Comment lever des fonds pour votre entreprise en Serbie

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

L’écosystème entrepreneurial serbe a changé de dimension en quelques années. Les réformes pro‑business, l’afflux massif d’investissements étrangers, les programmes européens, la montée des fonds de capital‑risque régionaux et l’émergence de startups ambitieuses ont fait de la Serbie un terrain beaucoup plus favorable pour lever des fonds qu’il y a dix ans. Mais cet environnement est aussi plus complexe : entre subventions publiques, lignes de crédit “vertes”, business angels, fonds VC régionaux, concours internationaux et financement participatif, le choix est large, à condition de savoir où regarder et comment se préparer.

Bon à savoir :

Cet article fournit un mode d’emploi concret pour lever des fonds en Serbie, applicable aussi bien aux PME traditionnelles qu’aux startups technologiques à vocation internationale.

Comprendre le terrain de jeu : pourquoi la Serbie attire autant de capitaux

Avant de parler stratégies de levée, il est utile de comprendre pourquoi la Serbie attire autant de financements et quelles sont les grandes forces et faiblesses du pays du point de vue des investisseurs.

La Serbie enregistre depuis plus de dix ans des flux d’investissements directs étrangers (IDE) positifs. En 2023, ces IDE ont atteint environ 4,5 milliards d’euros, soit 6,5 % du PIB, avec un stock total proche de 39 milliards d’euros en équivalent euro et plus de 60 milliards de dollars selon les estimations internationales. Les projections indiquent encore environ 4,6 milliards d’euros en 2024. Autrement dit, le pays est devenu un récepteur structurel de capitaux étrangers.

60

Plus de 60 % des investissements directs étrangers en France sont concentrés dans le secteur des services.

Les atouts qui séduisent les investisseurs sont bien identifiés : position géographique stratégique au croisement des corridors européens, main‑d’œuvre jeune, qualifiée et relativement peu coûteuse, accords de libre‑échange avec l’Union européenne, la Russie, la Turquie, la Chine (accord de libre‑échange entré en vigueur en 2024), appartenance à la zone CEFTA, et une fiscalité attractive avec un impôt sur les sociétés à 15 % seulement, parmi les plus bas d’Europe.

Attention :

Depuis 2007, l’Union européenne soutient la Serbie via l’Instrument d’aide de pré‑adhésion (IPA), avec environ 170 millions d’euros par an en moyenne. Pour la période 2021‑2027, l’IPA III alloue 14,3 milliards d’euros aux Balkans occidentaux et à la Turquie, dont une part significative est destinée à la Serbie pour financer des réformes, des infrastructures et sa politique d’innovation.

Cette combinaison – IDE élevés, argent européen, politique fiscale souple, main‑d’œuvre compétitive et marché en croissance – crée un environnement particulièrement intéressant pour lever des fonds, à condition de maîtriser quelques codes.

Créer sa structure : une étape rapide mais stratégique

Lever des fonds suppose d’abord d’être “bancable” et “investissable”, ce qui commence par la forme juridique et la conformité.

En Serbie, la création d’entreprise est rapide : en moyenne 5 à 7 jours ouvrables, avec sept procédures recensées par les études internationales. L’organisme clé est l’Agence des registres des entreprises (APR), qui centralise l’enregistrement des sociétés.

100

C’est le capital minimum symbolique, en dinars, pour créer une société à responsabilité limitée (D.O.O.) en Serbie.

À côté, la société par actions (A.D.) convient aux projets de plus grande envergure ou aux entreprises qui visent un financement par émission d’actions. Le capital minimum est nettement plus élevé : 3 millions de dinars pour une A.D. fermée (environ 25 000 euros) et 4 millions pour une A.D. ouverte (environ 34 000 euros). Ce type de structure devient pertinent lorsque l’on envisage, à terme, un recours aux marchés ou à des investisseurs institutionnels qui apprécient les standards de gouvernance associés aux sociétés par actions.

Astuce :

Le régime de l’entrepreneur individuel (PR) peut être pertinent pour des activités de très petite envergure ou pour une phase de test de marché. Cependant, il présente deux inconvénients majeurs pour une levée de fonds significative : la responsabilité illimitée du dirigeant sur son patrimoine personnel et l’absence de capital social, ce qui le rend peu adapté à ce type de financement.

