Comprendre les pratiques religieuses locales au Groenland : guide pour expatriés

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

S’installer au Groenland, c’est entrer dans un univers où l’Arctique, l’histoire missionnaire danoise et les traditions inuites se mélangent en profondeur. Pour un expatrié, la religion n’est pas qu’une affaire de croyance personnelle : elle structure le calendrier des fêtes, les codes sociaux, certaines formes d’hospitalité et même la vie politique. Comprendre ce paysage religieux aide à éviter les faux pas, mais surtout à mieux lire ce que l’on voit : un costume national porté à l’église, un tambour rituel dans un festival, un débat autour d’une statue de missionnaire.

Bon à savoir :

Bien que l’Église luthérienne évangélique soit l’Église officielle du Royaume, le paysage religieux est diversifié. Il comprend une paroisse catholique cosmopolite à Nuuk, des mouvements pentecôtistes et évangéliques, ainsi que la présence des bahá’ís et des Témoins de Jéhovah. Les croyances chamaniques inuites, bien que peu pratiquées, influencent toujours la culture, l’art et certains rituels. La liberté de religion est garantie par la loi.

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Panorama religieux : qui croit en quoi au Groenland ?

Pour situer le décor, il faut partir des chiffres. Le Groenland compte un peu plus de 57 000 habitants, très majoritairement inuits ou d’origine inuit. La grande majorité se rattache formellement au christianisme, surtout à l’Église luthérienne locale.

Un pays très chrétien… mais de manière nuancée

Les données disponibles convergent : entre 95 % et plus de 96 % de la population se déclare chrétienne, presque tous de tradition protestante luthérienne. Les estimations de non‑croyants tournent autour de 2 à 3 % pour les agnostiques et moins de 2 % pour les athées déclarés ou « séculiers ». Les religions minoritaires, y compris la spiritualité inuite, ne rassemblent chacune que des fractions de pour cent de la population.

On peut résumer ainsi, en ordre de grandeur :

Appartenance religieusePart estimée de la populationRemarques principales
Christianisme (total)95–97 %Majoritairement luthérien
Protestantisme luthérien (Église du pays)95–96,5 %Église de loin majoritaire
Autres confessions chrétiennes~0,4 %Baptistes, pentecôtistes, évangéliques, etc.
Catholicisme0,2–0,8 %Une seule paroisse, à Nuuk
Spiritualité inuite (chamanisme)0,3–0,8 %Influence culturelle bien plus large que les chiffres
Bahá’ís~0,3–0,6 %Environ 150 fidèles
Agnostiques~2,3 %
Athées / sans religion0,2–1,9 %

Derrière ces pourcentages, la pratique est très variée. Beaucoup de Groenlandais sont membres de l’Église luthérienne sans être croyants au sens strict. Ils participent aux grandes fêtes, aux baptêmes ou aux funérailles, plus par tradition et appartenance culturelle que par foi doctrinale. Pour un expatrié, il est donc utile de ne pas interpréter automatiquement la mention « membre de l’Église » comme équivalent à « pratiquant régulier ».

Une structure religieuse fortement luthérienne

L’Église du Groenland, appelée Kalaallit Nunaanni Ilagiit, forme un diocèse luthérien unique, juridiquement partie de l’Église évangélique luthérienne du Danemark, mais largement autonome depuis plusieurs décennies. Elle compte environ 17 à 19 paroisses, regroupées en trois doyennés (Nord, Centre/Est, Sud), pour quelque 67 bâtiments d’église et de chapelle. Vingt‑cinq postes de prêtres, y compris l’évêque et les doyens, sont prévus, mais nombre d’entre eux restent vacants, surtout dans les zones les plus isolées.

Exemple :

À Nuuk, la cathédrale Annaassisitta Oqaluffia est une petite église de bois rouge bâtie au XIXᵉ siècle dans le vieux quartier colonial. Elle abrite un orgue réputé, et son environnement témoigne de l’importance de la foi et de la musique dans l’identité groenlandaise : une statue du missionnaire Hans Egede domine la colline avoisinante, tandis qu’un buste de l’organiste et auteur de cantiques Jonathan Petersen y est également présent.

L’Église est financée par le gouvernement groenlandais : les habitants ne paient pas d’impôt religieux spécifique, contrairement à ce qui se pratique dans d’autres pays nordiques. Cette prise en charge publique renforce encore le rôle de l’Église comme institution culturelle commune, au‑delà de la seule sphère spirituelle.

