Histoire du pays Belgique : d’un carrefour disputé à un État indépendant

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

La trajectoire historique du pays que l’on appelle aujourd’hui Histoire du pays Belgique ressemble moins à une ligne droite qu’à un palimpseste. Romains, ducs bourguignons, Habsbourg d’Espagne puis d’Autriche, révolutionnaires français, rois néerlandais et enfin Belges eux‑mêmes ont successivement écrit – et parfois effacé – des chapitres entiers. Longtemps, il n’existe pas de « Belgique » unifiée, seulement une mosaïque de principautés, de comtés et de duchés. Pourtant, en un peu plus d’un siècle, ce territoire passe du statut de périphérie impériale à celui de royaume indépendant, puis de puissance industrielle, coloniale, et enfin d’État fédéral au cœur de l’Europe.

Bon à savoir :

L’histoire de la Belgique repose sur trois éléments indissociables : sa position géographique de carrefour, une succession de dominations étrangères, et une lente construction identitaire et politique, qui a abouti à la révolution de 1830 et à la création du Royaume de Belgique.

Des Belgae à la mosaïque des principautés médiévales

Bien avant d’être une entité politique, la région est un nom dans les Commentaires de César : il parle des Belgae pour désigner des tribus celtes installées entre Seine, Rhin et Manche. Annexé au Ier siècle avant notre ère, le territoire est intégré aux provinces romaines de Gallia Belgica puis de Germania Inferior. Avec la christianisation progressive et l’installation de peuples germaniques, notamment les Francs, la région devient une zone de contact entre monde romanisé et monde germanique.

Au haut Moyen Âge, l’espace qui correspond à l’Histoire du pays Belgique est englobé dans l’empire carolingien, avant d’être rattaché au Saint‑Empire romain germanique. Mais il ne forme pas un bloc : il se fragmente en puissances locales puissantes. On y trouve notamment :

Principauté / TerritoireNature politiqueParticularités historiques principales
Duché de BrabantDuché du Saint‑EmpireCentre politique et économique autour de Bruxelles, Louvain, Anvers
Comté de FlandreFief mouvant de France puis de l’EmpireForte urbanisation, grandes villes drapantes (Bruges, Gand)
Comté de HainautComté féodalZone industrielle précoce (charbon, métaux)
Comté de NamurComté féodalPosition stratégique sur la Meuse
Prince‑évêché de LiègePrincipauté ecclésiastiqueLarge autonomie politique au sein du Saint‑Empire
Comté de LuxembourgComté puis duchéTerritoire charnière vers le monde germanique

Ces entités connaissent leur propre histoire de guerres, d’alliances et de révoltes. Des batailles comme Worringen (1288) ou les Éperons d’or à Courtrai (1302), longtemps réinterprétées par l’historiographie romantique, deviennent plus tard des jalons d’un récit national belge valorisant les résistances locales aux grandes puissances voisines.

Des Pays-Bas bourguignons aux Pays-Bas espagnols et autrichiens

À partir du XVe siècle, les ducs de Bourgogne parviennent à réunir sous leur sceptre une grande partie des principautés de la région. C’est la naissance des Pays‑Bas bourguignons, ensemble politique qui préfigure l’espace de l’Histoire du pays Belgique moderne. Sous les Habsbourg, d’abord espagnols (XVIe‑XVIIe siècles) puis autrichiens (XVIIIe siècle), ces territoires prennent le nom de Pays‑Bas espagnols puis d’Autriche, souvent désignés comme « Pays‑Bas méridionaux » ou « Pays‑Bas autrichiens ».

Bon à savoir :

Sous les Habsbourg, les provinces connaissent une prospérité économique et bénéficient de privilèges et d’autonomie garantis par des chartes comme la Joyeuse Entrée, renforçant la noblesse locale et l’Église. Cependant, toute tentative de centralisation et de limitation de ces privilèges, notamment sous Joseph II, déclenche de vives oppositions.

À la fin du XVIIIe siècle, les réformes de Joseph II sur l’administration, la justice et surtout l’Église (fermeture de monastères, séminaires remplacés par un séminaire général à Louvain) déclenchent des émeutes dès 1787, la « petite révolution ». Le mouvement se cristallise en 1789 autour de deux courants : les Statistes, conservateurs, défenseurs des privilèges provinciaux et de l’Église, et les Vonckistes, plus libéraux, partisans d’un gouvernement inspiré des Lumières. Victorieux des troupes autrichiennes lors de la bataille de Turnhout, les insurgés proclament en 1790 les États belgiques unis, première apparition officielle d’un terme « Belgique » comme ensemble politique. L’expérience tourne court : divisions internes, retour des Autrichiens, puis irruption de la Révolution française.