Un tableau synthétise les grands paramètres qui intéressent les financeurs dès l’origine :

Forme juridiqueCapital minimumResponsabilitéProfil typiqueAttractivité pour les investisseurs
D.O.O.100 RSDLimitéePME, startupsÉlevée pour seed / early stage
A.D. fermée3 000 000 RSDLimitéeGrandes PMEÉlevée pour investisseurs institu.
A.D. ouverte4 000 000 RSDLimitéeGrandes sociétés, IPOTrès élevée pour marchés publics
PR0 RSDIllimitéeMicro‑activitéFaible au‑delà du démarrage

Les investisseurs étrangers, qu’il s’agisse de fonds ou d’entreprises industrielles, exigent généralement une société serbe en propre, éventuellement détenue à 100 % par un groupe étranger – ce que permet la loi serbe, sans restriction sur la détention de capital par des non‑résidents.

Fiscalité et incitations : un levier clé de votre stratégie de financement

La fiscalité serbe, vue sous l’angle de la levée de fonds, offre plusieurs atouts à transformer en arguments lors de vos discussions avec les financeurs.

Le taux nominal d’impôt sur les sociétés à 15 % est un premier avantage. S’y ajoutent un taux standard de TVA à 20 % et un taux réduit de 10 % sur certains produits, ainsi qu’une imposition des salaires à 10 % plus des cotisations sociales autour de 37 % du brut, réparties entre employeurs et salariés.

8,5

Seuil d’investissement en millions d’euros pour bénéficier d’une exonération totale d’impôt sur les sociétés pendant 10 ans en Serbie.

Les incitations ne s’arrêtent pas là : le gouvernement serbe accorde des subventions par emploi créé, généralement entre 2 000 et 10 000 euros par poste pour des activités en R&D, production ou services. Dans certains cas, des exonérations de cotisations sociales ou de droits de douane sur les équipements importés sont aussi mobilisables. Les autorités locales ajoutent parfois des avantages supplémentaires – terrains mis à disposition, infrastructures, construction de routes d’accès.

Bon à savoir :

Le pays dispose d’un réseau de 62 conventions de non-double imposition, couvrant la plupart des pays européens ainsi que plusieurs partenaires en Asie et en Afrique. Ces conventions sécurisent juridiquement la remontée de dividendes et les flux financiers intra-groupe, un élément clé pour les investisseurs internationaux.

Présenter ces incitations de façon structurée dans votre business plan peut faire la différence lors d’une levée de fonds, notamment en capital‑risque ou auprès de corporate étrangers qui raisonnent en coûts complets sur plusieurs pays.

Les banques : premier réflexe pour les PME et projets d’investissement

En Serbie, le système financier reste largement dominé par les banques, dans la lignée du modèle européen continental. Pour la majorité des PME, la première levée de fonds passe par un crédit bancaire, éventuellement adossé à des lignes internationales.

Plusieurs grandes banques commerciales opèrent dans le pays, dont Banca Intesa Beograd, Raiffeisen, UniCredit ou OTP. La plupart proposent des services en anglais et connaissent bien les besoins des entreprises étrangères et exportatrices.

Exemple :

Les prêts professionnels offrent des avantages classiques comme le maintien de 100% du capital de l’entreprise, la construction d’un historique de crédit et la déductibilité fiscale des intérêts. En contrepartie, ils présentent des inconvénients tels qu’un service de la dette parfois lourd, la nécessité de fournir des garanties (hypothèques, nantissements, cautions personnelles) et des critères d’octroi stricts.

Les taux d’intérêt en Serbie ont fortement baissé depuis les années 2000. Après un pic à plus de 25 % en 2006, ils sont descendus sous 2 % en 2020 avant de remonter dans le contexte inflationniste. À l’horizon 2026‑2027, les projections situent les taux directeurs autour de 4‑5 %, ce qui laisse espérer une normalisation du coût du crédit dans les prochaines années. Pour convaincre une banque, il reste indispensable de présenter des prévisions financières solides, une contribution propre crédible et des garanties tangibles.