Histoire religieuse : des évêques norrois aux catéchistes inuits

Pour comprendre les pratiques actuelles, il faut mesurer à quel point l’histoire religieuse du Groenland est marquée par de longs cycles de présence et d’effacement.

De la chrétienté norroise aux ruines de Garðar

Le premier christianisme arrive avec les colons norrois venus d’Islande autour de l’an 1000. Un diocèse est créé à Garðar au XIIᵉ siècle, avec une cathédrale dédiée à Saint Nicolas. Pendant quelques siècles, l’Église catholique fait partie intégrante du monde scandinave médiéval. Puis, au XIVᵉ et XVᵉ siècles, la colonie s’éteint, les contacts européens cessent, le dernier évêque connu meurt en 1377, et les vestiges de Garðar deviennent ce qu’ils sont aujourd’hui : des ruines inscrites au patrimoine mondial de l’UNESCO, témoignage d’une première christianisation qui n’a pas laissé de continuité directe.

Pour l’expatrié curieux, ces ruines, intégrées au site « Kujataa Greenland: Norse and Inuit Farming at the Edge of the Ice Cap », sont un rappel physique que le christianisme au Groenland a connu une première vie entièrement oubliée par la population inuit qui vivait plus au nord et à l’est.

Le retour du christianisme avec Hans Egede

Le grand basculement moderne commence en 1721, lorsque le pasteur luthérien Hans Egede débarque avec sa famille à l’embouchure du fjord de Nuuk. Sa mission : retrouver les descendants des colons norrois et surtout intégrer le Groenland dans la sphère danoise‑norvégienne par l’évangélisation. Il ne trouvera pas les Norrois disparus, mais ancrera puissamment le luthéranisme.

Des comptoirs et petites villes se créent le long de la côte ouest, de Nanortalik au sud à Upernavik au nord. Les missionnaires organisent la catéchèse en groenlandais, élaborent une langue écrite, traduisent le Nouveau Testament et le catéchisme de Luther. Vers 1810, pratiquement tous les Inuits de la côte ouest sont baptisés et participent à une forme de vie chrétienne, sans pour autant abandonner du jour au lendemain leurs représentations traditionnelles.

Missionnaires chrétiens au Groenland

Moraves, catéchistes et christianisation progressive

À côté de la mission d’État danoise, les Frères moraves allemands obtiennent l’autorisation de fonder des stations à partir de 1733, notamment autour de Nuuk et plus au sud. Pendant plus de 130 ans, ils développent une pratique marquée par le piétisme, la musique et un fort accent mis sur l’expérience personnelle de la foi. Leur influence reste perceptible aujourd’hui dans le répertoire de cantiques groenlandais et dans certains styles de spiritualité.

Attention :

Dans l’est du Groenland, la christianisation est finalisée au début du XXᵉ siècle par le catéchiste groenlandais Christian Rosing. Au nord, dans le district de Thulé, le catéchiste Gustav Olsen joue un rôle similaire auprès des Inughuit, avec une conversion achevée dans les années 1930, bien après l’ouest du pays.

Cette histoire explique pourquoi, aujourd’hui encore, les catéchistes occupent une place centrale. Dans un pays sans routes interurbaines, où les villages sont minuscules et dispersés, ces agents locaux – parfois formés sur de courtes sessions, parfois simples lecteurs sans formation théologique complète – assurent les services, les baptêmes, les funérailles et l’enseignement catéchétique au quotidien, sous la supervision d’un prêtre qui ne peut être présent que par intermittence.

Comment se vit la foi luthérienne au quotidien ?

Pour un expatrié, la première rencontre avec la religion se fait souvent dans l’espace public : par les jours fériés, les cérémonies nationales et les grandes fêtes de l’année.

Fêtes religieuses et calendrier social

Le calendrier officiel reprend l’essentiel des grandes fêtes chrétiennes : Noël, Pâques (Jeudi saint, Vendredi saint, dimanche et lundi de Pâques), Ascension, Pentecôte, sans oublier un jour particulier ancré dans la tradition danoise, le Grand Jour de Prière. À ces dates, administrations, écoles et de nombreuses entreprises ferment. S’y ajoutent les grandes fêtes de fin d’année (Noël et Nouvel An) et la Fête nationale du 21 juin, fortement teintée de symbolique culturelle et, souvent, de célébrations religieuses.