L’intermède révolutionnaire français : laboratoire d’un État moderne

La décennie 1790‑1800 est décisive pour l’Histoire du pays Belgique. Après la reconquête autrichienne, l’armée révolutionnaire française bat définitivement les forces impériales à Fleurus en 1794. L’année suivante, les Pays‑Bas autrichiens et la principauté de Liège sont annexés à la France et transformés en départements. L’intégration est brutale : suppression des institutions d’Ancien Régime, confiscation des biens du clergé, dissolution de l’université de Louvain, destruction symbolique comme celle de la cathédrale Saint‑Lambert à Liège. La conscription et les persécutions anticléricales nourrissent des révoltes paysannes, notamment le Boerenkrijg de 1798.

Mais cette période importe au moins autant par ce qu’elle détruit que par ce qu’elle construit. Le pouvoir français introduit :

un système administratif centralisé, en départements ;

une fiscalité unifiée ;

les codes napoléoniens, qui resteront la base du droit belge ;

la liberté du commerce, la fin des corporations, l’ouverture du port d’Anvers.

1720

Le premier moteur à vapeur continental est installé dans une mine près de Liège en 1720, marquant une étape précoce de l’industrialisation.

En quelques décennies, ce qui n’était qu’un ensemble de provinces devient un espace économique relativement intégré, structuré par un droit commun et des infrastructures communes. Autant d’éléments qui faciliteront plus tard la naissance d’un État belge centralisé.

Le Royaume uni des Pays-Bas : un mariage forcé au nord

La chute de Napoléon ouvre une nouvelle ère. Les puissances victorieuses, réunies au Congrès de Vienne, cherchent à construire un « cordon sanitaire » au nord de la France pour empêcher tout retour des ambitions françaises. Elles décident d’unir les anciennes Provinces‑Unies (le futur Royaume des Pays‑Bas) et les anciens Pays‑Bas autrichiens dans un même ensemble : le Royaume uni des Pays‑Bas, confié à la maison d’Orange‑Nassau.

Exemple :

L’union du nord et du sud des Pays-Bas, initiée en 1815, visait à créer un État puissant en associant le commerce colonial du nord (avec les ports d’Amsterdam et Rotterdam) à l’industrialisation du sud (avec le port d’Anvers). Des investissements comme la Société Générale des Pays‑Bas (1822) ont financé l’industrie, tandis que des universités d’État furent créées à Gand, Liège et Louvain, et que les infrastructures (canaux, routes) se développèrent.

Mais sous la surface, les tensions s’accumulent. Plusieurs fractures majeures traversent le royaume :

DomaineNord (Provinces-Unies)Sud (Pays-Bas méridionaux)Source de tension principale
ReligionMajoritairement protestant réformé (calviniste)Majoritairement catholiqueMéfiance envers un roi calviniste contrôlant l’éducation
LangueNéerlandaisFlamand dialectal, français en élite et WallonieImposition du néerlandais comme langue d’État et de l’armée
ÉconomieCommerce maritime, coloniesIndustrie lourde, textileRépartition de la dette publique au détriment du Sud
Représentation2 M d’habitants, 55 députés3,5 M d’habitants, 55 députésSous‑représentation du Sud dans les institutions
AdministrationCentres à Amsterdam, La HayeInstitutions transférées au NordFonction publique dominée par des Hollandais

Le roi Guillaume Ier cumule des maladresses qui transforment ces divergences structurelles en ressentiment politique. Sa conception du pouvoir est autoritaire ; nombre de libéraux, au Nord comme au Sud, dénoncent un régime despotique. Ses réformes scolaires placent l’éducation sous contrôle étroit de l’État, irritant la hiérarchie catholique ; son projet, inspiré du modèle luthérien allemand où le souverain domine l’Église, heurte un clergé soumis à Rome. L’armée devient le symbole de cette domination : les conscrits méridionaux y sont nombreux, mais la proportion d’officiers issus du Sud est très faible, et en 1823–1824, le néerlandais est imposé comme langue unique de l’armée.