Là où la Serbie se distingue vraiment, c’est par les lignes de crédit dédiées aux PME et à la transition verte, portées par les institutions européennes et internationales.

Les lignes de crédit “vertes” : une opportunité sous‑exploitée

Parmi les dispositifs les plus intéressants pour une PME ou une ETI, la ligne de crédit de 160 millions d’euros mise à disposition par l’Union européenne pour les entreprises serbes occupe une place centrale. Cette enveloppe, annoncée à Belgrade dans le cadre de l’initiative “EU for the Green Agenda in Serbia”, est gérée via Banca Intesa et Intesa Leasing, en partenariat avec EIB Global, la branche de développement de la Banque européenne d’investissement (BEI).

L’objectif est clair : financer, à des conditions avantageuses, des besoins de fonds de roulement et surtout des investissements contribuant à la transition verte et à l’efficacité énergétique. On parle de projets d’énergie renouvelable, de transport propre, de modernisation énergétique d’installations industrielles ou de bâtiments, de réduction des émissions et de l’empreinte environnementale.

160

Cette ligne de crédit de 160 millions d’euros de la BEI vise à soutenir environ 240 entreprises et préserver quelque 25 000 emplois en Serbie.

Pour un entrepreneur, la question n’est pas de savoir si ces montants existent, mais comment y accéder. La réponse tient en deux mots : préparation et “bancabilité”. L’initiative “EU for the Green Agenda in Serbia” ne se limite pas à injecter des capitaux ; elle finance aussi une assistance technique destinée à aider les PME à structurer des projets bancables. Des consultants spécialisés accompagnent les entreprises dans la définition, la modélisation et la documentation de leurs projets verts. Des formations destinées aux banques serbes sont également organisées pour les familiariser avec la finance verte et les critères européens de durabilité.

Concrètement, une PME de production agroalimentaire qui souhaite installer des panneaux photovoltaïques sur ses toits ou moderniser sa chaîne de froid pour réduire sa consommation d’énergie peut, avec l’aide de ce dispositif, transformer cette idée en projet financier solide et obtenir un prêt à des conditions plus attractives que sur le marché classique.

100000000

Montant en euros de la facilité signée par EIB Global avec Banca Intesa Beograd pour financer les PME et ETI, notamment pour des projets climatiques.

D’autres acteurs internationaux sont présents, comme Proparco (filiale de l’Agence française de développement), qui a ouvert une ligne de 50 millions d’euros pour ProCredit Bank Serbia, destinée à refinancer des PME et des projets verts. ProCredit travaille avec environ 4 000 PME serbes, avec des prêts moyens de l’ordre de 242 000 euros, et a développé dès 2010 une méthodologie interne de financement vert.

Pour un dirigeant, la démarche consiste à se rapprocher de sa banque (Banca Intesa, ProCredit, UniCredit), à identifier les guichets reliés à ces lignes internationales, puis à bâtir un dossier d’investissement conforme aux critères de la BEI ou de Proparco : économies d’énergie quantifiées, réduction d’émissions, amélioration de la résilience climatique, etc.

Subventions et programmes publics : un levier à ne pas négliger

Les fonds européens et l’aide bilatérale se traduisent sur le terrain par des appels à projets et des programmes de subventions qui peuvent compléter – ou déclencher – un financement bancaire ou une levée de fonds en capital.

Depuis 2001, l’UE a consacré plus de 250 millions d’euros à l’innovation et à la compétitivité en Serbie, en ciblant particulièrement les PME. Un programme de la délégation de l’UE, doté de 27 millions d’euros, aide par exemple les entreprises à acquérir de nouveaux équipements via des subventions couplées à des prêts bancaires. En un an, 716 entreprises ont bénéficié de ce type de soutien.

EU pour l’Agenda Vert en Serbie

Plateforme catalysant les investissements verts en Serbie grâce à des dons et du cofinancement, avec un effet de levier significatif.

Financement et partenaires

Dispose de plus de 15 millions d’euros apportés par la Suède, la Suisse et le PNUD.

Aides directes et identification

Octroie des aides pour des projets verts innovants et identifie les entreprises éligibles à un crédit bancaire complémentaire.