Les Grandes Journées Nationales

Découvrez les éléments clés qui structurent les célébrations officielles au Groenland, marquées par un mélange de tradition, de symboles nationaux et de convivialité.

Le Cérémonial Officiel

La journée débute par un service religieux à l’église, suivi d’un lever de drapeau solennel et de discours officiels.

Les Expressions Culturelles

L’ambiance est animée par des performances traditionnelles, incluant des chants et des danses groenlandaises.

Le Kaffemik

Point d’orgue convivial, ces grands cafés-gâteaux ouverts à tous symbolisent le partage et la communauté.

Fusion Identitaire

La Fête nationale, née dans les années 1980, incarne la fusion entre l’identité religieuse luthérienne et l’identité nationale groenlandaise.

Costumes nationaux et grandes étapes de la vie

Les Groenlandais portent volontiers le costume national lors des grandes cérémonies religieuses : baptêmes, confirmations, mariages, services de Noël, Fête nationale. Ce costume, fait de peaux de phoque, de perles et de tissus travaillés, n’est plus un vêtement quotidien, mais un marqueur d’appartenance et de respect pour les moments importants.

Pour un expatrié invité à un baptême ou à une confirmation, constater que la plupart des participants arborent ce costume ne signifie pas que tout le monde est croyant pratiquant. Il s’agit avant tout d’un langage symbolique : la religion comme espace commun où s’exprime la fierté groenlandaise.

Liturgie, langue et musique

Les offices luthériens sont majoritairement en groenlandais (kalaallisut), surtout dans les petites villes et les villages. Dans les grandes villes comme Nuuk, on trouve aussi des services en danois, notamment dans les doyennés. Pour un expatrié non groenlandophone, la barrière linguistique est réelle, mais la structure des cultes – chants, lectures, sermon, prières – reste reconnaissable si l’on vient d’un contexte protestant.

Bon à savoir :

La musique tient un rôle central. Le répertoire inclut des traductions de cantiques danois et allemands, mais aussi de nombreuses compositions originales en groenlandais, issues de l’héritage morave ou de poètes locaux. Lors de certains services, festivals ou cérémonies spéciales, des éléments de culture populaire ou de traditions plus anciennes peuvent également émerger.

Rôle concret des catéchistes

Dans les petites communautés, l’expatrié croisera souvent le catéchiste plus que le prêtre. Ce dernier est la figure de proximité : il ouvre l’église, dirige les prières, organise les funérailles, prépare les jeunes à la confirmation, assure le lien avec l’administration ecclésiale. En revanche, il ne peut généralement pas célébrer les mariages ou les confirmations sans une délégation explicite de l’évêque.

Dans la pratique, les catéchistes incarnent une forme de « clergé local » enraciné dans la culture, la langue et la vie quotidienne des villages. Pour un expatrié qui s’intègre, reconnaître ce rôle et savoir que l’autorité religieuse ne passe pas seulement par la figure du prêtre est un élément clé de compréhension.

Minorités chrétiennes : un paysage discret mais vivant

Même si luthériens et Église officielle dominent, le Groenland abrite une mosaïque de petites communautés chrétiennes qui donnent au paysage religieux une tonalité plus diverse qu’il n’y paraît à première vue.

La petite, mais dynamique, paroisse catholique de Nuuk

La seule paroisse catholique du pays, l’église du Christ‑Roi (Krist Konge Kirke), se trouve à Nuuk. Elle relève du diocèse de Copenhague et réunit quelques centaines de fidèles, la plupart étant des immigrés – en grande majorité des Philippins employés dans l’industrie de la pêche, mais aussi des Vietnamiens, des Européens, des Latino‑américains et quelques Danois. Les catholiques d’origine groenlandaise sont très peu nombreux.

Les messes sont célébrées le dimanche en anglais, avec une messe en danois le premier dimanche du mois. Le curé, un franciscain conventuel slovène, partage son temps entre Nuuk et une paroisse danoise, secondé par d’autres frères ou prêtres de passage. Lorsque aucun prêtre n’est disponible, la communauté se réunit pour une liturgie de la Parole sans eucharistie, signe de la souplesse nécessaire dans un contexte d’extrême dispersion géographique.