Attention :

La dette publique très élevée des anciennes Provinces-Unies est mutualisée avec le Sud, obligeant les Belges à contribuer par l’impôt à une dette qu’ils considèrent comme étrangère. De plus, les grandes institutions et l’administration sont concentrées au Nord, où les fonctionnaires hollandais sont quatre fois plus nombreux que les méridionaux.

Enfin, la question linguistique devient explosive. En 1823, une réforme cherche à imposer le néerlandais comme langue officielle dans les provinces flamandes, suscitant l’hostilité à la fois des élites francophones de Flandre et de Wallonie, et des Flamands eux‑mêmes, dont beaucoup parlent des dialectes éloignés du néerlandais standard. Sous la pression, la réforme est abrogée en juin 1830, trop tard pour calmer les esprits.

Les ferments de la Révolution : religion, libertés, crise sociale

À partir de 1828, un phénomène inédit se produit : catholiques et libéraux, longtemps opposés, s’unissent contre le pouvoir en place. Cette alliance, appelée « unionisme », se cristallise autour de revendications communes : respect des libertés de la presse et de réunion, fin de l’ingérence de l’État dans l’enseignement catholique, meilleure représentation des méridionaux dans les institutions, partage plus équitable de la dette et des charges militaires.

Il publie des articles virulents contre le gouvernement, fustigeant en particulier la charge de la dette hollandaise sur les contribuables belges. Jugé en 1828, ses idées diffusent dans la bourgeoisie éclairée, qui réclame une responsabilité ministérielle et la fin d’un système où les ministres ne répondent que devant le roi.

Louis de Potter, journaliste au Courrier des Pays‑Bas

Sur le terrain social, la situation se dégrade. Les années 1820 voient monter le chômage urbain, surtout dans les bassins textiles de Verviers, Liège ou Tournai ; la concurrence britannique, après la fin du blocus continental napoléonien, inonde le continent de produits bon marché, favorisés par le Nord agricole qui y trouve un débouché, au détriment d’une industrie méridionale tournée vers la France, désormais perdue. Des récoltes médiocres en 1830 aggravent encore les difficultés. L’industrialisation, amorcée précocement, a créé un prolétariat urbain concentré, disponible pour l’émeute.

Bon à savoir :

La Révolution de Juillet 1830 à Paris, qui a conduit à la chute de Charles X et à l’avènement de Louis-Philippe, a servi d’étincelle psychologique. Perçue à travers la presse méridionale, elle a convaincu les catholiques belges que l’absolutisme pouvait être renversé et a conforté les libéraux dans leurs revendications.

Bruxelles, août 1830 : quand l’opéra devient révolution

Le basculement se produit à Bruxelles le 25 août 1830. Ce soir‑là, le Théâtre de la Monnaie programme La Muette de Portici, un opéra de Daniel Auber qui raconte l’insurrection napolitaine de Masaniello contre la domination espagnole au XVIIe siècle. La représentation est exceptionnelle : elle est offerte en l’honneur de l’anniversaire du roi Guillaume Ier. Alors que le régime veut célébrer sa puissance, c’est le contraire qui se produit.

Exemple :

Au deuxième acte de l’opéra ‘La Muette de Portici’, le duo patriotique ‘Amour sacré de la patrie’ interprété par le ténor Adolphe Nourrit provoque l’enthousiasme. Une partie du public bourgeois, déjà excédé, quitte la salle et rejoint les troubles naissants en ville. Les rues de Bruxelles voient alors des manifestants scander des slogans patriotiques, briser des vitrines et piller des magasins. Dans les jours suivants, les émeutes, alimentées par un prolétariat désespéré, s’intensifient : des usines sont envahies et des machines détruites, symbolisant une colère mêlant revendications politiques et frustrations sociales.

Face au chaos, la bourgeoisie locale tente de reprendre la main. Une milice citoyenne se forme pour contrôler les rues, défendre les propriétés, éviter que la contestation ne dégénère en révolution sociale incontrôlée. Dès le 1er septembre, les chefs de cette garde, conscients de la gravité de la situation, sollicitent la venue du prince héritier Guillaume (futur Guillaume II) afin de négocier une solution. Le prince, modéré, se rend à Bruxelles et en discute avec les notables et les états généraux. Il se laisse convaincre qu’une séparation administrative entre Nord et Sud, sous la couronne d’Orange‑Nassau, serait le meilleur compromis.