Cofinancement mobilisé

Environ 4 millions d’euros de cofinancement mobilisés depuis 2022.

Effet de levier exceptionnel

Chaque euro de dons a permis de lever près de 6 euros de financements complémentaires.

Investissement total

Plus de 29 millions d’euros investis au total grâce à la plateforme.

Part de l’investissement vert national

Ces investissements représentent environ 15 % de l’investissement vert estimé dans le pays.

À côté de ces dispositifs transversaux, le Fonds de développement de la République de Serbie propose des prêts “start‑up” et d’autres produits adaptés aux PME, tandis que l’Agence de développement de la Serbie (RAS) cofinance des projets d’internationalisation (participation à des salons, prospection). Les garanties régionales, comme celles du Fonds de garantie de Voïvodine, ciblent des publics spécifiques (par exemple les femmes entrepreneures ou les créateurs d’entreprise).

Exemple :

Le programme PROGRES, mis en œuvre par l’UNOPS avec le financement de l’UE et des gouvernements serbe et suisse, a soutenu 34 municipalités défavorisées. Il a permis d’attirer plus de 10 millions d’euros d’investissements, de créer près de 100 entreprises et plus de 700 emplois. Des succès individuels, comme l’entreprise de carton ondulé d’Erkan Hadžić ou la modernisation de la ferme laitière de Milan Veličković, illustrent comment une subvention ciblée peut initier une dynamique entrepreneuriale viable, ouvrant ensuite l’accès aux financements bancaires ou privés.

Un entrepreneur doit donc systématiquement explorer le “mix” public disponible : subventions sectorielles, appels à projets verts, programmes du Fonds d’innovation (Early Development, cofinancement de l’innovation, bons d’innovation, programmes d’accélération comme Katapult ou Smart Start, etc.). Ces instruments apportent non seulement du cash non dilutif, mais aussi un label de crédibilité très apprécié par les banques et les fonds.

Capital‑risque : les fonds qui regardent la Serbie de près

Le capital‑risque a longtemps été le maillon faible en Europe par rapport aux États‑Unis. Malgré une progression de 13 % par an des montants levés entre 2014 et 2024 sur le continent, l’investissement VC ne représente qu’environ 0,3 % du PIB européen, contre plus du triple aux États‑Unis. Dans ce contexte frileux, la Serbie fait figure d’outsider dynamique, portée par un vivier technique solide, des coûts compétitifs et une ambition croissante d’attaquer les marchés mondiaux.

Concrètement, plusieurs fonds régionaux et européens se positionnent sur les startups serbes. Dans le voisinage immédiat, Eleven Ventures (Bulgarie) couvre l’Europe du Sud‑Est en pré‑seed et seed avec un focus sur la fintech, la santé, le futur du travail, la foodtech et l’e‑commerce. South Central Ventures, installé à Ljubljana, Zagreb, Belgrade et Skopje, investit en seed, série A et B dans la tech régionale, avec dans son portefeuille des entreprises serbes comme HireApp, Pixyle AI ou Orgnostic.

Acteurs d’investissement à Belgrade

Panorama des principaux fonds et accélérateurs présents dans l’écosystème startup de Belgrade, avec leurs spécificités de ticket d’investissement.

TS Ventures Fund

Premier fonds de corporate venture des Balkans, créé par Telekom Srbija. Investit en seed et série A dans les startups technologiques.

ICT Hub Venture

Apporte jusqu’à 50 000 € en pré-seed pour 5 à 15 % des parts. Joue également un rôle d’accélérateur.

Omorika Ventures

Cible des tickets d’investissement de 100 000 € à 1,5 million d’euros.

Unique.vc

Permet une forme de micro-investissement communautaire, avec des tickets entre 25 000 € et 250 000 €.

SEAF Serbia Impact Fund

Finance des projets à impact social ou environnemental, avec des montants de 100 000 € à 2 millions d’euros.

Blue Sea Capital

Se positionne sur des opérations de 500 000 € à 5 millions d’euros, à l’interface entre private equity et venture capital.

