allemagne) avec les anciennes puissances occupantes. Des négociations dites « 2 + 4 » réunissent les deux États allemands et les quatre Alliés (États-Unis, Royaume-Uni, France, URSS) à partir de février 1990. Elles débouchent sur un « traité de règlement définitif » signé à Moscou en septembre 1990. Celui-ci confirme les frontières extérieures de l’Allemagne réunifiée, notamment la ligne Oder–Neisse avec la Pologne, fixe les plafonds des forces armées allemandes, prévoit le retrait des troupes soviétiques d’ici 1994, et consacre la pleine souveraineté du nouvel État, qui reste membre de l’OTAN et de la Communauté européenne.
L’unification juridique de l’Allemagne est effective le 3 octobre 1990, date devenue la fête nationale allemande.
Les contours de l’Allemagne réunifiée
| Aspect | Situation après 3 octobre 1990 |
|---|---|
| Nature de l’État | Poursuite de la RFA élargie, non un État entièrement nouveau |
| Territoire | Intégration des 5 nouveaux Länder de l’Est + Berlin réunifiée |
| Souveraineté | Pleine souveraineté internationale, confirmée par le traité « 2 + 4 » |
| Alliances internationales | Maintien dans l’OTAN, la Communauté européenne (devenue ensuite Union européenne), l’ONU |
| Frontières | Reconnaissance définitive de la frontière Oder–Neisse avec la Pologne |
| Capitale | Berlin, transfert progressif des institutions de Bonn vers Berlin dans les années 1990 |
Les défis de l’après-réunification
L’unification politique et juridique est achevée en un an, mais l’unification économique, sociale et mentale demande beaucoup plus de temps. La découverte de l’état réel des infrastructures de la RDA – routes, voies ferrées, télécommunications – montre un retard beaucoup plus important que ne l’avaient estimé les responsables ouest-allemands. Il faut investir massivement dans la modernisation.
Une institution, la Treuhandanstalt, est chargée de privatiser les entreprises d’État est-allemandes. Son action, rapide et brutale, entraîne des fermetures, des ventes à bas prix, des restructurations. Des millions d’emplois disparaissent en peu de temps, provoquant un chômage massif dans les nouveaux Länder, l’émigration de nombreux jeunes vers l’ouest et un sentiment d’injustice. Pour financer les transferts et les investissements, un impôt de solidarité est mis en place à l’échelle fédérale.
Sur le plan social et culturel, un fossé, souvent appelé « mur dans les têtes », persiste entre les Allemands de l’Est (« Ossis ») et de l’Ouest (« Wessis »). Certains anciens citoyens de la RDA perçoivent la réunification comme un « Anschluss » par la RFA plutôt qu’une fusion. Les différences de trajectoires de vie, de niveaux de revenu et de représentations du passé continuent d’alimenter des tensions.
Néanmoins, la réunification transforme profondément le paysage européen. Elle marque la fin formelle de la Seconde Guerre mondiale – aucun traité de paix global n’ayant été signé en 1945 – et accompagne la fin de la guerre froide, l’effondrement du bloc soviétique et de l’URSS. L’Allemagne joue un rôle moteur dans la construction européenne, qui se poursuit avec le traité de Maastricht, la création de l’euro, l’élargissement vers l’Est. Dans ce cadre, l’histoire nationale du pays Allemagne s’inscrit désormais dans un horizon plus vaste, celui de l’Union européenne.
L’Allemagne contemporaine dans l’Europe
Aujourd’hui, le pays Allemagne est un État fédéral de 16 Länder, dont trois villes-États (Berlin, Hambourg, Brême), doté d’un régime parlementaire où le chancelier dirige le gouvernement et le président exerce surtout des fonctions symboliques. Membre fondateur de la Communauté économique européenne, il est au cœur de l’Union européenne, dont il représente près d’un quart du produit intérieur brut.
L’économie allemande, très industrialisée, se situe parmi les plus puissantes du continent. La participation à la zone euro, à l’espace Schengen, les responsabilités au sein des institutions européennes (par exemple à la Commission, au Parlement, dans le Conseil) illustrent cette centralité. Le pays, longtemps perçu comme un « géant économique mais nain politique », assume progressivement un rôle plus affirmé en matière de sécurité, de défense et de politique étrangère, dans un contexte géopolitique bousculé par la guerre en Ukraine, les tensions transatlantiques et la montée des enjeux de souveraineté européenne.
Quelques repères actuels
| Indicateur | Situation récente (ordre de grandeur) |
|---|---|
| Superficie | Environ 357 569 km² |
| Population | Un peu plus de 83 millions d’habitants |
| Organisation politique | République fédérale parlementaire, 16 Länder, capitale à Berlin |
| Position dans l’UE | Membre fondateur, env. 24 % du PIB de l’UE, rôle central dans la zone euro |
| Monnaie | Euro, zone euro depuis 1999 |
| Intégration européenne | Membre de l’espace Schengen, forte représentation dans les institutions de l’UE |
L’histoire longue du pays Allemagne, depuis les tribus franques jusqu’à l’État nation contemporain, est donc celle d’une succession d’expériences politiques – empire carolingien, Saint-Empire, Prusse monarchique, Empire allemand, République de Weimar, dictature nazie, division de la guerre froide, réunification démocratique – qui ont chacune laissé des traces profondes dans les institutions, la culture politique et la mémoire collective. La réunification de 1990 n’a pas effacé ces couches successives ; elle les a plutôt superposées dans une construction nouvelle, qui cherche encore à concilier héritages et responsabilités, identité nationale et engagement européen.
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