Astuce :

Après la messe dominicale, un repas partagé est souvent organisé. Ces moments de convivialité sont centraux pour la vie paroissiale : ils mélangent cultures, cuisines, langues et fonctions communautaires (comme les collectes pour Caritas ou les repas de soutien). Pour un expatrié catholique, cette paroisse est un point d’ancrage essentiel, permettant à la fois de pratiquer sa foi et de rencontrer un réseau d’étrangers déjà acclimatés aux conditions locales.

La paroisse entretient aussi des liens avec de petits groupes catholiques à Ilulissat ou Sisimiut, où les prêtres se rendent à l’occasion. Faute d’édifice dédié, la messe y est célébrée dans des maisons privées, ce qui crée une atmosphère intime et familiale.

Pentecôtistes et évangéliques : un christianisme plus expressif

Depuis le milieu du XXᵉ siècle, plusieurs missions évangéliques ont tenté l’aventure groenlandaise. Elles se sont progressivement fédérées pour donner naissance à des Églises comme Inuunerup Nutaap Oqaluffia (« Église de la Vie Nouvelle »), de sensibilité pentecôtiste, qui compte environ 13 communautés et quelque 500 membres. On trouve aussi une communauté évangélique d’inspiration Frères de Plymouth, implantée à Nuuk en 1970, avec une centaine de fidèles et un camp d’été très fréquenté, Naalersitaq, dans le fjord d’Ameralik.

150

Nombre de Témoins de Jéhovah présents au Groenland, répartis dans cinq villes depuis les années 1950.

Ces groupes se caractérisent souvent par des cults plus démonstratifs que le luthéranisme traditionnel, un accent fort mis sur l’étude biblique et l’évangélisation personnelle. Pour un expatrié venant d’un environnement évangélique, ces communautés peuvent offrir un style de pratique plus familier que les liturgies luthériennes en groenlandais.

Autres présences religieuses

La foi bahá’íe est installée au Groenland depuis les années 1950, avec un petit groupe d’environ 150 fidèles et une maison de réunion à Nuuk ouverte depuis les années 1970. Les adventistes du septième jour ont longtemps été actifs, mais leur église de Nuuk a cessé de fonctionner au début des années 1990 et a été reconvertie en musée d’art.

Le paysage juif et musulman est quasiment inexistant : les sources mentionnent un homme juif résidant à Narsaq et un musulman libanais vivant à Nuuk. Le bouddhisme, la scientologie ou le mormonisme n’ont laissé que des traces très marginales ou temporaires. Globalement, la diversité religieuse « globale » qui caractérise les grandes métropoles est ici cantonnée à des micro‑communautés.

Spiritualité inuite : une minorité de pratiquants, une majorité d’influence

Officiellement, moins de 1 % des Groenlandais pratiquent aujourd’hui de manière active les croyances chamaniques et la cosmologie traditionnelle inuite. Mais mesurer la spiritualité inuite à l’aune de la seule pratique rituelle serait passer à côté de son influence profonde sur la culture, l’art et certaines manières d’habiter le monde.

Une religion de l’équilibre avec la nature

La religion traditionnelle des Inuits est fondamentalement animiste et chamanique. Elle part de l’idée que tout – humains, animaux, éléments naturels – possède une inua, une présence ou un esprit. Les humains sont dotés de plusieurs composantes spirituelles, dont une âme susceptible de quitter le corps, voyager en rêve et se réincarner.

Bon à savoir :

L’univers inuit est structuré en mondes superposés habités par des esprits. La déesse de la mer (Sedna ou Nuliajuk) contrôle l’accès aux animaux marins, cruciaux pour la survie. Le respect de règles strictes concernant la chasse, le traitement des animaux, la sexualité et le deuil est impératif. La transgression de ces tabous peut provoquer la colère des esprits et entraîner des catastrophes pour la communauté (tempêtes, pénuries, maladies).

Dans ce système, les chamanes (angakkuit) servent d’intermédiaires entre humains et esprits : ils voyagent en esprit, dialoguent avec les déités, apaisent la colère de la déesse de la mer en confessant les fautes de la communauté, rétablissent l’équilibre. Ils disposent de « puissances auxiliaires » (tuurngait), qui peuvent être des animaux, des objets, des êtres hybrides, chargés de les assister.

Conversion au christianisme et continuités

L’histoire missionnaire montre que les Inuits n’ont pas été de simples récepteurs passifs du christianisme. Ils en ont souvent été les vecteurs, transmettant cantiques et prières d’un camp à l’autre avant même l’arrivée permanente de missionnaires dans certaines régions. La prière, par exemple, s’est intégrée très tôt à la vie familiale, parfois bien avant que les distinctons entre confessions (anglicans, catholiques, luthériens) n’aient un sens pour les communautés locales.