À l’échelle européenne, un nombre non négligeable de fonds généralistes ou spécialisés ont déjà investi dans des startups d’origine serbe, notamment dans le logiciel B2B et les solutions SaaS orientées vers les marchés occidentaux. Des noms comme Point Nine Capital, Earlybird Venture Capital, Accel, Moonfire Ventures ou Euroventures apparaissent régulièrement dans les tours de table d’entreprises fondées par des Serbes, souvent structurées légalement ailleurs (Estonie, Delaware, etc.) mais gardant une base technique dans le pays.

500000

Montant minimum en euros pour un financement de série A dans l’écosystème décrit, avant d’évoluer vers des tickets plus conséquents pour les scale-ups.

La clé, pour une startup serbe, est d’anticiper les critères de ces investisseurs : une équipe techniquement forte, un produit ayant déjà atteint un stade de prototype ou de MVP testé, une propriété intellectuelle claire, un marché cible au‑delà de la Serbie (généralement l’UE ou l’Amérique du Nord), et des premiers signes de traction internationale. Les fonds attendent de plus en plus que les jeunes entreprises connaissent les standards de marché en matière de pactes d’actionnaires (souvent alignés sur les modèles britanniques BVCA), d’options pour les employés et de gouvernance.

Business angels et réseaux locaux : le premier cercle de capital

Avant d’approcher les gros fonds, beaucoup d’entrepreneurs serbes passent par des business angels, qu’ils soient locaux ou membres de la diaspora.

Bon à savoir :

L’Association des business angels de Serbie (ABAS) regroupe des investisseurs apportant capital et expertise, dans le cadre d’une initiative européenne. Le réseau de la Digital Serbia Initiative, composé de plus de 50 anges et premier de la région à rejoindre l’EBAN, a déjà investi ~1 million d’euros dans une dizaine de startups locales (comme Tapni et Shopnosis), permettant à ces dernières de lever neuf fois plus auprès d’autres investisseurs par la suite.

Des réseaux transnationaux comme Skok123, basés en Amérique du Nord mais focalisés sur l’Europe du Sud‑Est, apportent un autre type de capital : en plus de l’argent, ils ouvrent des portes vers les marchés américains ou canadiens. Skok123 se positionne sur le pré‑seed et le seed, tous secteurs confondus, mais exige un engagement personnel des fondateurs et la conservation d’au moins 90 % du capital par ces derniers au moment de l’investissement, afin de limiter la dilution initiale.

Bon à savoir :

En Serbie, le ticket d’investissement typique d’un business angel se situe entre 25 000 et 100 000 euros. Bien que ce montant puisse paraître limité pour un projet industriel, il est souvent adapté au financement d’une startup logicielle, couvrant principalement les coûts d’une équipe technique et de plusieurs mois de développement. Il est crucial de structurer ces tours d’amorçage en anticipant les exigences des futurs fonds de capital-risque (VC) : en optant pour une valorisation raisonnable, des clauses standardisées et en réservant une place pour les prochaines levées de fonds.

Les incubateurs, accélérateurs et concours : des tremplins vers les investisseurs

L’écosystème serbe s’est doté en quelques années d’un maillage impressionnant d’incubateurs, de parcs technologiques et de programmes d’accélération. Ces structures ne se contentent pas d’offrir des bureaux bon marché : elles jouent un rôle de “curateur” auprès des investisseurs.

Écosystème de soutien aux startups en Serbie

Un réseau de parcs technologiques, de hubs et de programmes d’accompagnement pour aider les startups serbes à développer leur modèle économique, leur stratégie de marché et leur financement.

Parcs scientifiques et technologiques

Les parcs de Belgrade, Novi Sad, Niš et Čačak accompagnent les startups dès leurs premiers stades de développement.

Hubs d’innovation

Les hubs comme ICT Hub ou StartIt offrent un environnement propice au développement des jeunes entreprises.

Programme ‘Venture an Idea’

Programme financé par l’USAID pour aider les startups à préciser leur modèle économique et leur stratégie de marché.

Fonds d’innovation de Serbie

Propose des programmes comme Katapult ou Smart Start, combinant accompagnement intensif et financement.