8000

C’est le nombre de soldats envoyés par le prince Frédéric pour reprendre Bruxelles.

Quatre jours de combat de rue et la naissance d’un gouvernement provisoire

Les combats de rue qui s’engagent du 23 au 26 septembre 1830 marquent une étape décisive. Dans un Bruxelles hérissé de barricades, où des volontaires affluent de toutes les régions méridionales, les troupes néerlandaises peinent à progresser. À la différence des premières émeutes, le mouvement est désormais structuré : un comité de notables et de révolutionnaires, autour de Charles Rogier, coordonne l’action, contrôle la garde bourgeoise et les volontaires. La ville se transforme en champ de bataille.

Bon à savoir :

Après des combats acharnés, les troupes hollandaises, ayant sous-estimé la résistance, évacuent Bruxelles dans la nuit du 26 au 27 septembre et se replient vers des places fortes. Le bombardement ultérieur d’Anvers, ordonné par le commandant de la citadelle, provoque une indignation générale dans le Sud et discrédite définitivement l’autorité hollandaise.

Dès le 24 septembre, alors que les combats font encore rage, un Comité provisoire se constitue à Bruxelles, rapidement transformé en Gouvernement provisoire présidé par Charles Rogier. Le 4 octobre, celui‑ci publie une Déclaration d’indépendance, rompant officiellement avec le Royaume uni des Pays‑Bas. Un Congrès national est convoqué pour rédiger une constitution. La rupture est consommée, même si une partie de la bourgeoisie reste hésitante : lors des élections du 3 novembre, sur 46 000 électeurs potentiels, seuls 30 000 votent, et près d’un tiers des bulletins sont blancs, signe que beaucoup auraient encore accepté une solution de compromis avec La Haye.

La question internationale : peur d’une annexion française, invention d’un État neutre

L’indépendance proclamée ne suffit pas : elle doit être reconnue par les grandes puissances. Or, en 1830, celles‑ci restent obsédées par le spectre napoléonien et par la nécessité de préserver l’équilibre européen dessiné à Vienne. Quand Louis‑Philippe et le nouveau régime de Juillet apportent leur soutien à la cause belge, Londres, Vienne, Berlin et Saint‑Pétersbourg craignent avant tout un rattachement pur et simple des provinces méridionales à la France, qui reconstituerait un bastion français sur l’Escaut et face à la Manche.

Bon à savoir :

Pour résoudre la crise belge de 1830, une conférence réunit à Londres le Royaume-Uni, la France, l’Autriche, la Prusse et la Russie. Sous l’impulsion britannique de Lord Palmerston, qui cherche à éviter une annexion française et une guerre tout en sécurisant les routes maritimes, et avec la négociation de Talleyrand pour la France, il est décidé de créer un État belge indépendant. Cette solution, préférée au retour sous domination néerlandaise ou à un partage du territoire, vise à établir un État tampon autonome entre la France, les Pays-Bas et la Prusse.

Dès le 20 décembre 1830, la conférence reconnaît le principe de l’indépendance belge et la dissolution du Royaume uni des Pays‑Bas. Reste à en préciser les modalités : frontières, statut international, régime politique. C’est là qu’intervient une innovation majeure : la neutralisation. Inspirée du précédent suisse (1815), l’idée est de faire de la Belgique un État « indépendant et perpétuellement neutre », dont l’intégrité serait garantie par les puissances signataires.

La Belgique « formera un État indépendant et perpétuellement neutre ». En échange de cette neutralité, l’intégrité de ses frontières est garantie.

Traité de Londres du 19 avril 1839, article VII

Forger un royaume : constitution, monarchie et choix d’un roi

Entre temps, à Bruxelles, le Congrès national élu en novembre 1830 rédige l’architecture institutionnelle du nouvel État. Le 22 novembre, il tranche une question centrale : la Belgique ne sera ni une république à la française, ni un retour à un absolutisme d’Ancien Régime, mais une monarchie constitutionnelle. Le vote est sans appel : 174 voix contre 13. Il s’agit de rassurer les puissances, d’éviter un alignement trop visible sur Paris et de donner une figure unificatrice à un pays traversé de clivages linguistiques, religieux et régionaux.