Exemple :

Dans le Nunavut canadien, les récits historiques illustrent une période de cohabitation entre le chamanisme inuit et le christianisme, parfois au sein des mêmes individus. Cette synthèse a pris fin sous la pression missionnaire, qui a conduit au rejet explicite des pratiques chamaniques. Des rituels de transition, comme le *siqqitirniq* — un repas commun marquant la fin des anciens tabous alimentaires — symbolisaient ce passage d’un système de croyances à un autre.

Au Groenland, la christianisation a été un peu plus précoce et plus étroitement encadrée par l’administration coloniale, mais la dynamique de syncrétisme et de continuité est comparable. La vision chrétienne de Dieu, des anges, du diable, s’est superposée à un monde d’esprits préexistant, en réinterprétant parfois des figures traditionnelles.

Un renouveau identitaire, plus que religieux

Depuis les années 1970, on assiste à un regain d’intérêt pour les traditions chamaniques : tambour dansé, tatouages féminins, récits de mythes anciens. Ce mouvement s’inscrit autant dans la revendication identitaire et la « décolonisation culturelle » que dans une pratique religieuse au sens strict.

Pour un expatrié, la nuance est importante : voir un tambour chamanique en spectacle ou des tatouages inspirés des motifs anciens ne signifie pas forcément que les personnes se considèrent comme adeptes d’une religion non chrétienne. Souvent, elles se disent chrétiennes, agnostiques ou « spirituelles mais pas religieuses », tout en se réappropriant ces symboles comme marqueurs de fierté culturelle.

Art, festivals et traces dans la vie quotidienne

La spiritualité inuite affleure dans plusieurs espaces :

l’art contemporain, où esprits, animaux hybrides et scènes mythologiques sont fréquents ;

– les festivals culturels et les Aasivik, camps d’été axés sur la tradition (kayak, sculpture, cuisine, contes) ;

– les récits oraux lors de longues soirées d’hiver ou de rassemblements comme le « retour du soleil » après la nuit polaire.

Même dans un pays très majoritairement chrétien, cette continuité donne à la religion un visage particulier : la bénédiction d’un bateau de pêche peut être pensée à la fois comme un acte de foi chrétienne et comme un geste pour rester « en bon terme » avec la mer qui nourrit.

Fréquenter les lieux de culte : codes vestimentaires et attitudes

Le Groenland est un pays au code vestimentaire globalement très décontracté et dominé par les impératifs climatiques. Pourtant, dès qu’on franchit la porte d’une église ou qu’on assiste à un rituel, certaines règles implicites s’appliquent. Elles rejoignent en partie les principes de respect observés ailleurs dans le monde, mais avec des nuances liées au climat et à la culture locale.

Entre bottes de neige et décence : comment s’habiller à l’église

Dans la vie quotidienne, jeans, pulls en laine, parkas et bottes de randonnée sont la norme, y compris dans nombre de restaurants. Les Groenlandais s’habillent pour survivre au vent, à la neige et aux longues marches dans la boue ou sur la glace. L’église n’échappe pas entièrement à cette logique : il n’est pas rare d’y voir des fidèles en grosses bottes, bonnets sous le bras et manteaux suspendus à l’entrée.

Bon à savoir :

Pour les offices dominicaux et les grandes fêtes, une tenue propre et sobre est attendue : épaules couvertes, pantalons ou jupes sous le genou. Bien que moins stricte que dans certaines cathédrales d’Europe du Sud, il est conseillé d’éviter les tenues très décontractées comme les shorts et les débardeurs.

Une manière simple de s’orienter pour un expatrié est la suivante :

SituationTenue recommandée
Messe dominicale « ordinaire »Pantalon ou jean propre, pull ou chemise à manches longues, chaussures fermées
Grandes fêtes (Noël, Pâques, confirmations)Tenue un peu plus soignée : chemise, robe sobre, éventuellement veste ou blazer
Mariage, baptême en famille localeNiveau d’élégance comparable à un mariage civil en Europe du Nord
Visite touristique d’une église videTenue de ville correcte, même si très orientée outdoor (parka, bottes)

Les vêtements trop moulants, les décolletés très marqués ou les inscriptions agressives sur les t‑shirts sont à éviter, comme dans la plupart des lieux de culte. Les couleurs vives ne sont pas un problème en soi – le costume national groenlandais est très coloré – mais le contexte compte : on les accepte mieux lors des fêtes que lors d’un enterrement.