Au‑delà des programmes domestiques, des initiatives internationales comme “Mission France” illustrent la manière dont la diplomatie économique et les écosystèmes étrangers se connectent à la scène serbe. Ce programme, porté par l’Ambassade de France, le parc technologique de Belgrade, Bpifrance et la French Tech, propose à des startups serbes sélectionnées un voyage d’étude en France, l’accès au salon VivaTech, des rencontres avec des fonds et des corporates français, et la prise en charge des vols et de l’entrée au salon. Les critères – produit innovant, modèle scalable, propriété intellectuelle claire, ambition internationale – sont très proches de ceux des investisseurs. Pour les startups retenues, cette étape sert souvent de tremplin vers une levée plus large.

Astuce :

Les concours internetionaux, tels que les prix de pitch organisés à Belgrade ou lors de grands salons régionaux, constituent une vitrine précieuse et permettent un accès accéléré à des réseaux d’investisseurs. À l’échelle européenne, des compétitions soutenues par des médias économiques ou des banques d’investissement offrent également des opportunités aux startupers serbes. Pour en tirer pleinement parti, il est essentiel de maîtriser le pitch en anglais, de défendre une vision internationale et de présenter une gouvernance d’entreprise claire.

Pour une jeune entreprise, l’équation est simple : multiplier les occasions de se faire repérer dans ces programmes augmente nettement les chances d’attirer business angels, fonds locaux et fonds étrangers.

Le rôle croissant du crowdfunding dans la palette de financement

Même si le financement participatif n’est pas encore aussi développé en Serbie que dans certains pays d’Europe occidentale, il commence à apparaître comme une alternative ou un complément aux circuits bancaires et au capital‑risque.

Bon à savoir :

Pour un créateur serbe, le crowdfunding (via dons, préventes, prêts ou prise de participation) permet simultanément de lever des fonds, de valider le marché, de construire une communauté de premiers clients et de démontrer une demande concrète aux futurs investisseurs.

Les plateformes internationales de type prévente ou récompense (comme Kickstarter) restent accessibles à condition de structurer juridiquement le projet dans un pays éligible et de gérer les contraintes fiscales et logistiques. Pour l’equity crowdfunding, le cadre est plus complexe : il impose généralement la publication d’informations financières détaillées, parfois un prospectus en fonction des montants levés, et le respect des règles européennes de financement participatif lorsque l’on sollicite des investisseurs de plusieurs pays de l’UE.

Exemple :

Pour les entrepreneurs serbes, le crowdfunding en equity sert souvent à compléter un tour de table initial plutôt qu’à le remplacer. Un scénario courant consiste pour une startup à réaliser une première levée de fonds (seed) auprès de business angels et d’un fonds local, puis à ouvrir une petite tranche de financement participatif auprès de sa communauté. Cette approche lui permet de renforcer sa trésorerie et son budget marketing tout en élargissant son réseau d’ambassadeurs engagés.

Il est fortement recommandé de se faire accompagner par un avocat ou un conseiller spécialisé avant de se lancer dans cette voie, afin d’éviter les écueils réglementaires et de structurer une gouvernance compatible avec l’arrivée ultérieure de fonds institutionnels.

Exploiter les grands programmes européens et régionaux

Au‑delà des lignes de crédit pour les PME, l’UE a mis en place plusieurs cadres financiers qui peuvent indirectement bénéficier à des entreprises serbes, notamment celles actives dans les secteurs verts, l’innovation ou les infrastructures.

Exemple :

Le cadre d’investissement pour les Balkans occidentaux (WBIF) illustre comment les grands projets d’infrastructure créent des opportunités pour les PME locales. Avec 210 millions d’euros de subventions accordées à la Serbie pour des projets estimés à 5,4 milliards d’euros, il finance des infrastructures lourdes (routes, voies ferrées, réseaux électriques, traitement des eaux, déchets, numérique). Ces chantiers génèrent des opportunités de sous‑traitance, de fourniture de matériaux, de maintenance et de services numériques. Une PME peut ainsi capter une part des marchés liés à des projets majeurs comme le corridor ferroviaire Belgrade‑Budapest, le corridor électrique trans‑balkanique, les interconnexions gazières ou les usines de traitement des eaux usées.