Bon à savoir :

Proclamée le 7 février 1831, la Constitution belge est l’une des plus libérales de son époque. Elle garantit les libertés de presse, d’association et de culte, établit la séparation des pouvoirs et instaure un suffrage censitaire masculin. Le système parlementaire est bicaméral, composé d’un Sénat et d’une Chambre des représentants. Le roi règne mais ses actes doivent être contresignés par des ministres, qui sont responsables devant la Chambre.

Reste à trouver ce roi. Le Congrès refuse d’envisager tout candidat de la maison d’Orange‑Nassau, afin de marquer la rupture avec La Haye. En février 1831, il porte son choix sur le duc de Nemours, fils de Louis‑Philippe. Mais sous la pression de Lord Palmerston, qui redoute l’extension de l’influence française, le roi des Français refuse la couronne au nom de son fils. Un régent, Érasme‑Louis Surlet de Chokier, est nommé en attendant.

1831

Année où Léopold Ier prête serment sur la Constitution belge, devenant le premier roi des Belges.

Le titre choisi, « roi des Belges » et non « roi de Belgique », n’est pas anodin : il suggère une souveraineté qui émane du peuple, et non un simple droit dynastique sur un territoire. La monarchie, d’emblée, se définit comme populaire et constitutionnelle.

La revanche de Guillaume Ier : la campagne des Dix‑Jours

Installé sur son trône, Léopold Ier n’a pas le temps de savourer : Guillaume Ier n’accepte ni le règlement de Londres ni la perte de ses provinces méridionales. Outre l’atteinte à son prestige, la séparation ampute sévèrement ses recettes fiscales et ses débouchés industriels. L’été 1831, il tente un coup de force.

Astuce :

Le 2 août 1831, l’armée néerlandaise lance la « campagne des Dix-Jours », envahissant la Belgique et remportant des succès à Anvers et Hasselt face à la jeune armée belge mal équipée. Le roi Léopold Ier fait alors appel aux puissances garantes. Le 9 août, le maréchal français Étienne Maurice Gérard intervient avec 70 000 hommes, ce qui conduit à un armistice le 12 août après la bataille de Louvain. Les troupes néerlandaises se retirent pour éviter un conflit plus large, mais conservent la citadelle d’Anvers.

En novembre 1832, une nouvelle intervention française, avec l’Armée du Nord de Gérard, assiège et prend la citadelle d’Anvers. Malgré ces revers, Guillaume Ier s’entête et refuse encore d’entériner l’indépendance belge. Ce n’est qu’en avril 1839, sous la pression des grandes puissances et après de longues négociations, qu’il se résigne à signer le Traité de Londres. L’Histoire du pays Belgique entérine alors des frontières proches de celles de 1790, à deux exceptions : la province de Luxembourg est scindée entre un Grand‑Duché maintenu sous l’autorité du roi des Pays‑Bas et une partie occidentale rattachée à la Belgique ; le Limbourg est partagé, Maastricht et l’est de la province restant néerlandais.

Le même traité sanctuarise la neutralité permanente de la Belgique, garantie par toutes les puissances signataires. Une neutralité qui, en 1914, sera balayée d’un revers de main par le chancelier allemand Bethmann Hollweg parlant d’un « chiffon de papier », mais qui, en 1839, rassure à la fois Londres, Paris et Berlin.

Le traité de 1839 et le chancelier allemand Bethmann Hollweg

De l’État unitaire à la puissance industrielle

Une fois la question néerlandaise réglée, l’Histoire du pays Belgique entre dans une phase de consolidation et de croissance spectaculaire. Sous Léopold Ier puis Léopold II, le pays devient l’une des premières nations industrialisées du continent, après la Grande‑Bretagne. L’avance prise sous le régime français et néerlandais en fait une « petite Angleterre » sur la Meuse et la Sambre.

Bon à savoir :

Dès 1835, la Belgique inaugure la première ligne de chemin de fer du continent entre Bruxelles et Malines, développant rapidement un réseau parmi les plus denses d’Europe. L’État investit massivement dans les infrastructures (routes, canaux, voies ferrées) pour relier les bassins industriels de la Sambre‑Meuse aux ports d’Anvers et d’Ostende. Le financement est assuré par des banques comme la Société Générale. La sidérurgie liégeoise (Cockerill) adopte les procédés Bessemer et Thomas, tandis que les mines du Borinage alimentent l’industrie. À la fin du siècle, le Hainaut et Liège sont des pôles industriels majeurs, et Gand et Verviers demeurent d’importants centres textiles.