Chapeaux, chaussures, photos : ce qu’il faut savoir

La coutume, dans les églises chrétiennes, est de retirer les casquettes et bonnets une fois assis. La plupart des Groenlandais respectent ce code, même si, par grand froid, certains gardent parfois un bonnet discret pendant un office peu formel. En tant qu’expatrié, mieux vaut se conformer au retrait du couvre‑chef.

La question des chaussures est plus contextuelle : dans la boue ou la neige, on enlève parfois les bottes à l’entrée pour ne pas salir l’intérieur, surtout dans les petites chapelles. Observer les locaux ou demander discrètement au catéchiste permet d’éviter les maladresses.

Astuce :

La photographie à l’intérieur des églises est généralement acceptée en dehors des offices, mais il est perçu comme intrusif de photographier des personnes en pleine prière ou d’utiliser un flash pendant un rituel. La règle fondamentale, valable dans tout le Groenland, est d’obtenir un accord explicite avant de prendre un portrait d’un habitant.

Superposer les couches… de vêtements et de respect

Le climat groenlandais étant rude et changeant, la fameuse « méthode des couches » (sous‑vêtement thermique, couche isolante, couche coupe‑vent et imperméable) est valable même pour rejoindre une église. Il n’est pas rare de marcher dans le vent glacial pour un office de Noël ou un mariage hivernal. Mieux vaut donc venir bien équipé et ôter simplement les couches extérieures une fois à l’intérieur.

On peut voir un parallèle intéressant entre cette superposition de couches de vêtements et les couches de codes sociaux : la société paraît très informelle, mais sous cette informalité se cachent des attentes de respect assez claires. Une tenue globalement modeste, une attitude calme, un téléphone en mode silencieux et une discrétion dans les déplacements suffisent largement à montrer que l’on prend le lieu au sérieux.

Dialoguer sur la religion : prudence et curiosité respectueuse

Dans beaucoup de cultures, la religion figure au rang des sujets délicats, à manier avec prudence, au même titre que la politique ou l’argent. Le Groenland ne fait pas exception, d’autant que la christianisation et la colonisation danoise sont parfois vécues comme un même mouvement historique ambivalent.

Une Église à la fois unificatrice et contestée

L’Église luthérienne est perçue par beaucoup comme un repère constant, un espace où l’on célèbre ensemble les joies et où l’on pleure les morts. Mais certains Groenlandais, en particulier parmi les plus jeunes et les militants de la décolonisation, mettent en avant la violence symbolique et culturelle associée à certains épisodes missionnaires. Le missionnaire Hans Egede, par exemple, est à la fois célébré pour avoir introduit l’écriture en groenlandais et contesté comme figure de l’imposition religieuse européenne. Sa statue à Nuuk a été vandalisée, couverte de peinture rouge avec le mot « decolonize ».

Attention :

Pour un expatrié, commenter un débat local sans connaître les sensibilités peut mener à un impair. Il est préférable d’écouter, de poser des questions ouvertes et de reconnaître la complexité historique, plutôt que de juger trop rapidement le bien-fondé d’une mission.

Ce qu’il est préférable d’éviter

D’une manière générale, aborder la religion de manière frontale, en demandant « De quelle religion es‑tu ? » ou en cherchant à convaincre autrui de ses propres convictions, n’est pas dans les normes relationnelles groenlandaises, plutôt marquées par la retenue, la politesse indirecte et le respect de la sphère privée. Il est souvent préférable, si le sujet vient, de demander « Qu’est‑ce qui est important pour toi ? » ou « Comment vois‑tu les traditions ici ? », ce qui laisse la personne libre de parler de foi, de culture, de langue ou de tout autre élément identitaire.

Astuce :

Dans les petites communautés où tout le monde se connaît, un débat houleux sur la religion, par exemple lors d’un Kaffemik, peut avoir des répercussions étendues. Il risque de raviver de vieux différends familiaux ou de fragiliser les liens sociaux au-delà du cercle immédiat. Ainsi, modérer l’expression de ses opinions religieuses est souvent perçu comme un signe de maturité et de respect.