Le plan économique et d’investissement pour les Balkans, complété par un “plan de croissance” avec 1,58 milliard d’euros additionnels, cherche aussi à accroître l’intégration économique régionale en préparant l’adhésion à l’UE. Pour les entreprises, cela signifie une convergence progressive vers les normes européennes (comptabilité, environnement, marchés publics), ce qui est un plus vis‑à‑vis des fonds étrangers habitués à ces standards.

Bon à savoir :

Plusieurs programmes européens, tels qu’InvestEU, DIGITAL Europe et le dispositif régional WB EDIF (Western Balkans Enterprise Development and Innovation Facility), facilitent le financement des PME. Ils agissent soit en fournissant des garanties aux banques, soit en apportant des capitaux aux fonds d’investissement régionaux, créant ainsi un environnement plus favorable.

Un entrepreneur serbe doit donc non seulement suivre les appels à projets nationaux, mais aussi surveiller les instruments européens qui se matérialisent dans le pays à travers des banques, des agences de développement ou des fonds.

Sectors phares : où les capitaux se dirigent‑ils ?

Pour maximiser ses chances de lever des fonds, il est utile de savoir dans quels secteurs l’argent se concentre aujourd’hui.

Dans l’économie serbe, les IDE ont longtemps été dominés par l’industrie manufacturière (environ 30 % du stock), la construction (près de 16 %) et la finance (près de 12 %). Dans le détail industriel, des segments comme le caoutchouc et le plastique, l’automobile et l’agroalimentaire captent une large part des investissements étrangers, avec de grands noms comme Fiat, Michelin, Siemens, Continental ou des câbliers automobiles.

Bon à savoir :

Les investisseurs européens et régionaux concentrent leurs financements sur des domaines spécifiques. Les logiciels B2B, les SaaS, l’IA et le machine learning, la deeptech, la fintech, l’agritech, la cleantech et la santé numérique sont particulièrement privilégiés. L’IA représente à elle seule jusqu’à un tiers des montants investis sur la dernière décennie, et parfois près de 40 % de la valeur des deals trimestriels. Les secteurs de la défense, de l’aéronautique et du spatial connaissent également un regain d’intérêt, stimulé par le contexte géopolitique actuel.

En Serbie, cette appétence se traduit par une attention particulière des fonds pour les startups logicielles capables d’exporter rapidement leurs produits : outils de productivité, solutions RH, plateformes de données, software pour l’industrie, fintech B2B. Les coûts salariaux plus bas qu’en Europe occidentale permettent à ces startups d’atteindre une rentabilité ou un “unit economics” plus sain plus tôt, ce qui rassure les investisseurs.

Astuce :

L’objectif national de 45% d’électricité renouvelable d’ici 2030, la levée du moratoire nucléaire, le développement des parcs éoliens et solaires, et la relance de projets miniers pour le lithium créent de nombreuses opportunités pour les entreprises innovantes. Ces créneaux incluent les équipements, l’ingénierie, les logiciels de monitoring, le stockage d’énergie et les services de flexibilité. Les lignes de crédit vertes et les programmes de subventions disponibles peuvent servir de levier pour financer ces projets privés.

Pour un entrepreneur, se positionner à la croisée de plusieurs tendances – numérique et énergie, IA et industrie, fintech et PME exportatrices, agritech et climat – augmente sensiblement les chances d’attirer du capital.

Stratégie de levée : comment articuler les différentes sources

Face à cette abondance relative de sources de financement, la vraie difficulté n’est pas tant de trouver de l’argent que de construire une trajectoire cohérente.

Exemple :

Pour une startup technologique, un parcours réaliste commence par les fonds propres des fondateurs, complétés par des concours ou subventions (Fonds d’innovation, programmes pour jeunes entrepreneurs du ministère de l’Économie, ou soutien d’organismes comme la Banque mondiale ou l’USAID sur projets pilotes). Après le développement du MVP, un tour de financement auprès de business angels (via ABAS ou le réseau de la Digital Serbia Initiative) peut être complété par une campagne de crowdfunding. L’entrée dans un incubateur ou accélérateur prépare ensuite un tour de seed auprès de fonds tels qu’ICT Hub Venture, TS Ventures, Eleven Ventures ou South Central Ventures.