Ce décollage a un revers : il creuse des inégalités régionales et sociales. Longtemps, la Wallonie industrielle est plus riche que la Flandre rurale, encore marquée par la crise des textiles et l’émigration ; et partout, les ouvriers payent au prix fort le miracle économique. Conditions de travail dangereuses, salaires bas, travail des enfants : autant de réalités qui nourrissent le développement du mouvement ouvrier. Des grèves massives, comme celles de 1886 ou la grève générale de 1893, se soldent parfois dans le sang mais arrachent des réformes décisives : interdiction du travail des enfants dans les mines, limitation de la durée du travail, premiers systèmes d’assurances sociales, et surtout élargissement progressif du droit de vote, jusqu’au suffrage universel masculin après la Première Guerre mondiale.

Une puissance coloniale sous tension morale : le Congo

L’histoire intérieure du pays se double, à partir du règne de Léopold II, d’une histoire coloniale lourde. Le roi nourrit très tôt des ambitions impériales, moins par idéologie que par calcul économique : il estime que la petite Belgique a besoin d’un empire pour assurer son indépendance financière. Faute de soutien enthousiaste du Parlement, il agit d’abord à titre personnel. À partir de 1876, il organise des sociétés prétendument philanthropiques, comme l’Association internationale africaine, et envoie l’explorateur Henry Morton Stanley tracer des routes, construire des postes, signer des traités avec des chefs africains dans le bassin du Congo.

Attention :

Au terme de la conférence de Berlin (1884-1885), le roi Léopold II obtient un territoire de 2,3 millions de km² comme propriété personnelle, l’État indépendant du Congo. Son économie, basée sur l’extraction d’ivoire puis de caoutchouc, est organisée par la Force publique et des compagnies concessionnaires. Le système des quotas de caoutchouc s’accompagne de pratiques de terreur systématiques : prises d’otages, villages incendiés, mutilations (mains coupées) et exécutions sommaires. Cette exploitation, combinée aux maladies et famines, provoque une mortalité catastrophique, entraînant la perte de plusieurs millions de vies selon les historiens.

À partir des années 1890, missionnaires, diplomates et journalistes tirent la sonnette d’alarme. George Washington Williams, Roger Casement, puis surtout Edmund Dene Morel, avec l’Association pour la réforme du Congo, documentent les atrocités et mènent une campagne internationale. Sous cette pression, une commission d’enquête mise en place par Léopold confirme en 1905 l’essentiel des accusations. Le Parlement belge, jusque‑là réticent à assumer la gestion d’un vaste territoire africain, est forcé de réagir. En 1908, il vote l’annexion du Congo Free State, qui devient alors colonie d’État : le Congo belge.

Bon à savoir :

Le transfert du Congo à la Belgique en 1908 n’a pas mis fin à son exploitation, mais l’a placée sous contrôle parlementaire, modérant ainsi ses excès. La colonie est devenue un pilier de l’économie belge, exportant des ressources comme le cuivre, le caoutchouc, le coton, l’uranium et d’autres minerais stratégiques, principalement au profit de grandes sociétés telles que l’Union minière du Haut‑Katanga et la Société générale. Cette exploitation a renforcé les liens entre la puissance économique belge et son indépendance politique, faisant du pays, à la veille de la Première Guerre mondiale, une petite puissance industrielle et coloniale intégrée dans les réseaux du capitalisme mondial.

Un État neutre au cœur des guerres européennes

La neutralité imposée en 1839 se voulait un bouclier. Elle se révèle, en 1914, un piège stratégique. Depuis les années 1890, l’état‑major allemand planifie en détail une offensive à l’ouest en cas de guerre avec la France et la Russie. Le plan, élaboré par von Schlieffen puis modifié par von Moltke, prévoit de tourner les fortifications françaises en passant massivement par la Belgique, en balayant la résistance sur la Meuse et en fondant sur Paris par le nord. Les Belges, conscients du danger, ont entrepris de moderniser leur armée, augmenté la conscription en 1909 puis 1913, construit des forts à Liège, Namur et autour d’Anvers. Mais les réformes arrivent tard ; la société, marquée par l’antimilitarisme catholique et socialiste, rechigne à financer un grand outil militaire.