Quand la foi devient point d’entrée dans la société

À l’inverse, pour des expatriés croyants, rejoindre une communauté religieuse locale peut être un moyen important de socialisation. C’est flagrant à la paroisse catholique de Nuuk, où la messe dominicale se prolonge presque systématiquement en repas partagé, activités caritatives et échanges informels. Les Églises évangéliques et pentecôtistes offrent elles aussi des espaces de socialisation, de musique, d’entraide pratique.

Là encore, la clé est l’humilité : arriver comme invité, écouter, apprendre quelques mots de groenlandais, s’intéresser aux chants locaux, participer à la logistique (préparer la salle, aider à la cuisine) crée plus de liens que de longs discours dogmatiques.

Fêtes, rituels et culture : quand le religieux dépasse l’église

Au Groenland, ligne de partage nette entre religieux et culturel est souvent floue. De nombreuses fêtes rappellent leur origine chrétienne, mais se vivent autant comme célébrations collectives que comme observances strictement spirituelles.

Noël et « retour du soleil » : deux fenêtres sur l’âme du pays

Noël est célébré avec intensité. Dès début décembre, des étoiles lumineuses orange apparaissent aux fenêtres, les églises se remplissent pour les concerts et services, et les familles préparent des repas riches en spécialités locales : phoque, baleine, renne, mattak (peau et graisse de baleine), kiviak (oiseaux fermentés) pour les plus aventureux. Le 24 décembre concentre les principaux rituels : office religieux, cadeau, chants, repas prolongés. Pour beaucoup, Noël est à la fois une fête très chrétienne et un moment de retrouvailles culturelles.

Bon à savoir :

En janvier, après la longue nuit polaire, la ville d’Ilulissat célèbre le retour du soleil. Écoliers, familles et parfois prêtres montent en traîneau à chiens sur une colline pour saluer la première lumière, chanter et partager boissons chaudes et gâteaux. Ce rituel, bien que non officiellement religieux, s’inscrit dans une tradition de respect collectif pour les forces naturelles, autrefois perçues comme l’expression d’esprits puissants.

Fête nationale et Kaffemik : liturgie civile et hospitalité

La Fête nationale du 21 juin, jour du solstice d’été, est un concentré de symboles. On y trouve souvent un office religieux, des discours politiques, des danses traditionnelles, des démonstrations de kayak, de la musique contemporaine, des musées ouverts et, partout, des Kaffemik où les portes sont grandes ouvertes aux voisins, aux amis et parfois aux étrangers de passage. La dimension religieuse y est moins centrale qu’à Noël, mais l’église reste un des lieux de rassemblement.

Bon à savoir :

Le Kaffemik, même non religieux, transmet des valeurs spirituelles inuites essentielles : le partage, la réciprocité, l’hospitalité envers les étrangers et l’humilité. Pour un expatrié, cet événement est une immersion concrète dans le sens de la vie communautaire en milieu extrême, souvent plus parlante que des discours.

Sport, nature et foi discrète

De nombreux événements sportifs emblématiques – marathons au milieu des icebergs, courses de chiens de traîneau, raids d’aventure sur les glaciers – ont lieu dans des paysages qui inspirent naturellement le sentiment du sacré, même chez les non‑croyants. Les Groenlandais, très attachés à la nature, peuvent exprimer leur lien à la terre et à la mer en des termes à demi religieux : respect des animaux, reconnaissance des dons de la mer, prudence face aux forces glaciaires.

Ce n’est pas un hasard si, historiquement, la cosmologie inuite comme le christianisme luthérien local ont fortement insisté sur la notion de responsabilité : vis‑à‑vis de la communauté, mais aussi vis‑à‑vis de la création. Dans la pratique, cela se traduit par une grande sensibilité aux enjeux environnementaux et aux effets du changement climatique, souvent évoqués dans les sermons ou les prières publiques.

Conseils pratiques pour les expatriés : s’orienter dans le paysage religieux

Au‑delà de la compréhension générale, quelques repères concrets peuvent aider un expatrié à vivre plus sereinement sa relation à la religion au Groenland.

Choisir ou non une communauté

Pour ceux qui souhaitent pratiquer, plusieurs options existent selon les villes :

participation aux offices luthériens locaux, en groenlandais ou en danois, en particulier dans les grandes villes comme Nuuk, Ilulissat, Sisimiut ;

– insertion dans la paroisse catholique de Nuuk pour les catholiques – la messe en anglais facilite la transition ;

– fréquentation de communautés pentecôtistes ou évangéliques, surtout à Nuuk et dans quelques autres villes, pour un style de culte plus proche de certaines traditions évangéliques internationales.