Un an plus tard, si la traction internationale est au rendez‑vous, un tour de série A combinant un fonds régional et un investisseur paneuropéen devient envisageable. Dans ce parcours, chaque étape prépare la suivante : les subventions augmentent la crédibilité, les anges réduisent le risque produit, les fonds locaux valident le modèle, les fonds internationaux accélèrent la croissance.

Astuce :

Pour une PME industrielle ou de services, la trajectoire de financement d’un projet vert implique plusieurs étapes. Il faut d’abord monter un projet d’investissement incluant une composante verte. Ensuite, il convient de croiser les subventions nationales (comme les exonérations, aides à l’emploi et allégements fiscaux) avec les programmes européens disponibles (tels que l’EU Green Agenda, l’IPA ou le WBIF). Une fois ces aides identifiées, l’entreprise peut solliciter un prêt auprès d’une banque raccordée à une ligne de la Banque Européenne d’Investissement (BEI) ou de Proparco. Si le projet est suffisamment ambitieux, une part de capital peut également être proposée à un fonds de private equity ou à un corporate étranger intéressé par une implantation en Serbie.

Dans tous les cas, les mêmes règles s’appliquent : soigner la structure juridique, sécuriser la conformité fiscale, documenter les projections financières, démontrer la capacité de l’équipe, préparer des supports en serbe et en anglais, et s’appuyer sur les nombreux intermédiaires disponibles (chambres de commerce, agences publiques, incubateurs, cabinets d’avocats, banques internationales).

Un environnement prometteur, mais qui exige professionnalisation et patience

Lever des fonds en Serbie n’est ni plus facile ni plus difficile qu’ailleurs en Europe ; c’est surtout différent. L’État et l’Union européenne jouent un rôle beaucoup plus direct qu’en France ou en Allemagne dans certaines phases, via des subventions et des lignes de crédit bonifiées. Les banques, soutenues par la BEI, Proparco ou d’autres institutions, restent dominantes pour financer les investissements matériels. Le capital‑risque est présent, mais davantage régional et paneuropéen que local, et exige des fondateurs qu’ils pensent immédiatement au‑delà du marché serbe.

Attention :

Les faiblesses structurelles comme la bureaucratie, le poids de l’économie informelle et les risques de corruption imposent de sélectionner des partenaires fiables et de documenter soigneusement chaque étape des opérations.

Pour un entrepreneur qui accepte de jouer ce jeu, la Serbie offre un rapport risque‑opportunité particulièrement attractif. Les coûts restent contenus, la main‑d’œuvre est qualifiée, la fiscalité favorable, les financements publics et européens abondants, et l’écosystème de soutien – Fonds d’innovation, parcs technologiques, réseaux d’anges, agences de développement, programmes bilatéraux – n’a plus grand‑chose à envier à des pays beaucoup plus avancés.

En ayant une vision claire de ces mécanismes et en construisant une stratégie de financement par étapes, il devient non seulement possible de lever les fonds nécessaires à son projet, mais aussi de transformer la Serbie en base de lancement d’une entreprise capable de jouer dans la cour européenne, voire mondiale.

Pourquoi il est préférable de me contacter ? Voilà un exemple concret :

Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale pour s’installer en Serbie, optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements, tout en conservant un lien avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour l’accompagnement complet (conseil fiscal, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.

Après analyse de plusieurs destinations attractives (Grèce, Chypre, Maurice, Serbie), la stratégie retenue a consisté à cibler Belgrade pour son impôt sur le revenu à taux modéré, l’absence d’impôt sur la fortune, un coût de vie sensiblement inférieur à celui de Paris et une position clé aux portes de l’UE. La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax ou non, report d’imposition), obtention de la résidence avec achat de résidence principale, détachement CNAS/CPAM, transfert de résidence bancaire, plan de rupture des liens fiscaux français (183 jours/an hors France, centre des intérêts économiques), mise en relation avec un réseau local (avocat, immigration, partenaires francophones) et intégration patrimoniale. Ce dispositif permet des économies fiscales significatives et une meilleure préparation successorale tout en maîtrisant les risques (contrôles français, double imposition via convention FR‑RS, adaptation culturelle).

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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