Bon à savoir :

En août 1914, face à l’ultimatum allemand exigeant le libre passage de ses troupes, la Belgique, pourtant neutre, refuse de sacrifier sa souveraineté. Ce refus du roi Albert Ier et du gouvernement, le 3 août, entraîne l’invasion du pays par l’Allemagne le 4 août. Cet acte de violation de la neutralité belge pousse finalement la Grande-Bretagne, qui hésitait, à déclarer la guerre à l’Allemagne le même jour.

La résistance belge, bien que militairement vouée à l’échec face à un adversaire de plus d’un million de soldats, joue un rôle crucial. Les forts de Liège tiennent onze jours au lieu des deux prévus par le plan allemand ; Namur résiste quelques jours ; Anvers, transformée en « réduit national », tient jusqu’en octobre. Sur la plaine du littoral, en inondant le bas pays de l’Yser, l’armée d’Albert Ier parvient à stabiliser un front réduit, mais tenace. Une petite portion du territoire reste libre ; le reste du pays subit l’occupation.

9000

Près de 9 000 civils belges ont été tués par l’armée allemande durant les premières semaines de l’occupation en 1914.

L’économie est méthodiquement ponctionnée : contributions de guerre mensuelles, réquisitions de matières premières, démontage d’usines pour alimenter l’industrie allemande. La famine menace dans un pays importateur net de céréales, soumis au blocus naval allié. Un vaste dispositif de secours, le Comité national de Secours et d’Alimentation, en lien avec des organisations américaines, parvient à alimenter une grande partie de la population, mais le chômage frappe jusqu’à 650 000 personnes. À partir de 1916, des dizaines de milliers d’ouvriers sont déportés comme travailleurs forcés en Allemagne ou sur des chantiers militaires.

Dans ce contexte, la neutralité belge vole en éclats de fait. Après la guerre, le Traité de Versailles abolit la neutralité obligatoire instaurée en 1839. La Belgique obtient quelques compensations territoriales (Eupen‑Malmedy), un mandat sur le Ruanda‑Urundi, des réparations. Mais c’est surtout le traumatisme d’avoir servi de champ de bataille qui marque les esprits. Et pourtant, dans l’entre‑deux‑guerres, le pays redevient brièvement neutre à partir de 1936, avant d’être à nouveau envahi par l’Allemagne en 1940.

De l’État unitaire à la Belgique fédérale : la lente recomposition interne

Au moment de sa naissance, Histoire du pays Belgique est un État unitaire dominé par une élite francophone, même dans les régions néerlandophones. La Constitution de 1831, aussi libérale soit‑elle, réserve le vote à une minorité d’hommes fortunés et ne reconnaît qu’une seule langue d’État, le français. Or la majorité de la population parle des dialectes flamands au nord, et le français ou des parlers romans au sud.

Bon à savoir :

Dès le XIXe siècle, le mouvement flamand (Flamingantisme) a lutté pour la reconnaissance du néerlandais dans l’administration, l’enseignement et les tribunaux, obtenant des avancées comme l’enseignement obligatoire du néerlandais et l’égalité juridique des langues en 1898. En réaction, un mouvement wallon s’est développé pour défendre la spécificité francophone et dénoncer une prétendue ‘flamandisation’, allant parfois jusqu’à réclamer une certaine autonomie.

Ces tensions linguistiques, déjà sensibles avant 1914, explosent au XXe siècle, notamment après les deux guerres mondiales. Elles se superposent à des clivages socio‑économiques : une Wallonie longtemps riche et industrielle face à une Flandre longtemps plus pauvre, puis l’inversion progressive après 1945, quand la sidérurgie wallonne décline et que le nord devient le moteur économique. Après plusieurs crises politiques, une série de réformes de l’État, entre 1970 et 1993, transforme Histoire du pays Belgique en une fédération complexe. Trois régions (Flandre, Wallonie, Bruxelles‑Capitale) et trois communautés (flamande, française, germanophone) disposent désormais de compétences étendues, notamment en matières culturelles, éducatives, économiques.