Bon à savoir :

Pour les personnes non religieuses assistant à une cérémonie religieuse (Noël, mariage, confirmation) par courtoisie, il est recommandé de se présenter clairement comme invité, d’offrir un petit cadeau à la famille ou de contribuer au buffet pour marquer le partage de ce moment important.

Se comporter dans les cérémonies

En pratique, quelques réflexes font la différence :

arriver à l’heure, voire un peu en avance ;

couper son téléphone ;

– suivre les gestes des fidèles (se lever, s’asseoir, éventuellement s’agenouiller si l’assemblée le fait) sans forcer la participation si l’on ne se sent pas à l’aise ;

– éviter de quitter l’église en plein milieu de la cérémonie, sauf urgence réelle.

Bon à savoir :

Dans les églises luthériennes, la communion est encouragée pour les membres baptisés, mais les visiteurs ne sont pas mis sous pression. Dans un contexte catholique, la discipline est plus stricte, mais il est acceptable pour un non-catholique de rester assis pendant la communion. Aucune confession publique de foi ne sera demandée.

Négocier les questions sensibles

Face à des sujets qui peuvent diviser – place de l’Église dans la société, débats autour des statues de missionnaires, tensions entre christianisme et traditions inuites –, la meilleure stratégie est souvent :

de poser des questions ouvertes plutôt que d’énoncer des jugements ;

de reconnaître la légitimité de points de vue divergents au sein même de la société groenlandaise ;

d’éviter de comparer de manière simpliste avec la situation de son pays d’origine.

Cela vaut aussi dans les discussions de travail : dans des collectifs multiculturels où certains collègues sont très attachés à la tradition luthérienne et d’autres franchement athées ou spiritualistes, s’abstenir de lancer des débats religieux permet de préserver la cohésion.

Conclusion : lire le Groenland à travers ses religions

Vivre au Groenland, c’est se trouver à la rencontre de plusieurs mondes : l’héritage luthérien danois, toujours institutionnellement dominant ; une spiritualité inuite ancienne, omniprésente dans les récits et les symboles ; des minorités chrétiennes qui relient le pays à des réseaux globaux (catholiques, pentecôtistes, évangéliques, bahá’ís) ; et une sécularisation progressive, surtout chez les jeunes générations.

Bon à savoir :

Pour un expatrié, saisir les pratiques religieuses va au-delà des coutumes dans un lieu de culte ou des jours fériés. Cela permet de décrypter un système de valeurs complet, incluant l’importance de la communauté, la relation à la nature, l’héritage de la colonisation et les dynamiques entre tradition et modernité.

En respectant quelques codes simples – tenue correcte dans les lieux de culte, discrétion dans les débats, curiosité humble face aux traditions – il devient possible non seulement d’éviter les maladresses, mais aussi de recevoir ce que ces pratiques ont à offrir : un autre rapport au temps (rythmé par les saisons et la lumière), un autre rapport à la terre et à la mer, un autre sens de ce que signifie « faire communauté » au bord de la calotte glaciaire.

Pourquoi il est préférable de me contacter ? Voilà un exemple concret :

Un retraité de 62 ans, disposant d’un patrimoine financier européen structuré de plus d’un million d’euros, souhaite transférer sa résidence fiscale au Groenland afin d’optimiser sa charge imposable, diversifier ses investissements et conserver un lien fort avec la France. Budget alloué : 10 000 € pour un accompagnement complet (conseil fiscal international, formalités administratives, organisation de la délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.

Après analyse de plusieurs destinations (Groenland, Islande, Portugal, Canada nordique), la stratégie retenue consiste à cibler le Groenland, territoire autonome au sein du Royaume du Danemark, pour sa pression fiscale modérée, son coût de la vie encore compétitif hors zones minières, et la possibilité de structurer les flux via le cadre danois (conventions fiscales, stabilité juridique). La mission inclut : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax, reports d’imposition), obtention d’un permis de séjour et achat d’une résidence principale, couverture santé locale et coordination avec la CPAM, transfert de résidence bancaire, plan de rupture des liens fiscaux français (183 jours, centre d’intérêts économiques), mise en relation avec un réseau local bilingue et optimisation patrimoniale internationale (immobilier, revenus de portefeuille, transmission).

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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