Bon à savoir :

Bruxelles, la capitale, est officiellement bilingue (français-néerlandais) bien qu’elle soit devenue majoritairement francophone. Elle accueille non seulement les institutions fédérales belges mais aussi de nombreuses institutions européennes et internationales, ce qui confère à la Belgique un rôle de carrefour politique continental, héritier de sa position stratégique historique.

Une histoire relue à travers le prisme national

Dès les lendemains de 1830, les élites intellectuelles de l’Histoire du pays Belgique entreprennent de construire un récit historique légitimant le nouvel État. Des historiens comme Étienne‑Constantin de Gerlache ou Théodore Juste sélectionnent, interprètent et enchaînent les épisodes passés pour dessiner une continuité : des Nerviens résistants à César aux Gantois défaits à Gavere, des milices flamandes des Éperons d’or aux Brabançons dressés contre Joseph II, tous deviennent, rétrospectivement, les ancêtres des Belges de 1830.

Bon à savoir :

L’identité belge repose historiquement sur deux fondements : une tradition persistante de libertés urbaines et provinciales, préservée malgré les dominations successives, et le catholicisme, considéré comme un ciment moral et culturel unificateur ayant résisté aux courants contraires.

Cette vision, nourrie par le romantisme du XIXe siècle, influence aussi les arts. La peinture de Gustaaf Wappers, les statues de croisés comme Godefroid de Bouillon, les romans historiques de Hendrik Conscience, les grands tableaux de la Révolution de 1830, tous participent à la fabrication d’une mémoire visuelle et littéraire de la nation.

Entre continuités et ruptures : ce que révèle l’Histoire du pays Belgique

Vue de loin, l’Histoire du pays Belgique pourrait se résumer à une succession de dominations et de ruptures : Empire romain, royaumes francs, Saint‑Empire, Bourgogne, Espagne, Autriche, France, Royaume uni des Pays‑Bas, puis indépendance ; neutralité imposée, deux invasions allemandes, passage de l’État unitaire à l’État fédéral. Mais derrière ces basculements politiques, plusieurs lignes de force demeurent.

Bon à savoir :

La Belgique se définit par trois traits majeurs : sa géographie de plaine densément peuplée et stratégique entre la France et l’Allemagne ; sa précocité industrielle, en faisant un laboratoire économique européen grâce à ses ressources et ports ; et sa pluralité interne linguistique et régionale, qui a historiquement conduit à l’instabilité des dominations rigides et à la nécessité d’inventer des compromis.

La Révolution de 1830, loin d’être un simple coup d’éclat, apparaît alors comme un moment d’articulation de ces héritages. Elle est sociale autant que politique, nationale autant qu’européenne, inspirée par Paris mais soucieuse d’affirmer une voie propre, protégée par Londres mais jalouse de son indépendance. Le royaume qui en sort, avec sa monarchie constitutionnelle, sa neutralité, puis son industrialisation et son empire, continue, jusqu’à aujourd’hui, de chercher l’équilibre entre intégration européenne, diversité interne et souveraineté.

Dans cette quête, l’Histoire du pays Belgique n’est ni celle d’un petit État marginal, ni celle d’une grande puissance, mais celle d’un carrefour : lieu de passage des armées d’hier, des capitaux, des normes juridiques, et désormais des institutions européennes. Une position inconfortable mais féconde, qui explique pourquoi, depuis deux siècles, les débats sur son avenir passionnent autant ses habitants que ses voisins.

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Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale pour optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements, tout en maintenant un lien avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour l’accompagnement complet (conseil fiscal, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.

Après analyse de plusieurs destinations attractives (Belgique, Grèce, Chypre, Maurice), la stratégie retenue a consisté à cibler la Belgique pour son cadre favorable aux retraités français (exonération en Belgique de nombreuses pensions publiques françaises, absence d’impôt sur la fortune, environnement juridique et bancaire stable), combinant proximité géographique avec la France, coût de vie modéré hors Bruxelles et plein accès UE. La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax ou non, report d’imposition), obtention de la résidence et inscription communale, détachement CNAS/CPAM – sécurité sociale belge, transfert de résidence bancaire, plan de rupture des liens fiscaux français (183 jours/an hors France, centre des intérêts économiques…), mise en relation avec réseau local (avocat fiscaliste, spécialiste immigration, réseau francophone) et intégration patrimoniale (analyse et restructuration si nécessaire), en sécurisant la convention fiscale FR‑BE contre la double imposition.

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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